Le nouveau Plan Saint-Laurent néglige des pans du fleuve

Le plan proposé ne couvre pas les zones situées entre Québec et Tadoussac (photo ci-dessus) et toute la péninsule gaspésienne.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le plan proposé ne couvre pas les zones situées entre Québec et Tadoussac (photo ci-dessus) et toute la péninsule gaspésienne.

Pas d'argent frais et un fleuve divisé en morceaux «névralgiques»: le nouveau Plan Saint-Laurent (PSL) proposé par Québec et Ottawa suscite la grogne dans les milieux environnementaux concernés.

Selon le document de consultation «Élaboration d'une nouvelle Entente Québec-Canada sur le Saint-Laurent» obtenu par Le Devoir, cette cinquième mouture de l'entente fédérale-provinciale rompra avec l'approche de conservation du fleuve jusqu'ici privilégiée.

Québec et Ottawa proposent en effet d'identifier cinq «zones névralgiques» où seront concentrés tous les efforts de conservation, de protection et de restauration de l'écosystème du Saint-Laurent. Les zones ont été déterminées en fonction de la présence de plusieurs problèmes environnementaux et de la possibilité de mettre en oeuvre des «actions davantage intégrées et concertées».

Ces zones — Montréal, Lac Saint-Pierre, Québec, Estuaire maritime (de Tadoussac à Cap-Chat) et Îles-de-la-Madeleine — laissent à découvert de grands pans du Saint-Laurent, notamment entre Québec et Tadoussac, et toute la péninsule gaspésienne.

Le plan quinquennal (qui devrait être prêt au printemps) propose aux intervenants de cibler les actions autour de trois grandes problématiques: la biodiversité (espèces exotiques envahissantes, impacts des changements climatiques, perte d'habitats), la qualité de l'eau (réduction de la pollution diffuse et de la contamination chimique et bactériologique) ainsi que la pérennité des usages (érosion côtière, amélioration de l'accès public au fleuve).

Financement

«Les enjeux identifiés font consensus, indique au Devoir Marie Lagier, directrice générale de Stratégies Saint-Laurent, le regroupement des comités ZIP [zones d'intervention prioritaire]. Mais nous sommes préoccupés par l'approche géographique [les cinq zones] mise de l'avant», dit-elle.

Mme Lagier craint que cette approche ne conduise à négliger les secteurs du fleuve situés hors des zones névralgiques et n'entraîne une diminution des subventions accordées aux comités ZIP hors zones.

Les ZIP ont été créées dans la foulée du premier plan d'action du Saint-Laurent, il y a une vingtaine d'années. «C'était une façon de favoriser la participation citoyenne autour de cet enjeu, rappelle Mme Lagier. On sent aujourd'hui que ce n'est plus une priorité.»

Selon elle, la stratégie des deux gouvernements s'explique par un manque d'argent. «On nous a dit qu'il n'y aura pas d'argent neuf pour ce plan quinquennal. Alors on concentre plutôt que de saupoudrer partout. C'est préoccupant parce que le fleuve est sous pression et qu'une foule de nouveaux enjeux sont là.»

La phase III du PSL disposait d'un budget de 239,2 millions, alors que la phase IV a vu le financement fondre à 114,2 millions (soit 80,8 millions du fédéral et 33,4 du provincial). Si le document est muet sur les chiffres, on indique qu'il faudra «favoriser l'intégration des programmes, des activités et des ressources existantes».

Rupture du consensus

Pour le critique en environnement du Bloc québécois, Bernard Bigras — qui mène une série de consultations sur le PSL —, le document est préoccupant à plusieurs égards. «On coupe le Saint-Laurent en plusieurs sections, dénonce-t-il. Or, il y a un consensus depuis 10 ans comme quoi il faut développer une gestion intégrée du Saint-Laurent. On ne doit pas prendre le fleuve par silos et par bouts de régions.»

M. Bigras relève que le document ne parle d'intégration que lorsqu'il est question de moyens financiers. «Généralement, ça veut dire des suppressions de programmes», dit-il.

Tant M. Bigras que Mme Lagier ont aussi dénoncé hier un «manque de transparence» dans le processus en cours, le document de consultation n'ayant pas été distribué à tous les intervenants du dossier.

Les parties intéressées ont jusqu'au 8 octobre pour répondre aux questions soulevées par le document de consultation.

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