Un iceberg quatre fois plus grand que l'île de Manhattan se détache du Groenland

À l’extrémité d’une longue langue de glace, le glacier Petermann, le plus grand iceberg jamais détecté par satellite s’est détaché et a commencé à dériver vers le détroit de Nares, au Groenland. L’événement a été découvert le 5 août par une chercheuse canadienne sur cette image satellite de la NASA.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) - NASA À l’extrémité d’une longue langue de glace, le glacier Petermann, le plus grand iceberg jamais détecté par satellite s’est détaché et a commencé à dériver vers le détroit de Nares, au Groenland. L’événement a été découvert le 5 août par une chercheuse canadienne sur cette image satellite de la NASA.

Un gigantesque bloc de glace quatre fois plus grand que l'île de Manhattan s'est détaché d'un glacier du nord du Groenland. Selon plusieurs spécialistes, il s'agit du plus grand iceberg à voir le jour dans l'hémisphère nord depuis près de 50 ans.

C'est une chercheuse du Service canadien des glaces, Trudy Wohlleben, qui a été la première à détecter l'apparition de cette immense île de glace de plus de 260 km2 qui est issue du glacier Petermann, situé à 1000 km au sud du pôle Nord. Comme de nombreux autres chercheurs du monde, Trudy Wohlleben surveillait le glacier, dont la longue langue de glace qui s'avance dans la mer présentait d'importantes fissures annonçant un fractionnement prochain.

«On attendait cette cassure depuis plus d'un an, et la semaine dernière, un prévisionniste des glaces de notre équipe nous a prévenus que les vents étaient favorables à une telle cassure, car ils repoussaient les glaces de mer en aval du glacier vers le détroit de Nares, donnant ainsi de la place à l'immense iceberg pour sortir du fjord», explique la prévisionniste qui a découvert le nouvel iceberg sur une image satellite de la NASA jeudi matin dernier. Selon Mme Wohlleben, le morceau s'est détaché entre le 3 et le 5 août, car le 3 août elle avait noté qu'il était toujours soudé au glacier, et le 4 août, des nuages ne lui permettaient pas de voir l'état du glacier.

Or, des images captées par le satellite Envisat de l'Agence spatiale européenne (ESA) le 4 août montrent en effet qu'une grande partie de la langue de glace est séparée du glacier et est en voie de donner naissance au plus grand iceberg jamais détecté par un satellite, voire répertorié dans les archives depuis 1961, a affirmé à l'AFP le professeur Andreas Muenchow de l'Université du Delaware. L'iceberg a commencé à dériver lentement vers le détroit de Nares, qui relie l'océan Arctique à la mer de Baffin. Depuis le 5 août, «il a dû parcourir de cinq à dix kilomètres», précise Trudy Wohlleben.

Réchauffement de l'eau

«Périodiquement, le glacier Petermann perd de la glace durant l'été sous forme de petits icebergs qui se détachent de la langue de glace qui flotte sur l'eau. Ce nouvel iceberg est toutefois unique par sa taille», explique Mark Drinkwater, qui dirige la section Mission scientifique de l'ESTEC-ESA (European Space Research and Technology Centre de l'ESA. «L'extrémité de la langue de glace est fragilisée par le fait qu'elle s'amincit graduellement en raison du réchauffement de l'eau sous-jacente qui induit sa fonte. Au cours de la dernière décennie, la température moyenne de l'eau entourant le Groenland s'est réchauffée. Pas énormément, mais cela a pu contribuer à affaiblir une langue de glace comme celle du Petermann. Typiquement, la glace se fissure en raison de fractures et de crevasses préexistantes causées par l'écoulement du glacier dans une étroite vallée. Le réchauffement de l'eau élargit les fissures, et avec l'effet des marées et de forts vents, cela entraîne le détachement de blocs de glace.»

Nombreux sont ceux qui sont tentés d'associer le phénomène exceptionnel qui vient de se produire au réchauffement climatique, mais autant Trudy Wohlleben que Mark Drinkwater n'osent confirmer l'existence d'un tel lien. Par contre, pour l'océanographe de l'Université Laval Louis Fortier, directeur scientifique d'ArcticNet, un réseau de centres d'excellence du Canada regroupant plus de 145 chercheurs canadiens, il ne fait aucun doute que le détachement de cet immense iceberg est lié au réchauffement climatique. «L'ensemble de la dynamique glaciaire, et notamment l'écoulement des glaces dans la mer, s'accélère. Le réchauffement du climat entraîne la fonte de la surface du glacier. L'eau ainsi générée s'engouffre alors dans les fissures présentes dans la glace. Lorsqu'elle atteint le socle rocheux sur lequel repose le glacier, elle lubrifie l'interface entre l'île et la glace, ce qui accélère le glissement du glacier vers la mer», souligne-t-il.

«Cette immense île de glace qui vient de se détacher du glacier Petermann est un symptôme de la déstabilisation de l'inlandsis du Groenland. Or, on s'est aperçu que la dégradation de l'inlandsis s'accélère, et on prédit qu'elle pourrait provoquer une élévation du niveau des océans d'un mètre et demi à deux mètres d'ici la fin du siècle», poursuit M. Fortier, dont l'équipe projette d'étudier les impacts sur le milieu marin de cette production accrue d'icebergs qui transfèrent une couche d'eau douce à la surface des océans nordiques.

Danger potentiel

La formation d'immenses icebergs, comme celui-ci qui vient de voir le jour, a l'avantage de bouchonner le détroit dans lequel se déverse le glacier et ainsi de ralentir l'écoulement des glaces, expliquent les chercheurs. Mais lorsque ces grandes plaques de glace se fragmentent et se dispersent, le glissement du glacier vers l'océan et sa fragmentation reprennent de plus belle et stimulent la formation de nouveaux icebergs.

Le mastodonte qui vient de quitter le glacier ne contribuera pas en soi à l'élévation du niveau de la mer, mais il peut représenter un danger pour la navigation maritime et les plateformes de forage, préviennent Trudy Wohlleben et Mark Drinkwater.

À mesure qu'il dérivera, l'iceberg fondra peu à peu et se fragmentera lorsqu'il se heurtera à de petites îles et aux côtes du détroit de Nares. Le Service canadien des glaces suit de près le déplacement et la transformation des icebergs à partir d'images satellitaires et de radiophares installés sur les icebergs eux-mêmes. Au cours d'une mission du navire de recherche Amundsen, dont Louis Fortier est le directeur scientifique, l'équipe du chercheur a justement déployé pour le Service canadien des glaces l'un de ces équipements sur un iceberg de 28 km2 qui s'était détaché du glacier Petermann en 2008. On lui demandera probablement d'en faire autant sur le nouvel iceberg lors de sa prochaine expédition.   
31 commentaires
  • gparadis - Inscrit 11 août 2010 05 h 23

    Ben voyons...

    Je l'attendais celle-là. Ça circule dans la gauche américaine depuis quelques temps. Toujours "selon certains spécialistes" la plus grosse plaque de glace jamais vu - ben oui ça fait peut-être 20 ans qu'on photographie l'arctique avec des satellites, pas plus... Mettons la plus grosse depuis qu'on photographie avec un satellite.

    Et naturellement c'est directement lier au "Réchauffement global" même si les spécialiste disent que "non" ce n'est pas causé par le réchauffement global, pas de problèmes la journaliste, est allée en trouvé un qui lui, va lui dire que "oui" c'est directement causé par le réchauffement global... ben voyons y en toujours un "spécialiste" depuis quelques années, qui va te dire que n'importe quoi est causé par le réchauffement global...

    La réalité c'est que la glace à augmenté ces dernière année dans l'arctique et que même les moyennes de températures, globalement ont baissé. Et puis c'est l'été là bas aussi, la glace fond et ce détache c'est normal...

  • France Marcotte - Abonnée 11 août 2010 07 h 33

    Tout porte à croire que... ouain pis?

    Les chercheurs du Service canadiens des glaces "n'osent" confirmer qu'il y a un lien entre ce glacier qui se désagrège et le réchauffement climatique. On devine pourquoi...Par contre, pour l'océanographe québécois Louis Forcier et ses chercheurs, cela ne fait aucun doute. En tout cas, tout le monde y a pensé mais puisque de l'affirmer ne sert à rien de toute façon, restons sur le qui-vive et attendons la suite, en espérant quasiment que pendant qu'on regarde nos écrans, de l'eau froide monte de nos sous-sol, par exemple. En passant, y a-t-il des archives d'avant 1961 pour nous dire que d'aussi grands icebergs se soient détachés? Ça tombe bien, car des satellites avant 1961...

  • Pierre Bernier - Abonné 11 août 2010 08 h 35

    Intéressant !

    Par rapport à l'île de Montréal ça veut dire quoi ?

  • Francine D'ortun - Abonnée 11 août 2010 09 h 01

    Plateformes de forage dites-vous?

    Changement climatique ou pas (certains en doutent encore), ce gigantesque iceberg "peut représenter un danger pour la navigation maritime et les plateformes de forage". J'ai bien lu n'est-ce pas? Bonne raison de ne pas s'amuser avec le pétrole chez le Père Noë.

  • France Marcotte - Abonnée 11 août 2010 09 h 06

    M.gparadis

    Ça fait 20 ans qu'on photographie l'Arctique, dites-vous. Pourtant vous avez l'air de savoir ce qui s'y serait passé avant, dans le sens que vous souhaitez. Et vous aussi semblez souffrir de la "gauchite": pas capable d'étayer un raisonnement sans vous appuyer sur la gauche. Alors, soignez bien votre droite, comme on dit. Et si vous commenciez par lire l'article, ça vous aiderait à mieux lire l'Arctique peut-être.