Monde agricole - Le Québec profitera d'une stratégie globale d'aménagement des cours d'eau

Réginald Harvey Collaboration spéciale
L'industrie agroalimentaire s'est attaquée au problème de la mauvaise gestion des fumiers et des lisiers afin de protéger les cours d'eau<br />
Photo: Mick Tsikas/Reuters L'industrie agroalimentaire s'est attaquée au problème de la mauvaise gestion des fumiers et des lisiers afin de protéger les cours d'eau

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le monde agricole fait figure, pour plusieurs, de mouton noir dans la bergerie écologique à la fin des années 1980. L'heure est venue pour lui de prendre conscience graduellement des phénomènes de pollution; c'est la raison pour laquelle l'Union des producteurs agricoles (UPA) élabore une stratégie agroécologique en 1993.

En 2003, 10 ans après le dépôt d'une stratégie agroécologique, survient, concernant toujours l'UPA, l'adoption d'un règlement gouvernemental visant à mieux encadrer les pratiques de production, et, en 2007, un plan expérimental d'aménagement des cours d'eau est appliqué.

Ce projet-pilote porte sur la gestion par bassins versants, soit des étendues géographiques à partir desquelles toutes les pluies convergent vers une rivière, un étang, un lac ou une autre masse d'eau commune: «On n'en est qu'au début de cette phase et on s'occupe présentement de petits bassins. L'enjeu principal, c'est d'en arriver à une démarche intégrée qui va faire en sorte qu'on va réussir à développer des stratégies d'amélioration de la qualité de l'eau en élargissant ceux-ci, en y allant dans une perspective à grande échelle plutôt que dans des petites réalisations», analyse Jean Larose, agroéconomiste.

Il envisage l'avenir: «Pour l'instant, il y a 30 projets et 5000 agriculteurs qui sont associés; on intervient dans les endroits qui sont les plus problématiques et où on pratique l'agriculture la plus intensive. On doit maintenant en faire une stratégie globale, et, dans un tel cas, le défi majeur, c'est d'en arriver à une grande cohérence et à une complémentarité de tous les acteurs en cause; les agriculteurs, les écologistes et le monde municipal doivent travailler en vertu de cette démarche-là; il reste beaucoup de travail à accomplir.»

Jean Larose n'est pas né de la dernière pluie et il connaît en profondeur le sujet dont il parle: il a d'abord été directeur général de la Fédération des producteurs de porcs durant cinq ans, avant d'occuper les mêmes fonctions à l'UPA durant dix ans. Il aura passé 28 ans de sa vie professionnelle dans ce grand syndicat de producteurs agricoles, avant d'être aujourd'hui conseiller stratégique chez MCE Conseils (Maintien et création d'emplois), une entreprise qui fait partie du réseau de l'économie sociale. Il relate comment le milieu agricole a d'abord réagi en présence des préoccupations écologiques: «J'ai commencé à travailler en agronomie en 1980 et, à ce moment-là, l'environnement ne faisait pas partie du bagage d'un agronome lorsqu'on fréquentait l'École d'agriculture et qu'on en sortait.»

Des premiers pas hésitants


Cette démarche pédagogique reflète bien ce qui se passe sur le terrain: «Lorsqu'on commence à parler d'environnement au début des années 1990, c'est plutôt un choc pour les agriculteurs, comme ce fut le cas dans le secteur forestier; il y a eu une première phase qui était en quelque sorte une négation du problème. Il y a eu un choc et la prise de conscience va se faire graduellement, mais les premiers mandats qu'on a reçus au conseil d'administration de l'UPA, à cette époque, allaient dans le sens de retarder la mise en oeuvre d'une nouvelle réglementation écologique plus contraignante. Comme dans bon nombre de secteurs, il y a d'abord eu une prise de conscience de la situation, une négation du problème et, par la suite, ce constat plus avant-gardiste: on se rend compte que ce dossier doit être pris en main.»

Tant et si bien que le Conseil général de l'Union des producteurs agricoles adopte, en 1993, une stratégie agroécologique qui comporte en priorité une étude sur l'état de la situation: «On a investi une somme importante, soit un million de dollars, pour y arriver, et je crois que ce sont 10 000 fermes qui ont été recensées pour mener une enquête assez exhaustive, en collaboration avec le ministère de l'Agriculture.» Les cours d'eau sont alors pratiquement absents du débat: «La problématique de l'eau, c'est quelque chose d'assez récent. On est allé par ordre des priorités et la préoccupation portait en ce temps-là sur la gestion des fumiers.»

Indirectement, les cours d'eau sont tout de même touchés: «Il est certain qu'on a pris en compte les conséquences de la mauvaise gestion des fumiers et des lisiers sur ceux-ci. Il existait des problèmes très pointus comme celui de la rivière Yamaska, qui était le plus connu à ce moment. Il y a eu aussi des mouvements de citoyens pour préserver la qualité de l'eau dans les cas des rivières L'Assomption et Saint-François, entre autres.»

Dans ces endroits où prenaient place ces bassins et où l'agriculture occupait une place importante, il existait une pollution diffuse dont les causes étaient multiples: «On n'en était pas du tout arrivé à la gestion de l'eau, mais, par la suite, il y aura des stratégies qui obligeront les producteurs de porcs et de bovins à avoir des structures étanches.»

Les choses bougent


De 1995 à 2000, des clubs agroécologiques voient le jour, des programmes de services-conseils en environnement sont mis en place et les agronomes sont formés dans cette discipline, comme le rapporte M. Larose: «D'après ce que j'en sais, le portrait aujourd'hui se présente comme suit: il y a maintenant presque 300 conseillers et 82 clubs pour 8500 fermes sur un total de 40 000; on doit dire que ce sont surtout des exploitations spécialisées en production animale. En l'espace d'à peu près dix ans, on a posé ces structures-là afin de donner aux producteurs les ressources professionnelles pour qu'ils soient en mesure d'effectuer le virage agroécologique qu'ils doivent faire.»

À partir des années 2000, l'eau prend du gallon: «La première étape en environnement a été de bien gérer les fumiers. Une fois celle-ci franchie, le gouvernement a par la suite adopté une autre réglementation qui prévoyait spécifiquement, entre autres, qu'on en arrive à un "équilibre phosphore", celui-ci se révélant être la principale source de pollution diffuse dans les cours d'eau. Il s'est agi en 2002 du premier jalon du contrôle de cette forme de pollution; ce phosphore vient de deux sources principales: les fumiers lisiers et les engrais.» Les producteurs sont priés d'employer divers moyens et de prendre certaines mesures pour réduire dans ces deux cas la teneur en phosphore: «L'objectif du projet était que, en 2010, toutes les fermes du Québec soient en équilibre sur ce plan, et je présume, selon mes informations, que celui-ci a été atteint.»

Finalement, un plan d'action concerté est adopté en 2007, dont Jean Larose résume la teneur: «Il a été développé conjointement par les agriculteurs et par les ministères de l'Agriculture et de l'Environnement; ce dernier est orienté essentiellement vers la gestion de l'eau. On plonge vraiment dans la problématique réelle à partir du moment où la première étape a été de contenir les fumiers et où la deuxième a consisté à adopter un règlement pour atteindre un "équilibre phosphore".»

Il ajoute encore: «Un règlement pose des balises, mais il ne s'agit pas là d'une véritable stratégie pour améliorer la qualité de l'eau. Pour en arriver à ce but, il faut aller plus loin qu'un règlement; à partir de 2007, apparaît par conséquent un plan concerté où on met en place des stratégies de gestion de l'eau par bassins versants, ce qui se situe vraiment dans des stratégies intégrées d'amélioration de la qualité de l'eau; on est en plein là-dedans et on peut aller encore beaucoup plus loin.»

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Collaborateur du Devoir
1 commentaire
  • Mario Plourde - Inscrit 25 octobre 2010 03 h 07

    sans impacts sur la qualité de l'environement ?

    Donc, dès 2011 on pourra boire l'eau de n'importe quelle rivière, juste avant quelle se jette dans le fleuve, par exemple la rivière Chaudière près de Québec ?