«Les compagnies sont beaucoup plus préoccupées par le marketing social» - L'acceptabilité est un thème devenu incontournable

On consulte après coup dans le dossier du gaz de schiste.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir On consulte après coup dans le dossier du gaz de schiste.

Le thème de l'acceptabilité sera abordé lors du Congrès mondial de l'énergie. À ce titre, Le Devoir a demandé à plusieurs observateurs, extra-muros au sommet, de soumettre leur point de vue et autres recommandations sur ce thème devenu incontournable sur le plan du développement des filières énergétiques.

C'est le thème de l'acceptabilité qui donnera le ton du troisième jour de ce congrès. Plusieurs séances sur différents thèmes seront présentées par des acteurs de l'industrie, principalement. «La durabilité et l'acceptabilité sont maintenant des conditions préalables requises pour établir une stratégie d'approvisionnement d'énergie à long terme pour notre planète. En fait, toute stratégie d'énergie viable doit maintenant comprendre des évaluations et des plans complets pour gérer les impacts environnementaux ou sociaux. Elle doit aussi être établie en collaboration avec la population, et accorder la priorité aux systèmes et technologies les plus efficaces. Élaborer des politiques et des pratiques énergétiques efficientes et renouvelables est un travail complexe qui commande la participation de plusieurs parties.» Telle est la définition de l'«acceptabilité» qui chapeaute cette journée, selon la documentation officielle.

Qu'en pensent les observateurs de la scène écologique et énergétique du Québec? Que recommandent-ils? Est-ce que tout cela doit être pris au sérieux ou simplement considéré comme des voeux pieux? «Je pense que c'est un thème qui s'impose de lui-même dans le cadre de ce colloque», lance Marie-José Fortin, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en développement régional et territorial de l'Université du Québec à Rimouski. Un thème qui n'est pas étranger à la filière éolienne, selon elle.

Une opposition citoyenne

«Vous savez, au Québec, dit-elle, ce n'est qu'en 2005 qu'on a commencé à avoir un regard critique sur le développement du secteur éolien, alors que dans d'autres pays, comme la France, il y avait de l'opposition depuis longtemps déjà. Le thème de l'acceptabilité soumis dans le cadre du congrès peut être assorti de beaux principes et de belles règles qu'on veut bien se donner, mais s'ils ne sont pas appuyés par des ressources humaines et financières, tout cela va demeurer sur des tablettes. Si on veut avoir des projets énergétiques qui soient acceptés par l'ensemble de la société, il faut que les citoyens aient le droit de parler, il faut qu'ils soient entendus; c'est une question de respect à l'échelle de l'occupation du territoire.»

Lucie Sauvé, professeure et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en éducation relative à l'environnement de l'Université du Québec à Montréal, souligne que ce thème «a tout à fait lieu d'être lors de ce colloque. Les choix énergétiques sont au coeur des dynamiques sociales. Or, prenons le cas du débat entourant le gaz de schiste. La ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, annonçait récemment la tenue d'audiences génériques. On peut bien s'en réjouir, sauf qu'on consulte après coup! Je souhaite qu'il ressorte de ce colloque une prise de conscience selon laquelle l'acceptabilité sociale n'est pas du marketing social et qu'on reconnaisse qu'il se construit au sein de la société une intelligence citoyenne qu'on doit respecter.»

Une opposition sur des bases solides


Si Jean-Bernard Thomas, professeur titulaire en économie à l'Université Laval, est du même avis quant à l'enjeu touchant le gaz de schiste, il estime toutefois que toute revendication citoyenne sur le plan des filières énergétiques «doit être appuyée par des faits scientifiques et objectifs». Selon Jean-François Blain, analyste pour le secteur énergétique à l'Union des consommateurs, «les participants d'un colloque comme celui-là sont principalement des représentants de l'industrie privé ou même publique. Ce qu'ils souhaitent, en fait, quant à l'acceptabilité, c'est que cette notion, telle qu'ils la proposent, soit jugée acceptable et souhaitable par le grand public. Leur objectif, c'est de projeter une impression que l'industrie se préoccupe de la dimension sociale et qu'elle prend des mesures pour s'assurer que le développement de cette industrie et ses capitaux soient acceptables.»

André Bélisle, président de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, émet un constat sévère. «Écoutez, je pense que ce colloque aborde le thème de l'acceptabilité de façon à l'éviter. J'estime que les compagnies sont beaucoup plus préoccupées par le marketing social que par des processus indépendants et objectifs sur le plan de l'information destinée au public.» Cela dit, il souhaite que ce congrès aboutisse à une volonté ferme de l'industrie «d'investir davantage dans les énergies vertes et de délaisser les portefeuilles des énergies des combustibles fossiles. Je dis oui à l'énergie renouvelable et non à l'énergie redoutable!»

Une opposition venue d'ailleurs


Au tour de Claude Villeneuve, professeur à l'Université du Québec à Chicoutimi et titulaire de la Chaire de recherche et d'intervention Éco-Conseil, de commenter. «Évidemment, tout projet qui se fait sans tenir compte des sociétés existantes va générer des conflits. On se rend compte de plus en plus que les gens ne se laisse plus marcher sur le dos, et ce, dans tous les secteurs: que ce soit dans le domaine de l'énergie solaire, de l'éolien, des barrages hydroélectriques, de l'extraction du gaz de schiste ou encore de l'exploration pétrolière sous-marine. Il faut que cela se fasse avec les parties prenantes et la population. Sauf qu'on n'est pas à l'abri d'un Greenpeace, par exemple, qui décide que le projet n'est pas à son goût. C'est-à-dire qu'il apparaît parfois une opposition qui n'est pas locale et qui estime qu'elle a un droit quand même.»

***

Collaborateur du Devoir

À voir en vidéo