Une balade sur le fleuve pour des déchets radioactifs?

Ottawa — Le projet d'une centrale nucléaire ontarienne de transporter par bateau sur les Grands Lacs et le Saint-Laurent des déchets radioactifs a reçu hier un accueil glacial d'une centaine de municipalités et d'organisations, cela au moment où la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) entamait ses audiences sur la question.

La centrale Bruce Power, située à 250 kilomètres au nord-ouest de Toronto, a demandé le 1er avril dernier un permis de transport à la CCSN pour le déplacement vers la Suède de 16 générateurs de vapeur extraits de deux réacteurs nucléaires désuets. Les 1600 tonnes de déchets radioactifs seraient acheminées par bateau, sur les Grands Lacs et tout au long du fleuve Saint-Laurent. Il s'agirait d'une première en Amérique du Nord.

La CCSN a entrepris hier après-midi un court examen du projet, qui se terminera aujourd'hui. À la fin juillet, l'organisme avait indiqué qu'une «demande visant des activités considérées à faible risque, comme le transport de matières nucléaires à faible niveau de rayonnement», n'a généralement pas besoin de faire l'objet d'une audience publique. Mais le niveau d'inquiétude soulevé par le projet a incité la commission à procéder en ce sens.

Hier, des employés de la CCSN ont fait valoir qu'un accident n'aurait aucun impact sur la santé et la sécurité des Canadiens ou sur l'environnement. Ils ont également affirmé que le niveau de radiation dans l'eau potable équivaudrait seulement au tiers de ce que la commission considère comme sécuritaire.

Selon la compagnie Bruce Power, l'opération n'est pas dangereuse et permettra de «diminuer de 90 % la quantité de matériel qui devra être entreposé à long terme» sur le site ontarien. On prévoit ainsi que les Suédois pourront décontaminer ce métal, le fondre et le vendre sur le marché de la ferraille. Le 10 % restant reviendra sur le site de la centrale, mais essentiellement par voie terrestre.

La compagnie rappelle sur son site Internet que le transport de matériel radioactif — comme les isotopes médicaux — se fait sur «une base régulière sans aucun risque pour le public ou l'environnement».

Craintes

Mais les craintes sont nombreuses pour une centaine de maires de municipalités riveraines des Grands Lacs et du fleuve, de même que pour une vingtaine d'organisations qui ont dénoncé hier le projet de Bruce Power — en plus du Bloc québécois et du NPD. «C'est le précédent d'expédier des déchets nucléaires par la voie maritime qui nous inquiète, a indiqué en conférence de presse Marc Chénier, du Regroupement pour la surveillance du nucléaire. Ça, et la façon cavalière de procéder: sans nos protestations, la CCSN n'aurait jamais tenu d'audiences.»

Les participants à la conférence de presse d'hier ont tous mentionné ne pas avoir confiance en la CCSN, présentée comme une «extension de l'industrie». Pour le Sierra Club du Canada, «l'audience devant la CCSN n'est pas le bon forum pour ce projet. Il faut une évaluation environnementale», juge son directeur général, John Bennett, qui a rappelé que l'évaluation environnementale du plan de modernisation de Bruce Power en 2006 obligeait l'entreprise à enfouir ses déchets.

Le chef du NPD, Jack Layton, a lui aussi demandé qu'une évaluation environnementale soit faite, alors que le Bloc québécois «s'oppose formellement à la demande d'octroi d'un permis de transport».


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Avec La Presse canadienne
3 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 29 septembre 2010 10 h 38

    PROBLÈME PLUS VASTE

    Je ne m'en ferais pas pour la quantité minime de produits radioactifs qui sera transportée dans ce cas, bien emballée de surcroît dans des barils à l'intérieur de conteneurs à l'intérieur de bateaux. Mais la question plus vaste du rôle présent et futur de l'énergie nucléaire se pose. Oui, cette énergie peut être exploitée sécuritairement, il y en a des tas d'exemples dans le monde industrialisé depuis 50 ans. On semble oublier que de 10% à 90% de l'électricité est produite par le nucléaire en Ontario, aux É.-U., en Eurpoe de l'Ouest, au Japon, pour ne nommer que des pays riches et supposément fiables. Mais elle exige une vigilance absolument sans faille : c'est là qu'on peut se demander si les gouvernemts et les entreprises privées (motivées par le profit) seront toujours à la hauteur. J'avoue que c'est une question politique et non technique.
    B. Terreault, prof.-chercheur retraité, INRS-Énergie

  • Paul Racicot - Inscrit 29 septembre 2010 17 h 45

    @Bernard Terreault

    D'accord avec vos énoncés et interrogations.

    Autre «problème plus vaste», celui de l'entreposage des déchets radioactifs. Je suis toujours étonné qu'après tant d'années d'exploitation, les géologues canadiens n'aient pas encore déniché UN site propice à l'enfouissement sécuritaire dans le Bouclier canadien, pourtant reconnu pour sa stabilité. Avec toutes les mines qui y ont été exploitées, il doit bien y en avoir UNE qui ferait l'affaire, non?

    J'aimerais bien que l'on m'explique...

  • Bernard Terreault - Abonné 30 septembre 2010 10 h 43

    @ Paul Racicot

    Je n'ai pas mentionné spécifiquement l'entreposage pour ne pas allonger mon texte. Comme vous dites il y a des solutions techniques, mais le problème est politique.