Gaz de schiste - L'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) réclame un moratoire immédiat

Le groupe écologiste s'inquiète de voir les industriels accélerer leurs projets pour échapper aux nouvelles règlesLe nouveau ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Pierre Arcand, estime que le Québec n'en sait pas beaucoup sur l'exploitation des gaz de schistes. Mais sa collègue des Ressources naturelles et de la Faune, Nathalie Normandeau, stimule le lancement des projets même si elle prépare, de concert avec l'industrie, un projet de loi pour la réglementer éventuellement.

Québec doit mettre fin à la «précipitation» qu'il affiche dans le dossier des gaz de schistes et mettre «immédiatement en place un moratoire de transition» qui suspendrait les projets en cours jusqu'à après l'adoption de la loi promise pour cet automne en vue d'encadrer l'exploitation de ce combustible fossile.

C'est ce qu'a soutenu hier en commission parlementaire l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, le plus ancien des grands groupes écologistes québécois. Un moratoire immédiat, précise l'AQLPA, est d'autant plus important que les industriels accélèrent leurs projets pour échapper aux nouvelles règles et que Québec n'entend pas donner un effet rétroactif aux dispositions de sa loi.

Des dizaines de municipalités ont aussi réclamé un moratoire d'ici la fin d'un examen complet et indépendant de cette filière et de la pertinence de la développer maintenant.

De son côté, la ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, déclarait hier qu'un moratoire pourrait faire fuir les industriels étrangers qui lorgnent cette richesse d'ici.

«Je n'achète pas ça du tout, répliquait André Bélisle, le président de l'AQLPA, en entrevue au Devoir. Le gaz, qui est là depuis des millions d'années, ne va pas se sauver d'ici Noël. Et il y aura toujours des industriels pour l'exploiter. Éviter de prendre de 6 à 12 mois pour encadrer cette activité jusque sous des milieux urbains, c'est la meilleure recette pour une belle catastrophe. Maintenant qu'on sait comment ça se passe aux États-Unis avec autant d'infractions que 1435 en deux ans et demi, la ministre ne dit plus qu'elle veut s'inspirer de l'exemple américain. Elle dit maintenant que le Québec, ce n'est pas la Pennsylvanie. Mais elle oublie que le Québec, selon son collègue Arcand, n'a même pas l'expérience de la Pennsylvanie et qu'il laisse pourtant les projets se multiplier.»

L'AQLPA s'oppose aussi avec véhémence à la création d'une agence unique, relevant des Ressources naturelles, qui prendrait en charge toutes les dimensions du dossier, y compris les autorisations et les contrôles environnementaux.

«Il n'en est pas question, explique André Bélisle, car cela réduirait une fois de plus les pouvoirs du ministère de l'Environnement, une fois de plus, comme Québec l'a fait pour les plans de fermeture des mines.»

L'AQLPA demande aussi dans son mémoire d'assujettir enfin la Loi des mines à tous les contrôles démocratiques mis en place depuis 30 ans, notamment les pouvoirs de zonage des MRC et en matière d'environnement. Selon l'AQLPA, il est inadmissible au XXIe siècle que les minières et l'industrie gazière, beaucoup plus polluantes, aient moins d'obligations juridiques que les propriétaires d'éoliennes. Ces derniers doivent «au moins» soumettre leurs projets au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) et obtenir la permission du propriétaire d'un terrain avant de s'y installer.

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