Le point sur la situation de l'eau - « L'eau, même si elle est recyclable, n'est pas une ressource infinie »

Martine Letarte Collaboration spéciale
Le sud de l'Europe a connu beaucoup de sécheresses et de périodes de canicule au cours des dernières années. <br />
Photo: Reuters/Jean-Philippe Arles Le sud de l'Europe a connu beaucoup de sécheresses et de périodes de canicule au cours des dernières années.

Source de vie, de mort, de guerre, d'énergie, de richesse: pour bien des experts, l'eau deviendra l'enjeu mondial du prochain siècle. Or, par rapport à cette ressource vitale, les habitants de la planète ne partent pas tous égaux.

Neuf pays se partagent 60 % des réserves mondiales d'eau douce: le Brésil, la Russie, les États-Unis, le Canada, la Chine, l'Indonésie, l'Inde, la Colombie et le Pérou, apprend-on dans un dossier sur l'eau provenant du Centre national de la recherche scientifique, situé en France.

La consommation d'eau aussi est loin d'être équitable. Dans un document issu de la Direction de la recherche sur les politiques du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international du Canada, on peut lire que chaque personne a besoin de 50 à 100 litres d'eau par jour. Les Nord-Américains vivant dans les zones résidentielles en consomment en moyenne 600 litres, tandis que les Européens ont une consommation quotidienne variant de 250 à 350 litres. En Afrique subsaharienne, on parle plutôt de 10 à 20 litres. Actuellement, 1,1 milliard de personnes n'ont pas accès à des sources d'eau convenables et 2,6 milliards n'ont pas accès à des installations sanitaires adéquates.

Ressources

«Avec la demande qui est toujours croissante, l'eau est déjà un enjeu planétaire majeur», affirme Richard Connor, chef scientifique chez Unisféra. «Là où on a du chemin à faire, c'est pour la reconnaissance de l'importance de cet enjeu», précise celui qui est aussi l'un des auteurs principaux du 3e Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau.

Si on regarde le débit annuel moyen dans les cours d'eau canadiens, le pays renferme près de 7 % des réserves renouvelables en eau douce du monde entier, d'après Environnement Canada. C'est beaucoup pour ses 34 millions d'habitants, alors que la population mondiale atteint plus de six milliards. Le Québec est encore mieux servi, avec environ 2 % des réserves pour environ 1/10 % de la population mondiale.

Même s'il a souvent entendu ses chiffres, Richard Connor précise toutefois qu'il continue de les prendre avec des pincettes. «On sait qu'on a beaucoup d'eau, mais on ne connaît pas les quantités exactes. Les différents rapports ne disent pas tous la même chose. La réalité, c'est que nous connaissons mal nos eaux souterraines», affirme-t-il.

Des régions critiques

Chose certaine, d'autres régions du monde ressentent beaucoup plus de pression par rapport à l'eau. D'abord, il y a ces pays où l'eau se fait très rare. «Les endroits les plus critiques sont le nord de l'Afrique, tout le Moyen-Orient, l'ouest des États-Unis et l'Australie», indique M. Connor.

D'autres régions du monde subissent une pression parce que la demande d'eau augmente énormément. «Plus la demande augmente, plus la pression augmente, donc plus on risque d'utiliser l'eau de façon non durable, ajoute le scientifique. Je pense au sud de l'Europe, qui a connu beaucoup de sécheresses et de périodes de canicule ces dernières années. Des endroits comme le sud de la France, l'Espagne, l'Italie et la Grèce.»

Toujours plus de pression


La croissance de la population et la hausse du niveau de vie sont aussi des facteurs qui accentuent énormément la pression sur l'eau.

On peut lire, toujours dans le même document de la Direction de la recherche sur les politiques du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international du Canada, que si la Terre compte un peu plus de six milliards d'habitants en ce moment, on sera environ neuf milliards d'ici 2050. Et, avec la hausse du niveau de vie, les besoins en eau croissent de façon exponentielle: durant le XXe siècle, la population de la Terre s'est multipliée par trois, mais la consommation d'eau, par six!

Richard Connor remarque que là où c'est le plus frappant, c'est dans le domaine de l'alimentation. «On estime que, dans les économies émergentes, près d'un milliard de personnes sont en train de passer de deux repas de riz par jour et un de viande à deux repas de viande par jour et un de riz. Cela met beaucoup de pression sur l'eau», affirme-t-il.

En effet, selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, la production de viande requiert entre 6 et 20 fois plus d'eau que la production de céréales. Un exemple: pour produire un kilogramme de céréales, on a besoin d'un mètre cube et demi d'eau. Pour produire un kilogramme de boeuf: 15 mètres cubes.

La crise énergétique accroît aussi la pression sur l'eau. «Nous avons de plus en plus besoin d'énergie, donc on se tourne vers des choses comme les biocarburants. Pour les produire, il faut faire pousser des végétaux et ça nécessite beaucoup d'eau. Il y a aussi les sables bitumineux qui consomment beaucoup d'eau. Souvent, le problème avec ces avancées technologiques, c'est qu'on ne regarde pas leur incidence sur l'eau», indique Richard Connor.

L'heure des choix

Nul besoin d'être un grand scientifique pour comprendre qu'on ne pourra pas continuer à ce rythme. «L'eau, même si elle est recyclable, n'est pas une ressource infinie. Dans plusieurs endroits, elle commence à être épuisée et la pression est toujours constante. Il faut apprendre à l'utiliser de façon plus durable. Mais cela nécessite des choix personnels, des choix de société et des choix politiques», affirme M. Connor.

Certains croient que nous devons protéger les ressources en eau qu'il nous reste, d'autres croient que nous devons les exploiter au maximum. Chose certaine, Richard Connor croit que la tenue du premier Forum québécois sur l'eau au Centre de sciences, les 25 et 26 octobre, lancera le débat.

«Nous regarderons les solutions possibles. C'est important de discuter, parce que ça permet d'avancer vers une plus grande reconnaissance de l'importance de l'eau d'un point de vue économique, social et écologique», affirme celui qui fera une présentation lors de l'événement.

Il insiste aussi sur le fait que le Québec et le Canada doivent raffiner leurs connaissances sur l'état de leurs ressources en eau souterraine. «Pour pouvoir prendre des décisions éclairées, il faut savoir de quoi on parle. L'idée, c'est de savoir combien nous en avons, combien nous en utilisons et comment nos actions futures affecteront notre demande. C'est la base de toute action.»

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Collaboratrice du Devoir
1 commentaire
  • Godfax - Inscrit 23 octobre 2010 03 h 04

    C'est pas d'eau qui manque c'est l'amour envers l'humanit

    La conclusion de cette article est profondément délirente tout comme le dernier forum mondial sur l'eau. L'eau une ressource limité?!? Juste l'idée de rationné l'eau avec une gouvernance mondial ???
    L'humanité a besoin d'énorme projet d'infrastructure d'eau potable comme le Canal du Karakoum avec Nawapa et Transaqua. Notre agriculture ne peut pas continuer avec des eau fosiles, nous devons envisager d'immense canaux, le déssalement d'eau de mer et le traitement total des eau usée. La restriction et le controle des ressources a toujour été la base des dictatures. Pourquoi les ong et mouvement mondial ne parle pas plutot de ce que l'on peut crée touse ensemble pour faire de l'eau une ressource abondante. La solution doit passer par la créativité humain qui developpe la nature; qui augmente la capacité d'accueil. Oui au développement mutuel des peuples non a la dictature écologique mondialiste de la restriction supranational.

    Il n'y a pas 10 000 chois, soit on dévellope la capacité d'accueil de notre planete soit on se soumet a la dictature, Controle des naissance, du co2, de l'empreunte écologique, de l'eau bref de nos vie. Mais la peur du progres et de ce que l'on peut crée bref, la peur envers notre propre espece va nous conduire dans un mure,

    L'humanité a toute les capacités pour grandir dignement. Chaque probleme sur terre a des solutions. Nous somme 7 milliards, donc 7 milliards d'humain a pouvoir créer le monde de demain. Des milliers de bonnes idées circules. L'eau est partout sur terre, l'énergie est infini dans la matiere, l'entendement de l'humanité et sa créativité est notre seul véritable richesse et elle est infini.

    Notre probleme moderne est culturel, "noospherique" et non biospherique. Notre probleme c'est cette culture des choses a exploités au lieu des choses a créer pour notre prochain.

    Le probleme c'est que l'humanité est mal-aimé tres mal-aimé.