À Montréal - Une « gestion adéquate des actifs » s'impose

Brigitte Saint-Pierre Collaboration spéciale
Environ le tiers des conduites d'eau à Montréal auraient atteint la fin de leur durée de vie utile et devraient être refaites ou remplacées<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Environ le tiers des conduites d'eau à Montréal auraient atteint la fin de leur durée de vie utile et devraient être refaites ou remplacées

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

À l'instar de celles d'autres villes nord-américaines, les infrastructures d'aqueduc et d'égout de Montréal sont vieillissantes. L'administration municipale montréalaise a augmenté, au cours des dernières années, ses investissements dans la réfection de ces réseaux et le Service de l'eau de la Ville estime que des sommes supplémentaires sont requises.

Les investissements dans les infrastructures de l'eau à Montréal sont passés de 65,6 millions de dollars en 2002 à près de 259 millions de dollars en 2009. Le directeur du Service de l'eau de la Ville de Montréal, Réjean Lévesque, salue ces efforts, mais il croit qu'il faudrait investir encore davantage dans ces infrastructures au cours des prochaines années.

Le directeur du Service de l'eau estime les investissements requis à environ 460 millions de dollars par an durant les dix prochaines années. Il s'agirait d'investissements à la fois pour la production de l'eau potable, le traitement des eaux usées et les réseaux d'aqueduc et d'égout. Le Service de l'eau préconise l'autofinancement plutôt que des emprunts. Dans le cadre du processus budgétaire 2011, il a ainsi recommandé aux élus de hausser les revenus liés à l'eau. Depuis 2004, la Ville de Montréal prélève une taxe spéciale pour améliorer le service de l'eau.

M. Lévesque indique que le déficit d'entretien accumulé des infrastructures de l'eau à Montréal représenterait des coûts de près de deux milliards de dollars. Quelque 40 % de l'eau produite serait perdue à cause de fuites et de bris. En outre, environ le tiers des conduites d'eau auraient atteint la fin de leur durée de vie utile et devraient être refaites ou remplacées.

M. Lévesque mentionne que, de 1992 à 2001, la moyenne annuelle des investissements dans les infrastructures de l'eau sur l'île de Montréal n'a été que de 16 millions de dollars. «Il aurait fallu que les conduites aient une durée de vie de 1000 ans pour que ce soit raisonnable, ce niveau d'investissement-là, ce qui n'a pas d'allure.»

De ces 16 millions de dollars, 12,5 millions en moyenne ont été consacrés à des investissements dans les conduites secondaires d'aqueduc et d'égout, de 1992 à 2001. En 2009, ces investissements se sont élevés à plus de 130 millions. Le Service de l'eau souhaite qu'ils atteignent 280 millions en 2019.

Enjeux et défis


Le directeur du Service de l'eau souligne l'importance d'une «gestion adéquate des actifs», pour Montréal comme pour les autres grandes villes nord-américaines. Il indique qu'il faut d'abord bien connaître l'état du réseau. En 2002, la Ville de Montréal a commandé une étude sur les infrastructures de l'eau au consortium SNC-Lavalin/Dessau-Soprin. «Et nous, au cours des cinq dernières années, avec l'auscultation qui a été faite sur les conduites principales, sur les conduites secondaires, on a été en mesure d'établir d'une façon beaucoup plus précise la durée de vie de nos conduites d'égout et de nos conduites d'aqueduc», précise M. Lévesque.

Selon le directeur du Service de l'eau, il faut ensuite «se donner les moyens financiers» pour faire en sorte que le déficit d'entretien cesse d'augmenter, puis qu'il diminue jusqu'à être éliminé. Une fois rattrapé le retard dans l'entretien des infrastructures, des travaux devront ensuite être faits régulièrement pour maintenir l'état du réseau.

M. Lévesque mentionne que, si des conduites ont une durée de vie de 100 ans, il faut en refaire ou en remplacer 1 % chaque année pour maintenir leur état. «Mais, compte tenu du fait qu'on a un déficit d'entretien accumulé, il faut en faire plus que 1 %. Il faut en faire 1,5 %», explique-t-il.

Utile Fonds de l'eau

Selon lui, la gestion des actifs de l'eau dans les municipalités ne doit plus se faire comme par le passé. «Auparavant, quand on avait une fuite, on la réparait, c'est tout. On attendait que la prochaine arrive et on la réparait, dit-il. Maintenant, la mission du Service de l'eau, c'est d'assurer une disponibilité constante de tous ces actifs-là, par un entretien régulier, un financement qui est adéquat tout le temps, qui est un des problèmes de toutes les villes. L'objectif, c'est de maximiser la vie utile de ces actifs-là et minimiser les défaillances qui se produisent aussi.»

M. Lévesque affirme que les investissements dans les infrastructures de l'eau doivent permettre de maintenir les actifs. «Ce n'est pas quelque chose qu'on fait pendant cinq ans et qu'on arrête. C'est tout le temps. On ne peut pas arrêter ça. Et c'est ce qui a été négligé dans plusieurs villes d'Amérique du Nord au cours des 50 dernières années.»

M. Lévesque souligne les investissements de la Ville de Montréal au cours des dernières années et la création en 2004 du Fonds de l'eau. «À Montréal, on a l'avantage d'avoir une instance [la Ville] qui a décidé vraiment de s'attaquer au problème en 2002 et on est vraiment en progression pour corriger cette situation.»

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Collaboratrice du Devoir