Gaz de schiste: les incertitudes scientifiques justifient un moratoire, selon Équiterre

L'organisme Équiterre estime «de façon conservatrice» que le Québec ajoutera 1,9 million de tonnes de GES à son bilan d'émissions s'il en vient à satisfaire la demande interne actuelle avec des gaz de schiste d'ici, ce qui correspond à 12 % de son objectif de réduction d'ici 2020.

Selon une «analyse préliminaire» du dossier des shales gazéifères de la formation Utica, présente sous la vallée du Saint-Laurent, l'organisme environnemental estime que trop d'incertitudes scientifiques et l'absence d'intégration de cette politique de développement économique à la lutte aux changements climatiques justifie un moratoire sur toute nouvelle activité sur le terrain ainsi qu'un élargissement du mandat trop étroit confié au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), au profit d'une véritable audience générique dotée d'un budget solide de contre-expertise.

«Présentement, a déclaré Steven Guilbeault, coordonnateur adjoint d'Équiterre, on ne voit pas comment cette filière peut contribuer au développement durable du Québec.»

La crainte de voir le Québec rater ses objectifs de réduction à long terme semblent d'autant plus justifiés que les grands émetteurs québécois viennent de demander à Québec de reporter à plus tard son plan de lutte aux changements climatiques 2008-2012. Cette demande apparaît dans un mémoire soumis récemment par le Conseil patronal de l'environnement (CPEQ) sur les projets réglementaires annoncés.

Le gouvernement Charest, d'autres provinces et des États américains ont convenu de plafonner les émissions de leurs grands émetteurs à compter de 2012. Toutes les entreprises qui émettent plus de 10 000 tonnes de GES par an devront faire rapport de leurs émissions dès 2011. Elles disent craindre pour leur capacité concurrentielle. Pour leur part, les écologistes reprochent au gouvernement Charest de n'atteindre les objectifs de Kyoto qu'en 2012, soit une année sur les cinq exigées par le protocole.

Équiterre n'est pas contre le développement des gaz de schiste si une politique continentale basée sur des taxes carbone musclées ou sur des plafonds d'émissions impose aux grands producteurs d'énergie thermique de remplacer leur charbon par du gaz. Si on ne comptabilise que la combustion, le gaz émet deux fois moins de GES que le charbon.

Au Québec, selon Équiterre, les gaz de schiste pourraient déplacer du gaz naturel de l'Ouest, mais cela pourrait avoir pour effet pervers d'augmenter les quantités de gaz disponibles pour raffiner les sables bitumineux et le bilan canadien d'émissions.

Pour Steven Guilbeault, «la question qui se pose est: doit-on exploiter ce gaz? et non pas comment?».

Parmi les questions à élucider dans ce dossier, ajoute-t-il, il faudrait savoir quelles entreprises devront intensifier leurs efforts de réduction des GES pour compenser les émissions attribuables aux gaz de schiste si Québec maintient, comme il l'a réitéré hier, son objectif de réduire de 20 % notre bilan par rapport à 1990 d'ici 2020.

Et, ajoute l'analyste d'Équiterre, il faudra déterminer si le gaz de schiste québécois est plus riche en carbone que celui des États-Unis, si l'exploitation des shales gazéifères est plus riche en émissions de GES que le gaz naturel dans une analyse de cycle de vie et si, en tant que produit de substitution temporaire, Québec sera capable d'empêcher que son exploitation nuise aux politiques d'économies d'énergie et au développement des énergies vertes nouvelles, qui doivent devenir la priorité.