Pourquoi les écologistes boudent-ils le BAPE?

Pour les gaz de schiste comme pour d’autres sujets, c’est pendant la phase d’enquête du BAPE qu’il serait le plus important de participer.<br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Pour les gaz de schiste comme pour d’autres sujets, c’est pendant la phase d’enquête du BAPE qu’il serait le plus important de participer.

Plusieurs des grands groupes écologistes québécois se sont abstenus de participer cette semaine au début de l'enquête sur les gaz de schiste tenue par le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) malgré son retentissement médiatique.

Plusieurs raisons sont évoquées: manque de ressources pour certains qui suivent les audiences sur Internet; mandat limité à l'atténuation des impacts locaux pour d'autres; audience jugée inutile, complaisante et improvisée pour plusieurs.

Très souvent et fort malheureusement, regrette Me Jean Baril, qui représentait le Centre québécois du droit de l'environnement, les groupes écologistes ne voient pas encore qu'il est plus important de participer à cette première partie de l'audience, l'enquête, puisque c'est là que les faits, sur lesquels la commission basera son jugement, sont établis.

«C'est là, dit-il, et pas dans un mémoire, qu'il faut demander aux commissaires de valider les affirmations souvent non fondées qui sont faites devant eux. C'est là qu'il faut exiger des documents, qui peuvent démontrer soit la fragilité de certaines opinions, ou dont l'inexistence peut démontrer l'extrême fragilité de projets ou de politiques censées les encadrer. C'est beaucoup plus efficace que n'importe quel mémoire.»

Des maladresses

Mais ce spécialiste — il est l'auteur du livre Le BAPE devant les citoyens — a été surpris par ce qu'il qualifie prudemment de «maladresses» de la commission, nombreuses au demeurant. C'est sans doute, dit-il, pour assurer son autorité et éviter les débordements des assemblées tenues par les industriels, que le président de la commission, Pierre Fortin, a imposé aux citoyens de couper court aux préambules associés à leurs questions. Pourtant, reconnaît cet expert, des préambules succincts clarifient la portée des questions et précisent l'angle qu'on veut voir couvrir par une réponse.

Daniel Breton, de Maîtres chez nous au 21e siècle (MCN-21), traduit, en termes plus lapidaires, le sentiment exprimé par plusieurs citoyens et écologistes, dont plusieurs ne sont pas revenus même après s'être inscrits pour poser des questions.

«Quand on a vu, explique Daniel Breton, comment les commissaires étaient complaisants, on a compris qu'on n'aurait pas là de réponses à nos questions. Ils ne vont pas au bout des questionnements. Ils laissent les industriels et les porte-parole des ministères faire des affirmations sans tenter d'en valider les bases.»

Lui-même s'est dit échaudé après avoir demandé à la commission quels seraient les impacts sur les ventes d'électricité d'Hydro-Québec de l'arrivée sur le marché de quantités de gaz supplémentaires, vraisemblablement à prix réduit si l'offre continuait de dépasser la demande.

L'économiste d'un ministère québécois lui a répondu sans sourciller qu'il ne voyait aucun lien entre ces deux aspects. Après avoir reformulé sa question, Daniel Breton s'est même fait répondre par cet économiste qu'il ne comprenait pas la question. Il est inadmissible, dit-il, qu'une «commission d'enquête» n'ait pas poussé plus loin un questionnement aussi central pour le bien-fondé d'un projet ou d'une politique.

«On était tous scandalisés. On était soit devant des incompétents, soit devant des gens qui refusent d'approfondir la question», explique Daniel Breton, qui plaide néanmoins «pour un vrai BAPE, pas pour l'abolir».

Jeudi soir, la commission a refusé de poser aux ministères et aux industriels la question d'un citoyen, qui voulait savoir pourquoi, alors que toute la planète tente de lutter contre les changements climatiques, on ne laissait pas dans le sous-sol les millions de tonnes d'hydrocarbures lorgnées par les industriels. Quelle était la position «éthique» derrière ces choix? Le président a décidé que c'était là «un commentaire» et non une question. Et il est passé à la question suivante au lieu de tenter d'aider ce citoyen à avoir une vision claire des valeurs qui sous-tendent les choix des acteurs politiques et privés de ce dossier.

«Le BAPE est pourtant là pour favoriser la participation des citoyens, pas pour l'éteindre», commente à ce sujet Me Baril.

Chez Nature-Québec, tout comme chez Greenpeace ou chez Équiterre, qui n'ont pas participé à l'enquête, on s'en prend moins à la capacité des commissaires de faire leur travail qu'à l'absence de documentation sérieuse et à la partialité imposeé par Québec au mandat de la commission «qui ne permet pas d'examiner la pertinence de développer les gaz de schiste, pour s'en tenir plutôt à la manière d'atténuer son exploitation», explique Catherine Vézina de Greenpeace.
13 commentaires
  • Amie du Richelieu - Inscrit 9 octobre 2010 08 h 04

    Pertinence du BAPE, pertinence d'exploiter le gaz de schiste par fracturation hydraulique

    Le BAPE sur le gaz de schiste porte comme titre: "Développement durable de l'industrie des gaz de schiste au Québec". Si vous ne me croyez pas, allez voir: http://www.bape.gouv.qc.ca/sections/mandats/Gaz_de Juste le titre de ce BAPE illustre l'inconséquence de cet exercice. Depuis quand qu'exploiter du gaz naturel emprisonné dans le roc à 1 kilomètre de profondeur grâce à une grande quantité d'eau douce à laquelle on ajoute des produits chimiques peut être qualifié de développement durable?

    Une fois brûlé, le gaz naturel ne peut pas revenir. Une fois polluée et emprisonnée à 1 kilomètre sous terre ou redéversée contaminée dans une rivière, l'eau ne redevient pas potable. Une fois les gaz à effet de serre relâchés dans l'atmosphère, on ne peut pas les reconquérir, à moins de planter des dixaines d'arbres au mètre carré partout où le sol n'est pas recouvert de béton, d'asphalte ou de bâtiments.

    Une fois un puits de gaz de schiste installé sur une terre agricole, son chemin d'accès demeure, parce qu'on peut revenir le fracturer plusieurs fois dans un avenir plus ou moins approché. Pour être rentable, un puits de gaz de schiste doit en avoir d'autres à proximité, et une fois plusieurs puits creusés, il faut les relier avec des gazoducs, empiétant de plus en plus sur les terres agricoles ou les balieues habitées. Ajoutez à cela des stations de purification, des compresseurs, des génératrices, et nous voilà privés d'encore plus de surface de terres agricoles et/ou habitables. Où est la co-habitation harmonieuse nécessaire pour qualifier cette industrie de développement durable?

    Participer à ce BAPE qui ne veut que connaître les meilleurs trucs pour nous faire passer çà comme durable, n'est-ce pas plier l'échine et se résigner à accepter l'inacceptable?

    Johanne Dion
    Amie du Richelieu
    http://lesamisdurichelieu.blogspot.com/

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 9 octobre 2010 12 h 33

    La religion verte

    Lorsque l'on adhère à une cause comme on entre en religion, c'est inévitable, toute intervention de l'Autre paraît illégitime. Tout le monde complote contre sa religion.

    Si les verts croyants veulent nous convaincre, qu'ils prêchent clairement l'imposition de taxes élevées sur les produits pétroliers, le gaz et surtout l'électricité. Seul un prix élevé des énergies conventionnelles viendrait à bout de la consommation effrénée des québécois, qui sont champions mondiaux en la matière.

    La religion verte pour moi, c'est Tartuffe avec sa magnifique bonne conscience. On dit non à la production d'énergie, tout en sachant que notre consommation élevée requiert que les "autres" continuent de produire et de polluer.
    Jacques Saint-Cyr

  • Guy Rochefort - Inscrit 9 octobre 2010 13 h 55

    Pourquoi les journalistes ne rapportent-ils pas les vrais problèmes?

    Que la question relative à l'utilité même de l'exploitation des gaz de schiste ait été bloquée par le président de l'audience publique soit rapportée dans votre journal démontre que des journalistes étaient présents.
    Mais, où étaient ces mêmes journalistes lorsque, quelques minutes plus tard, des questions ont été posées questionnant la pertinence d'avoir accordé une concession gazière incluant le terrain de la centrale nucléaire de Gentilly-2?
    Où étaient les journalistes lorsque le représentant du MRNF a déclaré qu'il n'y a AUCUNE RESTRICTION au fractionnement du schiste d'Utica EN-DESSOUS DE LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE GENTILLY-2?
    Où étaient les journalistes lorsque, en complément d'information, les représentants du Gouvernement du Québec ont mentionné qu'ils NE SAVAIENT PAS où se situait le schiste d'Utica en-dessous de la centrale Gentilly-2?
    Comment se fait-il que la possibilité d'avoir un deuxième Tchernobyl ne fasse pas la une de tous les médias d'Amérique du Nord?
    Note: On devrait connaître la géologie de Gentilly-2 mardi prochain en après-midi.

  • MJ - Inscrite 9 octobre 2010 19 h 56

    Mensonges, réalité travestie

    L’industrie du gaz de schiste qualifiée de développement durable par le Gouvernement? N’importe quoi!

    Sur le développement durable, voir ce lien:
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Développement_

    Le BAPE évacue les questions essentielles? Ce BAPE, c’est de la bouillie pour les chats...

    Du fractionnement du schiste sous la Centrale nucléaire de Gentilly? Est-ce qu’ils sont tombés sur la tête?

    Urgence pour un Moratoire...

  • MJ - Inscrite 9 octobre 2010 20 h 21

    Désaveu des commissaires pour partialité et incompétence

    Nature-Québec, Greenpeace et Equiterre ont vu juste!
    Ce BAPE est déjà biaisé en faveur des industriels et du gouvernement. Leur documentation est visiblement déficiente! D’ailleurs, on a dit que le document de base en provenance du gouvernement reprenait presque mot pour mot le texte de l’industrie gazière et comportait beaucoup d’erreurs.

    Refuser de répondre aux questions des citoyens ou faire semblant de ne pas comprendre, c’est faire le sourd qui ne veut pas entendre les questions légitimes des citoyens. Le BAPE semble présumer au départ que l’exploitation du gaz est chose acceptée alors que ce n’est pas le cas!

    Cette concession gazière faite par le gouvernement aux industriels ressemble fort aux concessions forestières faites sous le régime Duplessis.