Gaz: prospection aux portes de Montréal

Un puits d’exploration gazière a surgi sur une terre agricole de Saint-Thomas-d’Aquin, près de Saint-Hyacinthe, tandis que la prospection s’étend maintenant à la région du mont Saint-Hilaire.<br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Un puits d’exploration gazière a surgi sur une terre agricole de Saint-Thomas-d’Aquin, près de Saint-Hyacinthe, tandis que la prospection s’étend maintenant à la région du mont Saint-Hilaire.

Les entreprises engagées dans l'exploration gazière au Québec sont de plus en plus actives dans la vallée du Richelieu, une région qui pourrait un jour devenir un haut lieu de l'exploitation du gaz de schiste dans la province. L'une d'elles en est d'ailleurs à sonder le sol afin de déterminer la présence du précieux combustible fossile dans le secteur de Mont-Saint-Hilaire, à moins de 40 kilomètres de Montréal.

Cette première phase de l'exploration en a surpris certains, à commencer par le maire de Mont-Saint-Hilaire, Michel Gilbert. Ce dernier ne va pas jusqu'à dire qu'il a été mis devant le fait accompli. Néanmoins, c'est un journaliste de l'hebdomadaire L'Oeil régional qui lui a appris que de tels tests allaient être effectués dans sa ville, mais aussi à Otterburn Park et à Sainte-Madeleine, à l'aide d'équipement routier.

Selon ce qu'il a expliqué hier au Devoir, le sous-traitant chargé des travaux n'aurait pas fait grand bruit des travaux qu'il allait effectuer. «Après avoir parlé avec le journaliste, je suis allé vérifier au service d'urbanisme. Ils avaient reçu un document qui n'était pas adressé spécifiquement à Mont-Saint-Hilaire, qui n'était pas adressé au directeur général ni au maire. Il n'avait pas de destinataire et avait simplement été reçu à la réception de la Ville. Ce document, qui est en quelque sorte "destiné" à la région, parlait d'une analyse préliminaire pour voir s'il n'y avait pas des sites pouvant contenir des schistes gaziers.»

Soulignant que l'exploitation de cette ressource d'énergie fossile n'a rien de «banal», M. Gilbert juge nécessaire d'exiger un moratoire, le temps de déterminer s'il existe des risques liés à l'exploitation du gaz contenu dans le sous-sol québécois. «Je me suis prononcé contre toute exploitation de cette source de gaz tant et aussi longtemps que des experts neutres ne viendront pas nous démontrer que le mode d'exploitation est sans danger pour l'environnement. Il s'agit d'une simple position de prudence qui a aussi été adoptée par la MRC de la Vallée-du-Richelieu.»

Il rejoint en cela les demandes du regroupement Mobilisation gaz de schiste, qui réclame un moratoire sur les travaux d'exploration et la réalisation de consultations publiques par le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement. Aucune étude indépendante n'a jusqu'à présent permis de déterminer avec précision les impacts environnementaux de l'exploitation des gaz de schistes.

M. Gilbert estime d'ailleurs que la balle est désormais dans le camp du gouvernement Charest. «Si le gouvernement veut aller de l'avant avec l'exploitation, il devra démontrer de façon scientifique qu'il n'y a pas de conséquences. C'est souvent dans le mode d'exploitation que se trouvent les risques. On prend ce qui est nécessaire et, ensuite, on fout le camp. On ne peut pas se permettre ça, surtout dans une zone habitée, près de Richelieu et avec des nappes phréatiques assez grandes et qui pourraient être contaminées pour plusieurs années.»

Secteur prometteur

Selon la plus récente carte des permis d'exploration en vigueur au Québec, les droits de recherche de gaz naturel dans le secteur appartiennent à Ressources & Énergie Squatex inc. Cette entreprise forme une coentreprise avec Petrolympia — une société dont l'actionnaire majoritaire est ontarien et le président, américain —, selon le Registraire des entreprises (REQ). Il n'a pas été possible d'obtenir de précisions hier sur leurs activités d'exploration en cours ou à venir dans le secteur. Toutefois, le président de Pétrolympia, Mendel Ekstein, a indiqué en entrevue à L'Oeil régional que le gaz serait exploité s'il est abondant dans le sous-sol. «Si nos relevés du sol nous révélaient des nappes de gaz assez importantes, c'est certain que nous les exploiterions en accord avec la réglementation en vigueur, a-t-il dit en anglais. Habituellement, dans votre région, il y a beaucoup de gaz de schiste.»

Le secteur de la vallée du Richelieu est effectivement très propice à la découverte de gaz naturel, a déjà indiqué le président de l'Association pétrolière et gazière du Québec, André Caillé. En fait, elle est déjà complètement sous le coup de permis d'exploration. Des exemples? Selon les cartes disponibles sur le site du ministère des Ressources naturelles et de la Faune, les droits d'exploration à Saint-Hyacinthe et dans les environs appartiennent à une entreprise à numéro albertaine dont l'actionnaire majoritaire est la multinationale du pétrole Suncor. Molopo Canada — dont l'actionnaire majoritaire est albertain, mais qui est issu d'une multinationale australienne — détient notamment des permis pour le secteur de Boucherville. Greencastle Resources, qui a pignon sur rue à Toronto, possède ceux pour Longueuil et pour les environs. Fait plutôt étonnant, une entreprise à numéro dont l'actionnaire majoritaire est une firme italienne, selon le REQ, détient les permis pour l'île de Montréal et pour Laval.

Il faut dire que le sous-sol québécois — essentiellement sur la rive sud du Saint-Laurent, entre Québec et Montréal, de part et d'autre de l'autoroute 20 — contiendrait d'énormes quantités de gaz naturel. Certains évoquent des réserves récupérables de 10 000 à 25 000 milliards de pieds cubes. De quoi générer des milliards de dollars en profits pour les entreprises qui pourront profiter de la manne. L'industrie évoque également la possibilité de créer plus de 7500 emplois.

La ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, a promis de déposer cet automne un projet de loi pour encadrer l'exploration et l'exploitation. Et visiblement, Québec constate que le sujet suscite de plus en plus de questions. «On sent un besoin en informations de la part de la population, a souligné hier son attachée de presse, Marie-France Boulay. Et la ministre a toujours dit qu'elle voulait faire le débat entourant les gaz de schiste de façon transparente.» Elle a indiqué qu'il y aurait un «débat public» à l'automne sur cette question.

Lors du congrès de l'Association pétrolière et gazière du Québec en octobre 2009, Mme Normandeau avait dit vouloir présenter «une loi plus moderne, plus proactive» pour encadrer l'exploitation du gaz de schiste et du pétrole au Québec. «En fait, on veut mettre de côté la bureaucratie, avait-elle ajouté. On veut faciliter votre vie, parce qu'on est bien conscients qu'en facilitant votre vie, on va permettre de créer plus de richesse au Québec. On va vous permettre de déployer vos ailes et, dans ce sens, on souhaite une loi qui nous permette d'être plus efficaces.»

Il faudra faire vite. Le Devoir révélait samedi que les premiers puits de gaz pourraient être raccordés au réseau de Gaz Métro à la mi-2011, soit un à Saint-Édouard-de-Lotbinière et un à Leclercville. Gaz Métro attend les autorisations gouvernementales.
21 commentaires
  • Benjamin Couillard - Abonné 17 août 2010 00 h 40

    Tout n'est pas noir ou blanc

    L'exploitation du gaz naturel n'a pas que des côtés positifs ou négatifs.

    Plus

    1 - Pollue moins que le pétrole, le charbon ou le mazout lourd (beaucoup d'entreprises au Québec utilise le mazout lourd, de même que la centrale thermique de Tracy)
    2 - Augmente l'indépendance énergétique du Québec.
    3 - Les fuites ne causent pas dégâts environnementaux comme en Louisiane.
    4 - Au lieu d'acheter du gac naturel albertain, on pourra maintenant acheter du gaz Québécois.
    5 - D'autres puits de gaz sont déjà exploités au Québec comme dans Lotbinière.

    Moins

    1 - L'exploitation des gaz de schistes peut causer des dégâts à l'environnement (il faut voir si l'enjeu en vaut la chandelle).
    2 - Génération de GES
    3 - Que se passe-t-il lorsque le gisement est épuisé? De quoi aura l'air le terrain, la contamination, etc.
    4 - Risques d'explosion (le risque zéro n'existe pas, les barrages ont aussi un risque non nul de céder et d'inonder les gens en aval).

    Personnellement, j'ai un préjugé favorable envers le gaz naturel, mais je pense qu'il faut vraiment faire une analyse froide. Si on s'attarde seulement au fait que le gaz naturel génère des GES", je pense qu'on passe à côté du vrai débat. J'étais contre le projet Rabaska du à son emplacement (j'appuyais plutôt le projet de Cacouna), mais non à cause de l'utilisation du gaz naturel.

  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 17 août 2010 06 h 44

    Nos richesses naturelles

    Les richesses naturelles appartiennent à toute la population et non à un simple parti politique qui ne représente que le tiers de cette population.
    Il est grand temps que l'opposition rappelle ce fait au gouvernement du Québec.
    Comme le Vénézuela, comme le Mexique n'hésitons pas à nationaliser tout de suite l'exploitation de ces gaz de schiste. Ils nous appartiennent; ils sont à nous. Il faut que leur exploitation profite d'abord à nous et non à des prédateurs internationaux qui vont nous exploiter sans vergogne.
    "Nous n'avons pas l'expertise en ce domaine" L'expertise ,ça se loue et ça s'acquiert. Et c'est beaucoup plus rentable que de donner son bien pour des ,peanuts,.

  • Jean-Claude Archetto - Inscrit 17 août 2010 07 h 20

    Gardons l'oeil ouvert !

    Lors du congrès de l'Association pétrolière et gazière du Québec en octobre 2009, Mme Normandeau avait dit vouloir présenter «une loi plus moderne, plus proactive» pour encadrer l'exploitation du gaz de schiste et du pétrole au Québec. «En fait, on veut mettre de côté la bureaucratie, avait-elle ajouté. On veut faciliter votre vie, parce qu'on est bien conscients qu'en facilitant votre vie, on va permettre de créer plus de richesse au Québec. On va vous permettre de déployer vos ailes et, dans ce sens, on souhaite une loi qui nous permette d'être plus efficaces.»
    *********

    Soyons vigilants c'est en plein ce que disaient les politiciens américains pour permettre à BP d'opérer ses plate-formes pétrolières sans batons dans les roues dans le Golfe du Mexique!

  • alen - Inscrit 17 août 2010 08 h 20

    Pas de panique

    Respirons par le nez, Monsieur le maire, respirons par le nez. Tous les états, provinces, territoires, qui en ont, exploitent le gaz en Amérique du nord. C'est une façond'aller chercher de l'argent, pour soutenir nos programmes sociaux.

    Nous, nous commençons. Nous avons l'opportunité de faire ce qui se fait de mieux. Pourquoi pas nous dire <allons y, prenons notre part>.

    Les moratoires, que ce soit sur l'uranium, les petites centrales hydroélectrique, ou sur tout ce qui bouge finalement, on en a assez. Ne peut on mâcher de la gomme et marcher en même temps chez nous comme tous le monde?

  • Sanzalure - Inscrit 17 août 2010 08 h 51

    Là depuis des milliards d'années

    Ce schiste est là depuis des millions d'années. Pourquoi faut-il le sortir maintenant ? On pourrait penser aux gens qui vivront en l'an 3000. Que leur restera-t-il si les gens qui vivaient en l'an 2000 ont tout vidé les ressources ?

    Il y a des êtres humains sur la planète depuis des millions d'années. Donc il est possible qu'il y en ait encore pour des millions d'années. Que penseront-ils de nous les gens qui vivront dans dix mille ans, dans cent mille ans, dans un million d'années ?

    Serge Grenier