Les textiles synthétiques: un mal nécessaire dans le choix d'un vêtement

«Le coton n'est pas aussi écologique qu'on le pense», lance d'entrée de jeu Marek Weltrowski, chimiste spécialisé en textile qui vient de publier un article dans l'ouvrage collectif L'Éthique de la mode féminine. «Les consommateurs achètent des vêtements en coton parce que c'est une fibre naturelle. Ils s'imaginent que c'est bon pour l'environnement, alors que ce n'est pas forcément le cas.»

Dans son article intitulé «L'écologie: un critère à considérer lors de l'achat d'un vêtement?», le chimiste fait le point sur la valeur écologique des fibres textiles servant à fabriquer les vêtements. D'après lui, plusieurs critères sont à considérer pour évaluer l'impact environnemental. «En fonction du type de fibre utilisée, il faut regarder si son mode de production demande beaucoup d'énergie ou produit du CO2, affirme le chercheur. Il faut ensuite évaluer la finition, qui peut être polluante selon le type de fibre.» L'entretien du vêtement peut aussi générer une pollution importante s'il nécessite des produits chimiques comme c'est le cas pour le nettoyage à sec.

Dans son article, Marek Weltrowski passe en revue les principales fibres utilisées dans l'industrie textile, et son constat est sans équivoque: le coton pollue énormément. Après les fibres synthétiques telles que le polyester et le polyamide, c'est la fibre la plus utilisée. En 2008-2009, sa production mondiale a atteint 25 millions de tonnes.

«La culture du coton demande beaucoup de fertilisants et d'agents de protection chimique. Environ 25 % de tous les pesticides et 10 % des engrais utilisés dans le monde sont destinés à la culture du coton, prévient le chimiste qui a longtemps travaillé sur des questions d'environnement. La consommation d'eau est un autre problème. Pour obtenir un kilo de fibre de coton, 270 litres d'eau sont nécessaires. À cela s'ajoutent en moyenne 120 litres pour teindre un kilo d'étoffe.» Il rappelle d'ailleurs la terrible catastrophe écologique de la mer d'Aral, qui fut complètement asséchée par le pompage massif destiné aux cultures du coton en Ouzbékistan.

Marché de niche


Quant au coton biologique ou équitable, le chercheur considère que c'est un marché de niche. La production biologique ne représentait en 2001 que 0,3 % de la production mondiale de coton. De plus, cette culture, même si elle est moins polluante, l'est tout de même. Pour le coton équitable, c'est davantage l'aspect social qui est pris en compte. Pour Marek Weltrowski, cela restera un marché de niche, car ces productions sont trop faibles pour répondre aux besoins de la population.

Si on évacue le coton, d'autres fibres naturelles sont plus écologiques, comme le lin, le chanvre ou encore la soie, mais elles sont également produites en trop faible quantité. En 2006, seulement 636 000 tonnes de lin et 55 000 tonnes de chanvre ont été produites sur la planète. «La culture du lin est difficile, car elle demande du soleil et de l'humidité. Au Québec nous pourrions en produire, mais nous ne le faisons pas. Je ne sais pas pourquoi, s'interroge le scientifique. Pour le chanvre, c'est plus complexe, car beaucoup de pays l'interdisent pour ses propriétés narcotiques. Alors que c'est une fibre formidable qui permettrait de faire du biocarburant et des textiles très résistants.»

Reste la laine. Bien qu'elle possède de nombreuses qualités écologiques (recyclable, biodégradable), sa production à large échelle peut causer une dégradation des sols importante. De plus, son traitement demande beaucoup d'eau et des produits toxiques sont encore fréquemment utilisés pour la teinture.

Alors, quelle est la solution pour vêtir la population le plus consciencieusement possible? Pour le chimiste, un retour au 100 % naturel est impossible et nous ne pouvons donc pas nous passer des fibres synthétiques. Pour lui, le polyester, tout comme le coton, peut devenir un choix écologique si la production est bien gérée.

«Il existe des solutions environnementales. Les fabricants peuvent utiliser des colorants non polluants et ils peuvent récupérer l'eau utilisée pour les teintures, assure-t-il. C'est aux consommateurs de faire pression pour que les vêtements qu'ils achètent aient eu le moins d'impacts sur l'environnement.»
1 commentaire
  • René Pigeon - Abonné 29 septembre 2010 17 h 00

    Des Québécois cultivent et transforment du chanvre

    Les membres de la Coopérative de production Lanaufibres produisent du chanvre en Lanaudière (près de Montréal). Lanaupôle fibres (Daniel Babineau) collabore avec le CNRC-IRB (Denis Rho) et Ressources naturelles Canada (René Pigeon) pour expérimenter la culture et la transformation du chanvre en fibres longues et courtes et résidus en textile, feutre, isolant, panneaux automobiles, béton légers… Rene.Pigeon@RNCan-NRCan.gc.ca abonné.