Des idées pour le Québec - Réduire la pollution pour favoriser l'économie

Photo: Louis-Gilles Francoeur

La Suède est le seul pays occidental à s'être donné comme objectif de devenir «carboneutre» en 2050. Mais ce qui étonne le plus, ce sont les moyens qu'elle entend prendre pour s'attaquer à la dépense énergétique de chaque citoyen par des mesures qui touchent sa maison, sa voiture, sa consommation... De quoi inspirer tout le Québec.

Stockholm — «La Suède n'a pas de pétrole et peu de gaz. C'est sans doute pourquoi, depuis longtemps, elle se préoccupe de réduire sa consommation d'énergie et qu'il nous semble réaliste de viser aussi haut dans le dossier des changements climatiques pour des raisons d'environnement et d'économie, notamment parce que c'est payant d'innover dans ce domaine», explique Per Rosenqvist, coordonnateur du dossier climatique au ministère suédois de l'Environnement.

La Suède, un pays fort semblable au Québec avec son climat et sa population de 9 millions, a réussi jusqu'ici à ramener ses émissions à - 11 % sous le niveau de 1990, alors que l'Union européenne (UE) l'autorisait pourtant à les augmenter de 4 % en raison de ses investissements dans le nucléaire et l'hydroélectricité. La Suède dépasse donc les exigences de Kyoto depuis 2008, sa première année d'application. En comparaison, le Québec n'atteindra pas l'objectif canadien de - 6 % avant 2012.

Déjà en 2007, la Suède avait ramené ses émissions à - 9 %, tout en ayant augmenté son PIB de 48 %. Pour obtenir une croissance d'environ 40 % durant la même période, le Canada a plutôt augmenté ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 25 %.

Ce succès, explique Per Rosenqvist, est le résultat du «cocktail» de solutions diverses mises en place à compter du milieu des années 1990 et principalement de la «taxe carbone», de la multiplication des chauffages municipaux qui alimentent en eau chaude les résidences grâce à la combustion des déchets et de la transformation des villes par un aménagement urbain désormais axé en priorité sur la réduction de la dépense d'énergie, ce qui passe par une augmentation du transport en commun et une réduction de l'usage de la voiture.

La taxe carbone


Cette taxe, on s'en souviendra, a coûté le pouvoir aux libéraux de Stéphane Dion devant des conservateurs, qui la jugeaient inefficace et insupportable.

Décidée à réduire sa consommation d'énergies fossiles pour alléger notamment sa balance des paiements, la Suède adopte en 1991 une taxe carbone de 100 $ sur l'utilisation des combustibles fossiles, sauf pour les grandes entreprises, dont la taxe est fixée à 25 % du taux général. Aujourd'hui, elle atteint 145 de nos dollars, mais ne s'applique pas aux industries régies par le système de plafond d'émissions de l'UE. Les milliards de revenus de cette taxe ont permis de réduire l'impôt personnel et les taxes sur la main-d'oeuvre, tout en permettant de financer le passage à des énergies plus propres. Elle ajoute aujourd'hui environ 36 cents au litre d'essence, qui atteint presque les 2 dollars présentement.

Pour Per Rosenqvist, c'est l'outil le plus efficace, le plus économique à gérer, le plus facile à ajuster, et ses résultats tangibles s'observent rapidement.

Des filières plus propres


La recherche d'énergies plus propres a par ailleurs incité la Suède à développer son potentiel hydroélectrique. Cette filière, qui contribue peu au réchauffement du climat, fournit 45 % de l'électricité du pays, soit autant que l'énergie nucléaire.

L'utilisation de la biomasse fournit environ 8 % de l'électricité, et le vent, une énergie en progression importante, ne fournit pour l'instant que 2 %. Le recours à la biomasse est majeur.

L'incinération des déchets domestiques et commerciaux — avec parfois des apports en biomasse forestière — approvisionne en chaleur 90 % des immeubles multilogements du pays, soit les trois quarts des résidences du pays. La taxe sur le carbone incite par ailleurs les entrepreneurs à construire des habitations plus petites, une tendance qu'on n'observe pas au Québec. Enfin, la géothermie et l'utilisation de granules de bois sont de plus en plus populaires dans les banlieues résidentielles où les nouveaux ensembles immobiliers multilogements obéissent à une planification territoriale et des normes de construction axées sur la réduction de la dépense d'énergie, un concept inconnu ici au Québec.

Ces différentes solutions sont d'autant plus intéressantes que l'utilisation de la biomasse est neutre pour le climat, tout comme l'hydroélectricité et le nucléaire. L'incinération des déchets évite aussi à la Suède beaucoup d'émissions de GES pour la chauffe des maisons. Quant aux biogaz tirés de la biométhanisation des déchets organiques, ils remplacent une part importante de l'énergie requise par les autobus.

La voiture et l'aménagement urbain


La Suède a aussi entrepris de réduire la contribution de son parc automobile, principalement par la taxe carbone sur le pétrole, et des aménagements urbains qui favorisent le transport en commun, la marche et le vélo.

La taxe anticongestion automobile de Stockholm, qui a effectivement réduit de près de 20 % les émissions du parc roulant de la première ville du pays, pourrait être adoptée par d'autres grandes villes. Elle stimule notamment l'achat de voitures peu énergivores, qui sont exemptées des taxes d'entrée et de sortie des villes, tout comme les motos.

En Suède, toute ville qui veut réduire les émissions de son parc automobile peut obtenir d'importantes subventions du gouvernement fédéral. L'achat d'une voiture hybride est aussi exempté de taxes, et celui d'une voiture électrique peut rapporter un peu plus de 4000 $ à son propriétaire.

Un cocktail efficace

L'objectif d'un éventuel bilan «zéro GES» n'est pas coulé dans une loi, ni même la réduction de 40 % des émissions ciblée par le pays pour 2020. Cet objectif de 40% est le double de celui de l'Union européenne et ne s'applique pas aux secteurs industriels lourds qui, eux, sont régis par les règles du marché d'échanges de crédits et soumis à l'objectif de réduction de 20 % de l'UE. Concurrence oblige.

En 2050, il y aura toujours un noyau inévitable d'émissions, mais la Suède compensera par l'achat de crédits sur le marché international.

La Suède, explique Per Rosenqvist, n'entend pas modifier sensiblement d'ici 2020 ce «cocktail» de mesures qu'elle entend par contre étoffer, car elles n'ont «pas fait le plein» d'impacts positifs.

C'est principalement le cas du réaménagement des milieux urbains, qui permet de travailler sur les principales sources d'émissions, soit les habitudes et les milieux de vie, dans une logique «intégrée» où tout est abordé de front, mais progressivement, pour toujours maintenir le consensus social.

Ne serait-ce pas là le secret de la méthode suédoise?

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Notre journaliste a été invité par le gouvernement suédois à se joindre en septembre à une délégation de planificateurs municipaux canadiens

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20 commentaires
  • Michelle Bergeron - Inscrit 23 octobre 2010 02 h 00

    Des cocktails toxiques

    Tout ce qui concerne la combustion est un cocktail toxique qui rend les êtres vivants malade et tue. Les preives scientifiques ne sont plus à faire. En plus des dioxines et furanes, des COV des métaux lourds, des HAP etc... vous retrouvez dans la combustion de solide des matìères particulaires PM 10 et PM 2.5 ce cocktail chimique qui est vecteur des autres polluant dans l'air. Voici le nombre de chacune des activités et malheureusement pour certains dogmes ou pour plaire à certaines corporations la qualité de PM 2.5 ont augmentés depuis quelques années. Voiici les chiffres:
    Les rejets de PM 2.5 par secteur d’activité : chauffage au bois résidentiel : 2004 à 39 105 tonnes/2007-47 437tonnes AUGMENTATION DE 8332 tonnes

    les véhicules léger essence :2004, 243 tonnes/2007-122 tonnes, camion lourds diesel :2004, 4169 t.,/2007 1348 tonnes véhicules lourds à essence : 2004,25t./2007-32 t, camion léger diesel :2004,161 t./2007 64 t, véhicules léger diesel : 2004,90t./2007- 46 t., camion léger essence : 2004,126 t./2007-81t.,Transport maritime : 2004,1608 t./2007-1977, consommation diesel hors route :2004, 7183t,2007-4479t. consommation essence hors route :2004,1721 t./2007-1896, transport ferroviaire :2004,215 t./2007-310,cigarette 2004,200t./2007- 148 t. Aucune autre activité humaine ne contient autant de PM 2.5 que la combustion du bois et des autres activités de foresterie.Env. Ca.

  • Bergeron Andre - Inscrit 23 octobre 2010 04 h 48

    Des porteurs de pollution


    Soyons honnête avec les lecteurs quand on parle de réduire la pollution vous savez que les solutions proposées dans cet article augmentera la pollution de façon importante et extrêmement nocive pour la santé. Déjà au Québec c'est un grave fléau cette maudite boucane omniprésente dans nos rues et encore davantage dans les régions du Québec. Des solutions mille fois pire que le Suroit. Des cheminées partout pour cracher sa pollution. Le manque de respect des autres, de liberté d’expression, de transparence, de vedettariat incompétent, d’association avec les multinationales forestière et papetière qui ont créer les solutions de Kyoto, de recul et questionnement critique est renversant. La plus belle histoire de la Suède c'est que les élus vivent comme la population en salaire et dépenses.

  • Claude Saint-Jarre - Inscrit 23 octobre 2010 07 h 56

    Le réaménagement urbain doit intégrer l'agriculture urbaine.

    Cet article me plaît. Que le nucléaire soit à effet neutre pour le climat, c'est dangereux de l'écrire ainsi. Je pense que ce n'est peut-être pas le cas, en tous cas il faudrait au moins consulter les travaux de Rosalie Bertell.
    Mais là n'est pas l'idée principale de l'article...
    Pour moi, l'idée principale, est... le futur, c'est-à-dire le fait que le journaliste assistera probablement à une rencontre de planificateurs/planificatrices(?!) municipaux canadiens organisés par le gouvernement suédois.. Or, ce serait un bon moment lors de cette planification d'intégrer l'agriculture urbaine. On sait que la ville de Seattle adopte officiellement l'agriculture urbaine et la soutient, que plusieurs villes de Cuba sont autonome en nourriture et La Havane à 80%, suite à une adaptation à leur crise du pétrole de 1996, consécutive au démantellement de l'URSS.
    Vive donc l'agriculture urbaine et périurbaine, dans un continuum Ville-Campagne, avec un un horizon suédo-québécois " carboneutre", et pour être clair, post carburants fossiles et post OGM.

  • Sylvain Racine - Inscrit 23 octobre 2010 09 h 46

    Pourquoi développer l'industrie du gaz de schiste alors que l'on peut développer l'industrie de la biomasse en réduisant la pollution et en utilisant une énergie carbo-neutre?

    Il faut être sur place pour vraiment comprendre ce que l'on fait en Suède. On le voit avec les stations service au biogaz. L'énergie de la biomasse est effectivement partout, biogaz dans les camions, voitures, taxi, biogaz dans le réseau de distribution de gaz naturel.

    Imaginez, lorsque vous épluchez vos carottes et que vous mettez vos pelures dans le conteneur à déchets biodégradables, vous faites aussi cuire d'une certaine façon vos carottes avec le biogaz produit par les pelures.

    Lorsque vous allez au petit coin et faite vos dépôts, vous savez qu'à la station d'épuration des eaux vos dépôts sont transformés en biogaz, qui servent éventuellement par exemple à chauffer votre plancher chauffant dans votre salle de bain....

    Le Québec devrait développer au maximum cette technologie avant de se lancer dans l'exploration du gaz de schiste. Mais ça, y'a aucune chance avec le PLQ. Donc merci d'afficher votre écœurement et de mettre le PLQ dehors au plus sacrant www.ecoeurement.com

  • B Landry - Inscrit 23 octobre 2010 10 h 01

    Avancer par en avant...

    J'espère que les gens qui s'imaginent que les écolos veulent nous ramener à l'äge de pierre, à la chandelle liront attentivement cet article de M. Francoeur. Bravo

    J'aimerais participer à des initiatives comme celles-là plutôt que de me battre contre des dirigeants cupides qui essaient de nous en passer des petites vites avec comme prétexte principal celui de créer une supposé richesse qui ne respecte jamais ces promesses., alors que l'histoire nous démontre qu'une fois la richesse encaissée par une minorité, le cash disparait....

    L'exemple des pays scandinaves méritent d'être observé et répété dans son essence de base, i.e. la diminution des énergies fossiles et l'implication des citoyens. Au lieu de faire comme ici où prime l appât du gain facile par la destruction l'épuisement de nos ressources, il faut faire preuve d'originalité et oser, mais tant que notre économie sera maintenu dans les concepts sclérosés de développement classique on avancera par en arrière..