Gaz de schiste - Les réserves d'eau seraient menacées

Gaz de schiste<br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Gaz de schiste

Une étude publiée hier sur le développement rapide des gaz de schiste au Canada réclame de la part des gouvernements fédéral et provinciaux un état complet des nappes souterraines avant d'aller de l'avant avec cette filière qui risque, selon ses auteurs, de «menacer les réserves d'eau» du pays.

L'étude en question a été publiée hier dans le cadre d'un colloque scientifique organisé par le Munk Center for International Studies de l'Université de Toronto. Elle est signée par le chercheur Ben Parfitt, qui estime que le Canada devrait imiter les États-Unis, qui ont décidé d'étudier en profondeur ce dossier.

«Ni l'Office national de l'énergie, ni Environnement Canada n'ont encore soulevé de questions de fond sur cette ruée vers les schistes ou sur son impact sur les ressources en eau», a déploré le chercheur, qui estime que, globalement, les ressources en eau de plusieurs régions pourraient être menacées à terme par le développement peu encadré de cette nouvelle industrie.

La première recommandation de ce rapport porte précisément sur une conclusion clairement arrêtée par le Conseil canadien des ministres de l'Environnement, qu'aucun des membres de cette institution fédérale-provinciale n'a encore appliqué dans sa province.

Ainsi, estime l'étude du Munk Center, les gouvernements fédéral et provinciaux, en collaboration avec l'industrie de la fracturation hydraulique, devraient immédiatement financer des études indépendantes pour évaluer l'état de toutes les nappes aquifères avant d'y autoriser l'exploration de gaz de schiste, et surtout la «fracturation hydraulique».

Cette activité se pratique dans les puits horizontaux d'entre un et deux kilomètres de profondeur, où on atteint les schistes gazéifères. Ces formations rocheuses sont poreuses comme des éponges dont les bulles seraient remplies de gaz. Pour que ces bulles, indépendantes les unes des autres, commencent à communiquer entre elles, on utilise de faibles charges d'explosifs et d'énormes pressions pour fracturer le roc, comme un caillou le fait dans la vitre d'une voiture. Le gaz se dirige vers le puits de forage par les fissures qu'on maintient ouvertes grâce à l'injection d'importantes quantités d'eau — environ 15 000 m3 par puits horizontal — et de sable, dont les grains maintiennent les fissures ouvertes.

Mais plusieurs produits chimiques mélangés à l'eau et au sable sont aussi injectés, dont des pesticides et différents produits chimiques pour stopper, par exemple, toute contamination bactérienne ou pour maintenir l'écoulement des liquides. Les versions varient quant aux quantités d'eau alors extraites: les témoignages allaient de 40 à 70 %.

La gestion de ces eaux abondantes en surface engendre plusieurs risques, au point que dans une récente étude du Massachusetts Institut of Technology, on affirmait que la gestion des eaux de fracturation allait devenir l'enjeu principal de cette nouvelle industrie.

Les bassins de rétention peuvent couler. Ces eaux peuvent être déversées illégalement dans des cours d'eau ou aboutir dans des usines d'épuration de petits villages dont les systèmes vont laisser passer les toxiques, ce qui équivaut à les laisser filer au cours d'eau. Écoulements, fuites et accidents peuvent faire en sorte que ces eaux s'introduisent dans les nappes souterraines par la surface ou encore par les puits de forage soumis à d'énormes pressions. Ces pressions représentent environ deux fois celle exercée par les couches supérieures de roc.

Douze recommandations

Selon cette étude, les normes réglementaires doivent partout au Canada exiger la déclaration publique des produits chimiques utilisés dans la fracturation hydraulique, ainsi que les quantités utilisées. Les sociétés d'exploration devraient aussi être obligées de démontrer qu'elles ont choisi les produits de moindre impact pour leurs eaux de fracturation. Les puits d'exploration devraient par ailleurs faire obligatoirement l'objet de tests de pression afin de pouvoir démontrer que leurs enveloppes de ciment les isolent totalement des nappes souterraines.

Parmi les 12 recommandations qu'il formule, le rapport ajoute que les gouvernements doivent impérativement confier l'octroi des permis de prélèvements en eau et le contrôle de l'élimination des eaux de fracturation à une seule et même autorité gouvernementale et que ce doit être celle «dont la responsabilité principale est de protéger les eaux».

Cette recommandation frappe de plein fouet le projet de l'industrie québécoise des gaz de schiste, qui voudrait que les permis et contrôles environnementaux relèvent d'une agence rattachée non pas au ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP), mais à celui des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF), où ils savent pouvoir compter sur des alliés plus compréhensifs.

La ministre responsable du MRNF, Nathalie Normandeau, a d'ailleurs déjà indiqué qu'elle était favorable à une amputation des pouvoirs du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) au profit d'un organisme rattaché au sien, le tout enrobé dans le prétexte d'offrir un «guichet unique» aux industriels.

Selon le rapport, des normes strictes doivent aussi encadrer les prélèvements d'eau, ce que le MDDEP a annoncé qu'il était prêt à faire en limitant à moins de 1 % des débits d'étiages historiques les prélèvements en question. Mais le MDDEP n'a pas manifesté d'empressement à l'idée d'exiger une étude des impacts environnementaux de chaque projet, comme le propose l'étude du Munk Center.

On trouvera copie de cette étude et de l'ensemble de ses propositions sur notre site Internet en annexe au présent texte.
32 commentaires
  • Serge Charbonneau - Inscrit 15 octobre 2010 04 h 32

    Le temps du verbe est inadéquat

    Gaz de schiste - Les réserves d'eau SONT menacées.

    Serge Charbonneau
    Québec

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 15 octobre 2010 05 h 03

    De notre manque de connaissance de la nappe phréatique

    Je m'intéresse depuis plusieurs années aux eaux de surface et à l'eau dite de la nappe phréatique. Cet intérêt m'a même amené à siéger pendant plusieurs années sur le conseil d'administration du Conseil de Bassin de la rivière Rimouski Inc. Or s'il est un chose que je retiens des efforts investis, c'est que nous ne connaissons à peu près rien de ce qui existe et se passe dans la nappe phréatique. Je ne dis pas qu'il faille tout connaître partout avant d'autoriser l'exploitation des gaz de schiste, mais simplement qu'une telle connaissance est essentielle dans les zones où l'industrie gazière veut explorer le sol et en tirer du gaz. Alors seulement nous connaîtrons non seulement les dangers associés à cette activité privée pour les populations visées, mais pourrons également et surtout donner une valeur économique et sociale à l'eau. À mon avis, c'est de ceci que les gouvernements qui se sont succédés à Québec ne veulent pas. Quant à la précipitation actuelle à vouloir à tout prix et en toute urgence forer, je n'y vois que retour d'ascenceur politique à des amis du régime. Hier, un vieil organisateur politique ou autre ami du régime en fin de carrière construisait un immeuble qu'il louait par la suite à la Société des alcools du Québec avec un bail de 10 ans. Aujourd'hui, on lui donne les clés de notre sous-sol avec promesse de tout écarter sur son chemin.

  • De St-Éloi - Inscrit 15 octobre 2010 06 h 02

    Exxellent article

    Il faudrait ajouter qu'il faudrait aussi faire un portrait géologique et hydrogéologique des régions visées, identifier leur porosité primaire et secondaire, faire un véritable inventaire des failles et des fissures. La question de la pression dans les gisements à la suite de la fracturation n'a pas non plus été réellement discutée. La question de la durabilité à long terme des puits n'a ps non plus été abortdée. Des fussures peuvent-elles se produire dans le ciment qui entoure le coffrage en acier. Ce coffrage lui-même peut-il rouiller, se trouer. Les pressions dans le sol à toutes les profondeurs peuvent-elles rompre, ou provoquer d'autres fissures. L'eau des nappes phraétikques peut-elle se déverser dans Ces fissures. Etc, etc. Seule une véritable étude scientifique peut répondre à ces questions qui ne peuvent être résolues par un interrogatoire de deux ou trois experts in situ pour rassurer la population. Aux risques mentionnés, il faut ajouter les rejets directs de produits chimiques par déversement sur le sol, les routes et dans les cours d'eau dans des régions au Québec où les nappes phréatiques et les cours d'eau ne sont pas déjà en bon état. Le reportage d'Infoman à cet égard était très instructif, les réservoirs sont mal faits et d'ors et déjà on peut se douter que de l'eau s'échappe de ces réservoirs vers les nappes phréatiques.
    Je n'ai pas trouvé le lien cependant.

  • De St-Éloi - Inscrit 15 octobre 2010 06 h 07

    Le lien

    Le lien est en bas de l'image, c'est la rubrique «à retenir».

  • 54lili - Inscrit 15 octobre 2010 06 h 24

    Moratoire immédiat

    ça presse..

    Mme normandeau qui donne le pouvoir à son propre ministère pour les permis et les contrôles environnementaux alors qu'on connaît
    bien son parti pris dans ce dossier, à croire qu'elle y a investit de
    son propre argent.

    Avec les mensonges et la corruption qu'on connaît du PLQ, comment
    se fier qu'ils vont avisé la population lorsque y aura risque pour la santé ou la sécurité des gens.

    MORATOIRE IMMÉDIAT