Dur test pour les services d'intervention

Des spécialistes s’affairaient hier à récupérer les 5500 litres de pétrole déversés dans le Saint-Laurent face aux quais 109 et 110 de Suncor-Petro Canada à Pointe aux-Trembles.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Des spécialistes s’affairaient hier à récupérer les 5500 litres de pétrole déversés dans le Saint-Laurent face aux quais 109 et 110 de Suncor-Petro Canada à Pointe aux-Trembles.

La fuite de pétrole aux quais 109 et 110 de Suncor-Petro Canada a fait subir un dur test aux services d'intervention de la raffinerie, mais elle a aussi porté un dur coup aux relations avec la mairie de Pointe-aux-Trembles, qui a été laissée de côté autant par le dernier raffineur de la métropole que par son propre service des incendies.

Pourtant, expliquait hier au Devoir Chantal Rouleau, la mairesse de Notre-Dame-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles, ça fait des années que les élus de ce secteur investissent pour améliorer, par la création de comités et d'initiatives diverses, la «cohabitation entre l'industrie lourde et les résidants du secteur».

La mairesse Rouleau a en effet été informée seulement hier matin de cette fuite susceptible de s'étendre sur les rives de sa municipalité, alors que le problème avait commencé la veille vers 20h. Les vérifications faites par son personnel ont indiqué, a-t-elle précisé au Devoir, que les citoyens du quartier, alertés par des odeurs de pétrole anormales, ont commencé à appeler les pompiers dès 20h15 et que les appels se seraient poursuivis jusqu'à 22h20.

Elle-même s'est présentée à la guérite de Suncor hier matin pour être refoulée cavalièrement par un membre du service de sécurité, qui l'a dirigée vers le siège social de Petro-Canada à Calgary. Le Devoir était à côté de Luc Tremblay, l'attaché politique de la mairesse Rouleau, quand «Calgary» a rappelé en fin d'après-midi pour lui suggérer d'assister à la conférence de presse organisée par la direction de la raffinerie.

La mairesse Rouleau a aussi confirmé au Devoir que personne au service des incendies de Montréal n'avait jugé opportun, non plus, de l'informer de la situation, ni elle, ni le directeur des services administratifs de l'arrondissement, alors que, dit-elle, les employés ont été formés «pour pouvoir être en première ligne d'intervention en cas de situation d'urgence».

Une fuite difficile à cerner

En conférence de presse, hier après-midi, le vice-président de la raffinerie de Suncor, Bruno Francoeur, a précisé qu'il était arrivé sur les lieux vers minuit.

Selon les vérifications faites par le cabinet de la mairesse Rouleau auprès des pompiers, le service des incendies de Montréal a été le premier à arriver sur les lieux, suivi des services d'urgences du ministère du Développement durable et de l'Environnement (MDDEP), puis d'Environnement Canada. Selon les premiers pompiers arrivés sur les lieux, raconte la mairesse Rouleau, il n'y avait aucun représentant ou membre du personnel de Suncor sur les lieux de la fuite. Ce qui la surprend et l'inquiète.

Du côté du raffineur, on affirme que les équipes d'intervention ont été rapidement déployées pour endiguer avec des estacades flottantes le diesel qui fuyait sur le fleuve par la partie amont des quais 109 et un peu à l'avant du quai 110.

Selon la version obtenue par le bureau de la mairesse Rouleau, les pompiers auraient évalué à 2,4 km de long la fuite, qu'ils auraient mesurée sur l'eau en cherchant si elle provenait d'un pipeline sous-marin. Bruno Francoeur estime pour sa part que la fuite n'a pas dépassé les 200 mètres, pour être ensuite endiguée dans un espace beaucoup plus restreint. Néanmoins, le responsable de la raffinerie a dû admettre que les deux ministères de l'Environnement ont exigé l'installation d'estacades jusque dans la région de Varennes et de Contrecoeur où, d'après les relevés aériens, le diesel échappé semblait se diriger.

Selon Suncor, en tout 35 barils de diesel se sont échappés, soit environ 5500 litres. Bruno Francoeur espérait hier pouvoir récupérer 30 barils ou 5000 litres grâce aux estacades installées de chaque côté des deux quais, où d'imposants navires approvisionnent la raffinerie en pétrole brut.

Selon le responsable de la raffinerie, c'est un des quatre tuyaux de 12 à 25 centimètres de diamètre qui relient les quais à la raffinerie qui aurait cédé, probablement sous l'effet de la corrosion. Il affirme pourtant que cette tuyauterie a été «régulièrement» inspectée et testée sous pression, mais n'a pas pu dire à quand remontait le dernier test. Il a aussi confirmé, en réponse aux questions du Devoir, qu'une tranchée serait creusée rapidement pour isoler la terre contaminée afin que son contenu en pétrole cesse de migrer vers le fleuve. Toute cette terre, a-t-il précisé, devra être aussi excavée et traitée, pour ensuite être remplacée par des matériaux inertes. C'est ce matin, a-t-il dit, que cette partie de la gestion de la fuite doit être abordée «avec les ministères».

Selon Bruno Francoeur, ce genre d'accident «pourrait survenir à nouveau, mais on va tout faire pour que ça ne se reproduise pas», notamment grâce à l'enquête approfondie que le raffineur entend faire à propos de ce qu'il qualifie «d'incident».

Pas la place du maire

Invité à commenter la réaction de la mairesse Rouleau sur le «comportement discutable de ce citoyen corporatif de notre ville», le vice-président de Suncor a précisé que les protocoles d'urgence ne prévoient pas d'aviser le responsable politique de la municipalité en cause, mais plutôt le commandement en chef des pompiers. Il dit que les responsables de la raffinerie ont aussi «pris les mesures nécessaires pour rassurer les résidants», ce que la mairesse Rouleau revendique comme sa responsabilité première. Si le niveau de danger avait été élevé, ajoute Bruno Francoeur, «on aurait évacué» le secteur.

Quant au refoulement hier matin de la mairesse Rouleau qui voulait faire le point avec lui, Bruno Francoeur réitère qu'«on ne parle pas avec les maires et mairesses, mais avec le commandant en chef [des pompiers]».

Suncor s'est d'ailleurs rabattue sur les mesures de sécurité pour expliquer aux journalistes pourquoi on leur avait fermé l'accès au site de la fuite. Seules les personnes équipées de vêtements ignifuges, de casques, de lunettes et ayant suivi un cours de sécurité approprié peuvent avoir accès à un site aussi riche en émanations, a-t-il dit. Mais les journalistes pourront visiter les lieux ou même les survoler ce matin s'ils le désirent, a-t-il proposé.
3 commentaires
  • France Marcotte - Inscrite 30 septembre 2010 08 h 28

    Culture du secret...éventrée

    Un test, oui. Ce cafouillis n'est pas pour rassurer sur la venue par bateaux projetée par Shell de tout le pétrole raffiné dont on aura besoin pour combler le démantèlement de sa raffinerie. Ces gens semblent avoir une forte propension pour le secret. Ils pensent peut-être toujours que le pouvoir et l'exclusivité leur donnent ce privilège? Ils oublient que les citoyens commencent à avoir le nez fin sur les berges et qu'on en a ras-le-bol de se faire niaiser.

  • Eric Allard - Inscrit 30 septembre 2010 12 h 35

    N'entre pas sur un site de déversement qui veut

    Toute mairesse qu'elle veut bien l'être, ou tout journaliste qu'ils veulent bien l'être, il y a des lieux où seuls les personnes ayant une formation spécifique peuvent se rendre...

    J'ai justement sur mon bureau (pour étude) un document de formation sur la loi C-21 (C-45), qui prévoit des infractions au code criminel pour toute personne en charge qui laisse indûment une autre personne effectuer des tâches ou se rendre sur un lieu dangereux sans s'être assuré que cette personne ne soit en sécurité.

    En regard de cette loi, si le membre de la sécurité avait laissé passer la mairesse, et que celle-ci avait été empoisonnée par les vapeurs, ou avait subi un accident causant des lésions corporelles, la personne en question aurait été en délit, ainsi que probablement son supérieur.

    En matière de sécurité, la pétrolière et ses employés ont donc agi de manière diligente et raisonnable. En matière de communication, toutefois, il y a certainement lieu de se poser la question.

  • Gerard44 - Inscrit 30 septembre 2010 14 h 51

    Alerter les autorités civiles

    Suncor ne crêche pas sur la planète mars à ce que je sache. Les installations sont situées dans une municipalité avec du vrai monde autour. Sans inviter toute la population à venir voir combien ses spécialistes sont compétents à nettoyer les lieux, la compagnie a la responsabilité d'alerter les autorités civiles locales et régionales dont le Ministère de l'environnement, selon la gravité de l'incident. Qu'on se rappelle Bopal en Inde (Union Carbide), Tree Miles Island (centrale nucléaire) aux États-Unis, BP dans le golfe du Mexique et d'autres catastrophes de grande ampleur. Toujours le secret et le silence ou la minimisation des impacts. La sécurité du public et donc l'implication des autorités civiles, a priorité sur la préservation de l'image de la compagnie. Les compagnies cherchent toujours à cacher leurs bavures et leur incurie. Sont pas «trustables».
    Gérard Laverdure, Montréal.