Tension extrême à Saint-Hyacinthe

André Caillé discute avec des citoyens quelques minutes avant le début d’une rencontre d’information extrêmement houleuse tenue hier soir par l’industrie du gaz de schiste à l’Auberge des Seigneurs de Saint-Hyacinthe. M. Caillé a même dû quitter la salle un long moment pour faire baisser la tension.<br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir André Caillé discute avec des citoyens quelques minutes avant le début d’une rencontre d’information extrêmement houleuse tenue hier soir par l’industrie du gaz de schiste à l’Auberge des Seigneurs de Saint-Hyacinthe. M. Caillé a même dû quitter la salle un long moment pour faire baisser la tension.

Saint-Hyacinthe — La troisième et dernière séance d'«information» organisée par l'Association pétrolière et gazière pour tenter de calmer la grogne grandissante au sujet de cette filière a encore une fois été éprouvante pour les représentants de l'industrie et particulièrement pour André Caillé, qui a quitté la salle après quelques minutes à peine, pour revenir près de deux heures plus tard. Une situation qui n'a en rien calmé la colère des quelque 500 personnes présentes qui ont réclamé, comme plusieurs avant elles, un moratoire sur l'exploration gazière au Québec.

Membre des Zapartistes et conseiller municipal à Saint-Jude, Christian Vanasse n'a d'ailleurs pas manqué de faire un parallèle entre la décision du gouvernement d'interdire le forage dans l'estuaire du Saint-Laurent et la demande pressante d'un moratoire sur l'exploration gazière. «Le gouvernement vient d'interdire l'exploration dans l'estuaire du Saint-Laurent, parce qu'après avoir commandé des études, on a constaté que l'environnement était fragile et complexe. Moi aussi j'habite dans un environnement fragile et complexe. Alors M. Caillé, je sais que vous êtes opposé à tout moratoire ou à un BAPE élargi. Mais considérez-vous que la vie, la santé et l'environnement des citoyens ici présents valent moins que ceux des bélugas?» a-t-il lancé.

La foule qui l'ovationnait n'a pas tardé à huer les représentants de l'industrie après avoir constaté qu'André Caillé avait déjà quitté la salle et qu'il ne répondrait donc pas à la question. Lorsqu'il est revenu, il s'est contenté de dire, sur un ton posé, qu'on lui avait conseillé de ne pas revenir, en raison de la «tension» qui régnait dans la salle bondée et surchauffée de l'Auberge des Seigneurs. L'avertissement serait en fait venu de la Sûreté du Québec, selon nos informations.

Pressé de questions sur les risques que pourrait représenter l'exploration gazière pour les nappes phréatiques ou la sécurité des citoyens, l'ancien p.-d.g. d'Hydro-Québec a été bref. «Les risques, il y en a, et ils doivent être gérés et minimisés. Mais il demeure des risques, parce qu'il s'agit d'une activité humaine», a-t-il simplement indiqué.

Christian Vanasse n'a également pas manqué de dénoncer la propension de M. Caillé à minimiser l'opposition. «Vous êtes en train de nous diviser. D'un côté, les opposants qui monopoliseraient les tribunes et les micros, et de l'autre, monsieur et madame Tout-le-monde qui n'arriveraient pas à parler. Je viens vous dire ce soir que les gens qui sont dans la salle, c'est monsieur et madame Tout-le-monde. Ce qui me choque, c'est que vous nous dites que c'est le syndrome du "pas dans ma cour". J'aimerais vous signaler que pour la plupart des gens ici ce soir, leur cour est très grande. Elle va de la rivière des Outaouais jusqu'à Natashquan et de l'Abitibi jusqu'à l'île d'Anticosti.»

«Ce qui choque les gens, a-t-il ajouté, c'est qu'ils ont l'impression que le dossier va de l'avant et que tout est joué avant même que ça ait commencé. Quand la vice-première ministre dit qu'elle ne veut pas parler aux opposants. Quand le ministre de l'Environnement reste muet en disant qu'il ne veut pas influencer le BAPE. Quand le premier ministre nous dit qu'il va aller de l'avant avant même d'avoir vu les conclusions du BAPE et qu'on voit des membres du gouvernement quitter [celui-ci] en masse pour aller travailler pour l'industrie gazière, on se demande qui travaille pour le citoyen et pour qui travaillent nos élus.» Une idée qui est revenue souvent au cours de la soirée.

Chose certaine, cette troisième rencontre n'aura pas permis aux représentants de l'Association pétrolière et gazière de calmer les ardeurs de l'opposition à l'exploration des gaz de schiste. Selon ce qui ressort des dizaines d'interventions des citoyens qui se sont présentés au micro, le mandat accordé au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement ne permettra pas de comprendre l'ensemble des risques liés à cette nouvelle filière énergétique. Plusieurs ont aussi profité de l'occasion pour réclamer la nationalisation des ressources gazières emprisonnées dans le sous-sol québécois, afin d'en faire un «levier économique».

Le maire de Saint-Mathias-sur-Richelieu, Yannick Maheu, a quant à lui remis en question les motivations réelles des entreprises gazières, qui répètent jour après jour que leur premier objectif est de combler les besoins en gaz naturel du Québec, qui l'importe actuellement en totalité de l'Ouest canadien. «Le but de l'industrie n'est-il pas de faire de l'exportation pour approvisionner les Américains au détriment de notre environnement?» a-t-il demandé.

Les représentants des entreprises actives dans l'exploration ont quant à eux tenu à minimiser l'avancée de leurs travaux. Selon le président de Junex, Jean-Yves Lavoie, il faudra encore au moins deux ans avant de savoir si le potentiel est suffisamment intéressant pour enclencher une phase d'exploitation commerciale. Le président de Gastem, Raymond Savoie, a abondé dans le même sens, avant d'évoquer la possibilité d'une nationalisation de la ressource. Dans ce cas, a-t-il dit, le gouvernement devra leur rembourser «la valeur de la ressource. Au Québec, on n'est pas une république de banane. On fait les choses en bonne et due forme».
28 commentaires
  • mhparant - Inscrit 29 septembre 2010 01 h 02

    République de banane

    "le président de Gastem, Raymond Savoie, a abondé dans le même sens, avant d'évoquer la possibilité d'une nationalisation de la ressource. Dans ce cas, a-t-il dit, le gouvernement devra leur rembourser «la valeur de la ressource."

    HE HO ça va pas la tête !??????
    On vient de se faire traiter de république de bananes par cette phrase.
    Et ça démontre qu'on s'est fait avoir par le gouvernement actuel ! Sans même avoir à exploiter ils vont empocher des millions. Je pense que la colère n'a pas fini de gronder au Québec. Attachez votre tuque !

  • Normand Carrier - Inscrit 29 septembre 2010 06 h 11

    Tout croche encore une fois .....

    Le gouvernement procède rapidement et en catimini depuis quatre pour donner toutes les concessions d'explorations gazières pour $0.10 l'hectare contre $100. l'hectare en Colombie britannique .... La population constate que l'avancée des compagnies gazières est visible et émerge de partout et qu'ils n'ont aucune information sur les avantages et inconvénients de ces gaz de schiste .....

    Alors notre bon gouvernement et sa vice-première ministre qui avait comme principal conseiller André Caillé qui est président de l'AGPQ et actionnaire de quelques compagnies gazières donc en conflit d'intérêt , lui confie le mandat d'informer la population et surtout de les convaincre par tous les moyens ...... Comme ces gens de l'industrie qui sont juges et partis ne sont pas crédibles , cela augmente la grogne des électeurs contre l'industrie et surtout le gouvenement qui agit pour l'industrie et ne prend pas ses responsabilités ......C'est la responsabilité du gouvernement , de madame Normandeau , du ministère de l'environnement et du ministre Arcand de donner une information neutre , objective et scientifique pour éclairer la population et se comporter en bon gestionnaire pour TOUTE la populalion ......

    Comme c'est leurs habitudes depuis 2003 , ils accélèrent , s'entêtent et poursuivre contre une majorité de citoyens au lieu de faire les choses correctement .... Dans ce cas , ils sont en train de brader une autre de nos richesses naturelles .......

  • Jacques Audet - Inscrit 29 septembre 2010 06 h 51

    Rembourser la «valeur de la ressource» aux compagnies?

    Je suis bien content que les citoyens du Québec commencent à se lever debout pour barrer le passage aux industries qui veulent s'approprier les ressources de notre sous-sol et repartir après avoir tout pollué, comme il est arrivé si souvent ici. Le passage suivant me fait particulièrement sursauter:
    «Le président de Gastem, Raymond Savoie, a abondé dans le même sens, avant d'évoquer la possibilité d'une nationalisation de la ressource. Dans ce cas, a-t-il dit, le gouvernement devra leur rembourser «la valeur de la ressource. [...]»
    M. Savoie considère donc que la ressource lui appartient, en quelque sorte, et il ne lance sûrement pas cette phrase négligemment. Je ne connais pas les lois et règlements dans ce domaine, mais cette réplique de M. Savoie laisse entrevoir qu'il sait qu'il empochera l'argent de nos ressources, et ce, qu'il exploite lui-même les ressources ou que celles-ci soient nationalisées.

  • Bernard R - Inscrit 29 septembre 2010 07 h 32

    Cher m. André Caillé

    Comment peut dire que cet homme là a pu être un héros lors du verglas de 1998, ceux qui on travaillé au verglas savent que ce n'est pas vrai, cet homme a de l'arrogance a venir et ne s'en cache pas, imbu de lui même, irrespectueux des citoyens qui sont venus de partout de la Montérégie, certains plus de 200 km et pendant les questions avant qu'il ne sauve comme un voleur car il y avait plus de 16 policiers sur place, ce faux héros A. Caillé riait et parlait avec son collègue pendant que les citoyens posaient des questions, je me demande encore pourquoi ce n'est pas le gouvernement qui tient ce type de réunion d'information, on est repartit avec plus de questions et de doutes qu'a notre arrivée, les entreprises pétrolières et gazières ne font qu'augmenter la tension et les GROS doutes face a une salle en majorité de citoyens qui veulent plus de réponses a leur inquiétudes. Une salle bondée hier soir plus de 100 photos que j'ai pris surtout monsieur A. Caillé avec son visage à deux cotés. Il a fini par revenir dans la salle après une longue absence et je me demande si c'est pas une stratégie pour surchauffer la salle afin de discréditer les gens présents et faire croire aux médias que ce sont des écolos et autres troubles fêtes et non d'honnête citoyens et citoyennes. Le pire dans cette histoire c'est qu'un puits c'est un cultivateur qui accepte et 100 autres autour qui assument les problèmes, 10 sous l'hectare, faut le faire quand même!.....et on veut nous faire croire que les libéraux n'ont pas vendus nos ressources naturelles au entreprises privés. Une magouille sans nom et qui laisse un gout amer d'une soirée de pacotille organisée de main de maitre par des libéraux en arrière plan.
    Un citoyen en colère de telles folies en 2010. Nous chez nous un cultivateur qui a loué sa terre et qui espérait être maire en même temps, heureusement que les gens ont votés contre lui, j'ose même pas imaginer le résultat s'il avai

  • Marie Mance Vallée - Inscrite 29 septembre 2010 07 h 50

    Des chevaliers d'industrie

    Autrefois on appelait chevaliers d'industrie des individus comme M. Caillé et compagnie, incluant maintenant les magouilleurs du gouvernement Charest.

    Quel citoyen peut faire confiance, compte tenu des circonstances présentes (commission Bastarache, le vol de la CDPQ et j'en passe), à l'industrie gazière ?

    Qui peut nous rassurer ? Certainement pas le BAPE qui est à la solde du gouvernement et de l'industrie.

    Voilà où nous a mené la réingénierie de l'État préconisée par le premier gouvernement Charest en 2003. Sans oublier madame Sacoche qui se fait plutôt discrète maintenant et coule des jours heureux au Mexique.