Gaz de schiste: le BAPE étudiera le cas new-yorkais

La commission d'enquête du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) sur les gaz de schiste entend approfondir, en plus du cas de la Pennsylvanie et de la Colombie-Britannique, le cas de l'État de New York, qui partage avec le Québec la formation géologique du shale Utica.

C'est ce qu'a précisé hier le président de la commission, Pierre Fortin, en réponse à une question de Me Jean Baril, du Centre québécois du droit de l'environnement (CQDE). Ce dernier voulait savoir si la commission irait visiter cet État voisin du Québec, qui a décrété un moratoire sur l'exploration et l'exploitation des gaz de schistes autour de ses réserves d'eau souterraines. De plus, a souligné Me Baril, New York tranche avec les pratiques canadiennes car il a confié à son ministère de l'Environnement plutôt qu'à un ministère à vocation économique, comme le ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF), le soin d'encadrer l'émission des permis d'exploitation, comme on l'a fait pour l'eau au Québec dans les années 70.

Du côté du MRNF, le responsable de la filière du gaz au Québec, on veut s'aligner uniquement sur les façons de faire de l'Alberta et de la Colombie. Ce ministère en a surpris plusieurs en divulguant qu'il ne s'intéresse pas à la manière de gérer le dossier aux États-Unis où on a une bonne longueur d'avance sur le Canada en termes d'expérience et de gestion du dossier.

Le sel, l'ennemi

De tous les produits utilisés dans la fracturation des shales souterrains, le sel a été désigné hier comme l'ennemi numéro un de l'industrie, plus encore que les autres toxiques reconnus qu'on estime suffisamment dilués ou transformés par l'opération.

Les acides se dissiperaient dans le sous-sol au contact d'autres minéraux mais lors cette réaction, il se formerait des sels qui s'ajoutent à ceux présents à l'état naturel dans ces formations rocheuses. Les concentrations seraient particulièrement élevées dans les eaux récupérées, soit près de 10 000 parties par million. Cela peut à la fois nuire au traitement de ces eaux usées dans les usines d'épuration municipale, qui peuvent en laisser passer suffisamment pour nuire à la faune des eaux douces de nos cours d'eau, selon certains scénarios. On a même dit hier aux audiences que si on ouvrait plusieurs centaines de puits par année, on dépasserait la capacité de traitement des équipements régionaux, ce qui rendrait presque obligatoire le prétraitement des eaux de la fracturation hydraulique par les industriels avant leur introduction dans les équipements municipaux.

L'industrie des gaz de schistes de son côté prétend que si les chantiers se multiplient, que ses membres auront intérêt à réutiliser ces eaux dans d'autres opérations de fracturation au lieu de les faire traiter. Quant au ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP), il a admis devoir élaborer des normes sur la manière d'éliminer — tout le monde utilise plutôt le terme «disposer», un anglicisme primaire — les autres toxiques utilisés dans la fracturation. Ses porte-parole ont admis que dans l'état actuel des équipements municipaux, des molécules toxiques présentes dans les eaux de fracturation ont fort probablement passé au travers du traitement pour aboutir aux cours d'eau.

L'audience de Saint-Hyacinthe sur les gaz de schiste semble intéresser moins de monde d'un jour à l'autre, suivant en cela un modèle bien connu au BAPE. Ainsi, la participation aux audiences est passée de quelque 300 personnes lundi soir à 70 personnes mardi après-midi, puis à environ 50 mardi soir et à environ 30 personnes hier après-midi. Mais l'auditoire réel de cette commission est nettement plus important en raison de la diffusion des travaux sur Internet, par vidéo et audio, une première réclamée depuis longtemps. Plus de 300 personnes se sont branchées sur le site Internet du BAPE, lundi soir. Mardi, elles étaient 155 dans l'après-midi et plus de 200 le soir, et plus de 140 hier après-midi. Cet auditoire nettement plus vaste a suscité une cinquantaine de questions posées via le site Internet du BAPE.
7 commentaires
  • De St-Éloi - Inscrit 7 octobre 2010 06 h 14

    Étude de l'impact de l'industrie du gaz de shale à New-York

    Voici un modèle d'étude qu'aurait dû produire le Bape avant les audiences qui énonce clairement les risques environnementaux en période de production de gaz.

    http://www.cwconline.org/news/final hazn sawyr report-on-drilling.pdf

    Il y a peu de raisons que les risques diffèrent ici, pour ce qui est du coeur de l'étude. À New-York s'ajoute le risque associé à la présence de matières radioactives, mais le coeur du problème identifié est l'impact cumulatif de l'exploitation simultanée de plusieurs centaines de puits.

    J'invite tous les lecteurs à le lire.

    Suivre les séances du Bape est vraiment pénible. Le commissaire renvoie souvent les questions au représentant du ministère des Ressources naturelles et accepte ses réponses, souvent lapidaires et non documentées, (comme le montre son rapport) comme du CASH.

    Le processus actuel est peu crédible et relève d'une sorte de happening ou d'un work in progress mal ficelé, à preuve sur une question de l'approvisionnement en eau un fonctionnaire explique que la nouvelle loi sur l'eau implique une hiérarchie d’utilisations ou une coordination de ces utilisations. Le commissaire demande que le document soit déposé. Tout surpris le fonctionnaire demande : Vous voulez dire la loi en agitant le papier et en hésitant... oui dit le commissaire.
    Est-ce que toutes les lois applicables à cette commission n'auraient pas du être déposées avant le début de la commission et pourquoi déposer ce document en particulier?

  • De St-Éloi - Inscrit 7 octobre 2010 06 h 16

    Une étude sur les gaz de shale à New-Yorik... suite


    Un autre citoyen demande que soit déposé un tableau résumant les différentes législations appliquées à l'extraction des gaz de shale pour les États-Unis et le Canada. Le représentant du ministère de l'Environnement affirme qu'il ne produira pas ce tableau tandis que le représentant du Ministrère des affaires naturelles affirme qu'un tableau comparatif des lois en vigueur en Alberta et en Colombie britanniques est en voie d'élaboration seulement et que les législations américaines ne seront pas incluses. Le modèle réglementaire sera celui de la Colombie-Britannique. Le commissaire dit au citoyen qu'il devra faire sa demande dans son mémoire, mais ne l'exige pas du ministère!

    Un citoyen à demandé si la clause d'expropriation inscrite dans la loi des mines disparaîtrait dans la future loi sur les hydrocarbures. Le représentant du Ministère des Ressources naturelles lui a confirmé que la notion d'expropriation demeurerait dans la future loi et qu'il n'y pouvait rien. Le citoyen a demandé si la reconduction de la clause était une demande de l'industrie. Le commissaire a relayé la question au représentant du ministère sans le demander à l'industrie, lui qui aime tellement faire intervenir l'industrie. Il a fait dérouler le petit vidéo de l'industrie plusieurs fois pendant la séance.

    Un agriculteur indique que dans le document du ministère on fait état d'un protocole entre les producteurs et l'Upa. Le commissaire demande au représentant du ministère ce protocole. Le représentant dit qu'il y a une erreur dans son document (une autre!) et que le verbe devait être au futur. L'intervenant demande que soit publié un tel protocole ou qu'il soit rendu disponible. Finalement après un long échange, le commissaire indique au citoyen de faire-part de ses demandes dans son commentaire!

    Un autre citoyen a demandé s’il existait un espace entre le premier tubage d'acier et le roc. Je crois qu'il n'a pas eu la réponse demandée.

  • Sator - Inscrit 7 octobre 2010 10 h 10

    en partant les dés sont pipées


    surtout par la composition des membres du bape et des influences qu ils ont eues avec les pétrolières fouillez un peu et vous serez éblouie des accointances de certains de leurs membres on veut nous faire croire a l'impartialité du bape
    moi je me pose des questions qui sont actuellement sans réponses

  • GLevesque - Inscrit 7 octobre 2010 15 h 18

    Le travail du BAPE

    Il arrive au BAPE de produire des documents de consultations (quand il en a le temps) mais pas des études (style études d'impacts) qui sont de la responsabilité des promoteurs (dans le cas présent, s'agit-il de l'industrie ou gouvernement?). On le voit, une telle étude manque terriblement dans le présent BAPE.

    On peut de notre estrade critiquer tel ou tel geste mais de grâce de sous-estimons pas l'intelligence des commissaires. Beaucoup d'information très intéressantes et fondamentales à la compréhension et à la gestion future de la problématique ont déjà été mises en lumière.

    Le BAPE n'existerait pas, il faudrait l'inventer. Il a plutôt bien servi les ciyoyens depuis sa création. Laissons-le donc faire son boulot. Il le fait généralement bien.

  • De St-Éloi - Inscrit 8 octobre 2010 04 h 55

    Le problème est pour le citoyen

    Le citoyen qui désire intervenir se fait souvent répondre par des réponses ad-hoc qui demanderaient à être validées ou contre-expertisée. Le très peu de documents disponibles et le déroulement des séances sans documentation de base complique le travail des citoyens qui doivent eux-même rechercher toute l'information. J'admire ceux qui sont sur place pour poser des questions et qui souhaitent démêler l'imbroglio de tous ces commentaires venant d'une part du ministère des ressources naturelles qui semble être aussi promoteur du projet, de l'industrie, des experts de la commission et de multiples ministères.