Construire aujourd'hui la ville de demain

Le système Envacs dirige par différents conduits souterrains les résidus compostables, le plastique, le verre et les déchets souillés par un aménagement de conduites souterraines vers le centre de récupération. Déchets et résidus sont aspirés par de puissants moteurs électriques. Le système rend inutile la collecte des déchets avec de gros camions diesels, polluants et destructeurs du climat de la planète.<br />
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Photo: Source Envacs Le système Envacs dirige par différents conduits souterrains les résidus compostables, le plastique, le verre et les déchets souillés par un aménagement de conduites souterraines vers le centre de récupération. Déchets et résidus sont aspirés par de puissants moteurs électriques. Le système rend inutile la collecte des déchets avec de gros camions diesels, polluants et destructeurs du climat de la planète.

Analyser la planification urbaine et les normes de construction en Suède équivaut à faire un voyage sur une autre planète. Qualité de vie, convivialité et empreinte écologique sont les maîtres mots qui déouchent maaintenant sur la construction de maisons «passives», c.-à-d. chauffées uniquement par la chaleur dégagée par les appareils de la maison les humains et le chat.

Les Suédois adorent les autos, mais celles-ci se font de plus en plus discrètes, comme à Stockholm où la «taxe congestion» a réduit sensiblement leur présence dans le milieu urbain et dans les nouveaux ensembles résidentiels, où elles sont littéralement refoulées à la périphérie des quadrilatères. On est loin de ce qui se fait ici, avec la voiture à côté du balcon, voire du salon jouxté au garage intérieur...

Cette philosophie ne provient pas d'un réflexe «anti-auto», mais de l'intégration de la dépense d'énergie et des exigences de la qualité de vie autant dans la planification urbaine que dans la conception même des nouvelles résidences.

Michael Viehhauser, un spécialiste en planification urbaine du Conseil de comté de Stockholm, explique que la priorité de tout aménagement, c'est d'abord de préserver le plus d'espaces verts possible.

En deuxième lieu, dit-il, la distribution spatiale des résidences, des commerces, des industries et des services publics obéit à une règle de base: réduire la dépense totale d'énergie. Au Québec comme dans le reste de l'Amérique, on se contente d'organiser la distribution spatiale des bâtiments et des services, précise l'architecte à la retraite Jean-Claude Marsan.

En Suède, si les planificateurs adoptent un horizon de planification de 40 ans, c'est, ajoute Michael Viehhauser, «parce que tout ce qu'on construit aujourd'hui devrait durer 100 ans et que c'est irresponsable de ne pas penser à la facture qu'on impose aux prochaines générations. Il ne faut pas laisser le marché dicter le développement: il faut l'encadrer, l'orienter en fonction d'une définition claire de l'intérêt public à long terme».

Les planificateurs concentrent donc le développement dans des secteurs précis afin que leur densité rentabilise les équipements collectifs de transports, de gestion des déchets, de l'eau et des égouts, et réduise la facture globale d'énergie incluant celle des voitures.

La ville, un milieu de vie


À cette réduction de l'empreinte écologique globale s'ajoute la préoccupation pour la qualité de vie. En plein coeur de Stockholm, par exemple, le modèle utilisé pour l'ensemble immobilier Symbio City ressemble à d'autres à l'extérieur de grandes villes industrielles, comme à Göteborg. Les immeubles de cinq à sept étages sont presque toujours construits autour d'un espace vert, qui accueille un parc, la cour des garderies, les espaces de jeux, les jardins communautaires, etc. On n'y pénètre qu'à pied, ou à la limite à vélo. Les édifices agissent comme un rempart qui protège ce lieu convivial et assure aux résidants, de tout âge, une quiétude exceptionnelle même en plein centre-ville.

Autour des maisons, comme au projet de Garsden en banlieue de Göteborg, sont répartis des stationnements. En ville, on les construit sous terre.

Dans la plupart de ces nouveaux complexes résidentiels, les innovations, souvent plus étonnantes les unes que les autres, se multiplient.

Ainsi, on n'y voit plus de camions à déchets. On les remplace par les bornes de l'aspirateur géant, dans lesquelles on déverse, selon leur nature, les matières compostables, celles recyclables ou les déchets proprement dits. Le nouveau Quartier des spectacles à Montréal vient d'ailleurs de faire l'acquisition d'un tel système pour éviter la prolifération des poubelles. Avec le système Envacs, le plus répandu en Suède, les déchets de plusieurs ensembles sont aspirés dans de gros tubes souterrains sur des distances pouvant atteindre deux ou trois kilomètres pour aboutir dans des conteneurs spécialisés. À l'extrémité, deux grosses pompes actionnées par de puissants moteurs électriques aspirent à intervalles réguliers les déchets. Résultat: une diminution de plus des trois quarts de la facture d'énergie, plus de bruit des camions et plus d'odeur de diesel.

Chauffage collectif

Si plusieurs résidences unifamiliales se chauffent avec des granules de bois, un bio-combustible neutre pour le climat, la collectivisation du chauffage urbain étonne davantage. D'immenses incinérateurs municipaux brûlent les déchets non recyclables et non réutilisables, auxquels on ajoute parfois un peu de la biomasse forestière ou agricole régionale. Ces services publics fournissent près de 80 % de toute la facture d'énergie nécessaire au chauffage des maisons et des commerces dans les villes suédoises. On fait payer les propriétaires de résidences ou de logements soit par un tarif uniforme, une politique encore préconisée dans les comtés socio-démocrates, soit en fonction de la surface des résidences. Mais depuis quelque temps, des municipalités installent des compteurs d'eau chaude pour inciter les clients à ne pas surchauffer.

Contrairement à ceux du Québec, les écologistes suédois ne s'opposent pas en général à l'incinération des déchets pour des fins de chauffage urbain. Daniel Carlsoon, qui s'occupe d'un immense projet résidentiel au Royal Seaport de Stockholm, affirme, tests à l'appui, que l'air des quartiers industriels est généralement plus propre à la sortie de l'incinérateur municipal qu'à l'entrée à cause de la sévérité des normes.

Les déchets organiques sont aussi généralement bio-méthanisés, ce qui fournit un combustible utilisé par les autobus ou qui contribue au chauffage urbain. Dans plusieurs villes, on utilise pour le chauffage municipal les copeaux et les écorces des papetières ou les rejets de différentes industries.

Globalement, et grâce à la «taxe congestion» qui a réduit l'usage de la voiture, une ville comme Stockholm peut avec réalisme penser ramener ses émissions de gaz à effet de serre à seulement 3,5 tonnes par habitant en 2020. Déjà, cette ville, choisie ville verte de l'Europe en 2010, affiche un bilan de 4,5 t/ha de GES, soit sensiblement moins que la moyenne suédoise, qui se situe à 7,4 T/ha.

Au Québec, en comparaison, les émissions annuelles moyennes se situent entre 11 et 12 tonnes par personne, ce qui est déjà mieux que la moyenne canadienne de 23,5 t/ha. Le complexe résidentiel du Stockholm Royal Seaport cible pour sa part une dépense énergétique moyenne de 1,5 t/ha pour chacune des 35 000 personnes qui devraient habiter ses 12 000 logements d'ici 2030. C'est ce qu'on appelle construire aujourd'hui pour demain!

Plus importante que tout est la taille des logements. En Suède, confirment les statistiques, la surface des appartements et des unifamiliales ne tend pas à augmenter comme on le voit ici dans les nouveaux quartiers peuplés de «monster houses» de dix à douze pièces.

En Suède, les municipalités et les comtés sont responsables de l'application de la plupart des lois qui touchent à la gestion du territoire, qu'il s'agisse de l'énergie, de l'environnement, de l'agriculture, de l'industrie, etc. Elles ne tirent donc pas leurs revenus de la valeur des immeubles, un phénomène qui explique ici la ferveur de nos élus municipaux à stimuler la construction de vastes maisons luxueuses.

Les municipalités suédoises se financent à partir de l'impôt sur le revenu des particuliers. Elles ont donc tendance à attirer les segments les plus riches de la population, ce qui les incite moins à promouvoir la construction de maisons énergivores et consommatrices d'espace urbain. Par contre, les politiques d'aide financière au logement assurent à tout le monde un accès à des logements qui conviennent à leurs besoins. Si le revenu familial est insuffisant ou inexistant parfois, les plans d'aide comblent la différence pour le paiement du loyer. Avec ce système, pas de HLM de propriété publique en Suède!

Autre différence fondamentale avec nous: la propriété municipale des terrains et des logements. Göteborg, la principale cité industrielle de Suède — Volvo y a son usine principale —, contrôle une corporation municipale qui possède 35 % du marché résidentiel avec près de 70 000 logements, 47 000 espaces de stationnement, pour un actif global de 4,6 milliards d'euros!

C'est la même société municipale qui planifie les quartiers où la convivialité et la dépense d'énergie sont conçues pour les besoins prévisibles des prochaines générations et qui a construit à ses frais des logements passifs ultraperformants, capables de se chauffer en hiver avec l'énergie dégagée par les appareils et les occupants à deux ou quatre pattes.

Les promoteurs privés ne s'opposent pas à ce système. Ils se félicitent au contraire de la puissance d'investissement d'une telle corporation publique qui fait appel à eux pour réaliser ses projets, tout comme ici notre secteur privé se félicite de la puissance économique d'Hydro-Québec, qui a pu réaliser des investissements sur des horizons de 30 à 50 ans en intégrant dans ses calculs, plus facilement que le secteur privé ne l'aurait fait, des préoccupations sociales et une vision à très long terme.

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1 commentaire
  • Michelle Bergeron - Inscrit 23 octobre 2010 04 h 58

    Est-ce sécuritaire

    Oui j'ai bien vue ce système pour les déchets mais qui est à la portée des enfants. Est-ce sécuritaire? Peut-on croire que les camions cesseront de rouler au diesel le plus polluant?