La colère s'exprime dans Lotbinière aussi

Le metteur en scène Dominic Champagne a été parmi ceux qui ont apostrophé les représentants de l’industrie du gaz de schiste, lors de l’assemblée de consultation tenue hier soir à Saint-Édouard-de-Lotbinière.<br />
Photo: Yan Doublet - Le Devoir Le metteur en scène Dominic Champagne a été parmi ceux qui ont apostrophé les représentants de l’industrie du gaz de schiste, lors de l’assemblée de consultation tenue hier soir à Saint-Édouard-de-Lotbinière.

Saint-Édouard-de-Lotbinière — Comme à Bécancour, les représentants de l'industrie du gaz de schiste, André Caillé en tête, se sont fait brasser lors de cette deuxième séance d'information, pas seulement par les écologistes patentés, mais par les gens du coin.

«Vous ne pouvez nous dire qu'il n'y a pas de risques. Ne nous prenez pas pour des cons. Il y a trop de questions, il y a trop d'incertitude, a lancé sous les applaudissements Dominic Champagne, un metteur en scène qui possède une résidence secondaire à Deschaillons. On vous voit venir et on n'a pas confiance en nous. Je vous en passe un papier, vous ne passerez pas.»

«Ce sont des gens du BAPE [Bureau d'audiences publiques sur l'environnement] qui devraient être là. Pas des "financeux" de la caisse électorale du Parti libéral», a lancé un citoyen.

Cherchant à éviter d'être «varlopés» comme à Bécancour, pour employer une expression d'André Caillé, les spécialistes en relations publiques avaient pourtant tenté de «discipliner» les échanges en imposant une limite de deux minutes pour chacune des interventions et de placer deux micros, le premier pour les habitants de la région et l'autre pour les écologistes et les gens de l'extérieur.

Le modérateur a bien tenté de faire taire Dominic Champagne qui avait amplement dépassé le temps alloué, mais l'assistance s'y est opposée avec véhémence. «Laissez-le parler», a-t-on crié.

Il y avait foule pour venir entendre les promoteurs du gaz de schiste. Environ 350 personnes s'étaient entassées dans la salle municipale, dont plus de la moitié se sont tenus debout. Plusieurs ont dû assister à la séance dehors, à la porte de la salle.

Le président de l'Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ), André Caillé, était entouré de membres de son association, soit Jean-Yves Lavoie, le président de Junex, Jean-Sébastien Marcil, ingénieur pour la même entreprise, Vincent Perron, de Talisman Énergie, et Christine Sauvageau, ingénieure-chimiste chez Roche. Mme Sauvageau est une spécialiste en eau et elle devait rassurer l'auditoire sur la question délicate des conséquences pour l'eau potable.

Alors que les ingénieurs de l'industrie fournissaient des réponses techniques et rassurantes, les inquiétudes persistaient. Inquiétudes liées à la contamination de la nappe phréatique par les produits chimiques, à la pénurie d'eau (l'exploitation du gaz de schiste requiert des quantités considérables d'eau), à la dévaluation des résidences, aux catastrophes, aux tremblements de terre...

«Les gaz de schiste sont au gaz naturel ce que les sables bitumineux sont au pétrole», a illustré Serge Fortier, un membre du Comité de vigilance sur les gaz de schiste.

«Qu'est-ce qui est arrivé en Pennsylvanie?», lançait-il après les explications techniques lénifiantes des experts de l'industrie.

Ce fut une dure soirée pour André Caillé. Il a reconnu que l'industrie gazière n'était pas parfaite et qu'elle avait commis des fautes. L'APGQ montrera la porte aux entreprises qui ne respectent les normes les plus élevées, a-t-il dit. «Un mouton noir, ça pollue toute l'affaire.»

L'assistance n'était pas unanimement contre l'exploitation des gaz de schiste. Très émue, Patricia Deshaies, de Nicolet, s'en est pris aux «oui, mais pas dans ma cour», selon son expression. Elle est adjointe administrative chez Foraction, un sous-traitant qui fait affaire avec Talisman. En disant non à l'industrie du gaz de schiste, «c'est une quinzaine d'employés que vous mettez dans la rue».

Le maire de Saint-Flavien, Roland Gagnon, s'est dit plutôt favorable à l'industrie gazière, car Saint-Flavien a exploité un gisement de gaz naturel traditionnel. Mais il constate qu'il y a des inquiétudes, surtout par rapport à l'eau.

Le maire de Saint-Édouard, Alain Soucy, donne le bénéfice du doute aux compagnies gazières. Avant la soirée d'information, il soutenait que la grande majorité des quelque 1200 habitants du village était favorable au projet. «D'après moi, c'est assez bien perçu.» Selon lui l'opposition se limite à «un petit groupe de gens» qui s'inquiètent surtout du pipeline que Gaz Métro veut construire entre les puits de Saint-Édouard et Leclercville et son réseau.

Les propriétaires de terrains privés en dessous desquels le gazoduc doit passer se sont tous entendus avec Gaz Métro. Le dernier en date, Georges Bergeron, a signé en juillet 2010 après avoir longtemps résisté. «Je n'avais pas le choix, j'étais le dernier récalcitrant», nous a-t-il dit lundi.

Selon le maire, la construction du gazoduc devrait commencer en décembre 2010 pour que celui-ci soit opérationnel en juin 2011. Or d'ici là, le fournisseur doit obtenir une série de permis. «J'ai d'ailleurs une rencontre à la Commission du patrimoine agricole à ce sujet mercredi [aujourd'hui]», nous a-t-il dit.

Pour ce qui est des compagnies qui forent le territoire, il affirme qu'il n'a pas «un mot à dire» contre les deux compagnies présentes dans le secteur, les albertaines Talisman et Questerre. «C'est certain qu'on a des inquiétudes, on n'est pas des scientifiques qui ont réponse à tout. Mais de là à bloquer le projet.»

M. Soucy espère maintenant que sa municipalité aura une part des redevances. Or, remarque-t-il, il faut s'adresser pour cela au gouvernement, non pas aux entreprises.


18 commentaires
  • Jean-Philippe Baillargeon - Abonné 22 septembre 2010 01 h 12

    Et merde! Le loup attaque le troupeau un par un

    ‎- Monsieur Soucy, comprenez moi bien, vous êtes le dernier récalcitrant. Tous les autres ont signé... et c'est bon pour la localité. Vous avez des enfants?
    - Hum, oui
    - S'ils savaient un jour que vous avez été celui qui a empêché la survie d...e votre village, non, de la MRC, je ne crois pas que vous en seriez fier!
    - ...
    - Votre voisin Monsieur Laliberté n'a pas hésité lui, il nous a affirmé qu'il était pour ça le développement et la création de richesse, "pour une fois que notre région va être reconnue pour avoir aidé l'économie, ils (les gouvernements) vont peut-être nous écouter sans qu'on aie à voter du bon bord à c't'heure!" C'est clairement ça qu'il nous a dit. En gros c'est ça que la majorité des citoyens du comté nous ont dit.
    - Mais la pollution des nappes phréatiques et l'eau dans le gaz...
    - Monsieur Soucy, sérieusement, pensez-vous sérieusement que nous avons pas pensé à ça, on veut votre bien Monsieur Soucy. on veut pas que vous pensiez du mal de nous. Vous allez voir dans 10 ans, votre village va briller comme un sous neuf avec ses terrains de soccer, sa piscine publique...
    - Est-ce que je vais pouvoir me chauffer au gaz à un prix abordable?
    - Ça c'est un détail Monsieur Soucy. C'est certain que votre village va être avantagé...
    - Ouin, d'accord. Je veux pas être celui qui tue l'économie de ma région. Je signe.
    - Je savais que vous étiez un visionnaire Monsieur Soucy!
    ----------------
    - Bon maintenant allons voir le voisin Monsieur Laliberté...

  • Socrate - Inscrit 22 septembre 2010 05 h 17

    référendums

    Seuls des référendums municipaux permettront aux citoyens de débattre sereinement des schistes de Nathalie, et le plus tôt sera le mieux.

  • Michel Maheu - Inscrit 22 septembre 2010 05 h 35

    Preuves scientifiques, visuelles et témoignages sur l'empoisonnement de l'eau potable

    Voici deux extraits du film documentaire Gazland qui est diffusé en salles aux U.S.

    Le liquide chimique utilisé pour fragmenter le roc afin d'accéder aux bulles de gaz emprisonnés dans des masses de roc est constitué de plus de 900 produits chimiques. Dû au concept de recette secrète 'commerciale'', les pétrolières ne sont tenu aux audiences de l'EPA (l'équivalent de notre BAPE) que de révéler une centaine des 900 produits.

    Faites votre propre opinion vous verrez, votre opinion devant tant de faits se radicalisera..

    Gasland Trailer (Extended re-edit)
    http://www.youtube.com/results?search_query=gaslan trailer

  • France Marcotte - Inscrite 22 septembre 2010 06 h 01

    Vraiment?

    Étonnant de voir que, selon cet article du moins, les préoccupations des citoyens aient principalement portées sur la fiabilité du procédé sans déborder plus largement sur la gestion des ressources naturelles au Québec et la nécessité d'un moratoire. Comme si la population de Lotbinière était d'accord avec tout le reste si on les rassurait pour la propreté de leur municipalité, ce dont il y a de quoi douter...

  • Bernard R - Inscrit 22 septembre 2010 07 h 11

    des moutons sommes nous au Québec

    Quand je lis cet homme qui dit qu'il était le dernier a signer j'en doute, ça c'est l'argument qui est dit lors de la négociation, car ils savent que les gens ne disent pas le maigre revenu qu'il ont tiré de la négociation, surtout la partie cachée, c'est après comme aux USA qu'ils parlent mais il est déjà trop tard, Lotbinière sans un maire solide vous passerez pas au travers, on voit qu'il est favorable, et la dame qui a son mari qui travaille pour le forage, ma pauvre madame, ce sont des emplois TEMPORAIRES et en plus comme à St-Barnabé, La Présentation, St-Thomas d'Aquin (région de St-Hyacinthe) c'est la même équipe et le même matériel qui se promène d'un puits à l'autre, les citoyens de Lotbinière ont perdus leur sens du GROS BON SENS pour craquer a ce point devant de fausses vérités. Dites vous une affaire ce qui se passe au USA après 10 ans va définitivement arriver au Québec dans votre région mais vous n'aurez que vos impôts pour payer nos imbéciles de gouvernements et les amis au P'Ti frisé Charest.
    Soyez vigilant et ne croyez pas Andrée Caillé c'est un ancien du Gaz Métro et en plus à HQ il a foutu le bordel comme jamais, on paye encore.