Plaidoyer pour un virage énergétique mondial

Le soleil se couche sur une plateforme pétrolière chinoise. L’Agence internationale de l’énergie a insisté hier à Washington sur la nécessité de tourner le dos aux énergies fossiles.<br />
Photo: Agence Reuters Le soleil se couche sur une plateforme pétrolière chinoise. L’Agence internationale de l’énergie a insisté hier à Washington sur la nécessité de tourner le dos aux énergies fossiles.

La nécessité de réduire notre dépendance au pétrole a maintes fois été évoquée. Mais alors qu'une marée noire monstre dévaste le golfe du Mexique, le virage énergétique apparaît plus urgent que jamais, selon le directeur de l'Agence internationale de l'énergie. Ce dernier a d'ailleurs appelé hier à des «changements majeurs» de la part des principales économies mondiales. Un message relayé ici par Greenpeace, qui a plaidé pour l'arrêt de l'exploration gazière et pétrolière au Québec.

«Sans changements majeurs dans la façon dont nous produisons et nous utilisons l'énergie, nous allons faire face à d'importants risques pour notre sécurité énergétique commune et pour l'avenir de l'environnement», a ainsi fait valoir le directeur de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), Nobuo Tanaka. «En effet, l'accident de la plateforme Deepwater Horizon dans le golfe du Mexique est une tragique piqûre de rappel», a-t-il ajouté devant un parterre de ministres de l'Énergie et de hauts responsables de 21 pays rassemblés à Washington à l'invitation du président américain, Barack Obama. Ce sommet, prévu sur deux jours, devrait être l'occasion pour les principales économies mondiales — qui produisent 80 % du PIB mondial — d'annoncer des initiatives conjointes en matière d'énergie.

L'AIE, un organisme de conseil international sur l'énergie, a estimé dans une étude récente que sans passage des énergies fossiles aux énergies propres, les émissions de dioxyde de carbone — considérées comme responsables du réchauffement climatique — doubleront presque d'ici 2050. L'Agence a aussi assuré que le fait de transformer en véhicules écologiques la moitié des véhicules légers d'ici 40 ans ferait économiser aux consommateurs mondiaux 112 000 milliards de dollars, et ce, même si le coût d'une telle transformation s'élevait à 46 000 milliards de dollars.

«Nous avons toujours de formidables défis devant nous, mais chaque jour que nous attendons, ils deviennent plus difficiles. Chaque année de retard ajoute 500 milliards de dollars au coût de l'action», a ajouté M. Tanaka. D'autant que les économies émergentes comme la Chine se développent toujours à la vitesse grand V. Celle-ci est ainsi devenue l'an dernier le pays consommant le plus d'énergie de la planète, devant les États-Unis. Il y a 10 ans, la Chine ne consommait que la moitié de l'énergie totale consommée par les Américains. Qui plus est, les négociations sur un successeur au protocole de Kyoto, qui arrive à échéance à la fin de 2012, ont été entravées par des disputes sur la part qu'il convient de demander à des pays comme la Chine ou l'Inde.

D'où l'urgence, mais aussi la complexité, de prendre le virage des énergies propres et renouvelables. «L'objectif ici n'est pas de discuter de ce sur quoi nous pourrions être d'accord, a d'ailleurs insisté le secrétaire américain à l'Énergie, Steven Chu. Notre objectif est d'agir.» Et la volonté politique semble être au rendez-vous à Washington, l'administration Obama ayant souvent déploré que les États-Unis soient en retard par rapport à de nombreux pays européens et asiatiques quant au développement de technologies vertes.

Se libérer du pétrole

Cette nécessité de s'affranchir de la dépendance aux énergies fossiles est effectivement plus évidente que jamais, estime Greenpeace. «Il faut tirer des leçons du drame de la marée noire dans le golfe du Mexique, a ainsi soutenu hier la responsable de la campagne Climat-Énergie au Québec, Virginie Lambert Ferry. Cette catastrophe a pollué et polluera l'environnement pour les décennies à venir. Cette marée noire est un signal d'alarme pour le monde sur la nécessité de mettre fin à la dépendance aux énergies sales.»

Selon le groupe environnemental, le Québec doit donc mettre en place dès maintenant une stratégie pour que le Québec soit totalement indépendant des énergies fossiles, et en particulier du pétrole, dès 2030. Une stratégie qui débuterait selon elle par l'arrêt complet de toute exploration gazière et pétrolière dans le sous-sol québécois. «Le Québec a une véritable mine d'or énergétique que représentent l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables et propres, a-t-elle fait valoir. Se tourner vers les gaz de schistes et s'engluer dans le pétrole ne fera qu'accroître les émissions de gaz à effet de serre, en plus de retarder la transition vers l'après-pétrole. Le pétrole et le gaz ne sont pas plus propres parce qu'ils sont pure laine.»

Mme Lambert Ferry s'inquiète particulièrement de voir se concrétiser l'exploitation pétrolière dans l'estuaire ou le golfe du Saint-Laurent. Mais le Québec est loin d'une telle éventualité, a assuré hier la ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Nathalie Normandeau. Le gouvernement a lancé un programme d'évaluations environnementales stratégiques (EES) en milieu marin. Les résultats seront connus en 2012 et il y aura alors un «débat public», a-t-elle expliqué au Devoir depuis Sacramento, en Californie, où elle a prononcé hier un discours vantant les mérites de l'hydroélectricité québécoise.

Quant à l'exploitation sur la terre ferme des hydrocarbures, Mme Normandeau estime qu'elle est nécessaire pour assurer une plus grande «indépendance» du Québec par rapport à un approvisionnement extérieur. Mais est-ce cohérent avec la volonté de réduire les émissions de gaz à effet de serre? «Il n'y a pas d'incohérence, parce que notre économie va encore dépendre du recours au pétrole dans quelques années. Actuellement, le pétrole nous permet de combler 38 % de nos besoins énergétiques. Dans 15 ans, il va combler encore 33 % de nos besoins. Il faut arrêter de se leurrer. Le pétrole va encore faire partie de nos vies. Il va encore faire partie de notre économie.»

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Avec l'AFP
8 commentaires
  • Jacques Morissette - Abonné 20 juillet 2010 08 h 16

    Un message verbal qui s'adresse à des gens qui ne veulent rien entendre.

    Imaginez un peu, ton Hummer pollue ma vue et l'environnement. Il me répondrait: t'es jaloux! Nous sommes dans un système complètement capitaliste. La volonté politique s'écrase comme un petit chien battu derrière ce système. Il y en a d'autres qui diraient: "On ne peut rien faire, c'est comme ça!"

    Je me dis que ceux qui pensent ainsi font le jeu payant des gens qui profitent le plus du système capitaliste. Entre autres, il y a les compagnies de pétrole et leurs lobbys qui sont très puissants sur le parterre des pouvoirs politiques. Mais pourquoi ces lobbys sont-ils si puissants devant les gouvernements qui devraient d'abord jouer un rôle d'arbitre social?

    Le pouvoir politique est un épouvantail contrôlé en coulisse par ceux qui profitent le pouvoir de l'argent. Et cet épouvantail sert aussi à faire peur au monde, à la population. Nous l'avons bien vu lors du récent G20 à Toronto. Il y a aussi que l'épouvantail sert aussi à maquiller tout ce que veut nous cacher les pouvoirs non pas économiques, mais capitalistes. L'économie a un rôle social important à jouer dans la société, tandis que le capitaliste est affaire de prédateurs individualistes.

    Comme dirait l'autre: "On se fait avoir à tour de bras!" Un autre épouvantail manipule la donne : ce sont les médias. Ils font souvent un jeu de subtile propagande afin de nous faire croire que le capitalisme est comme une plaie qui ne peut pas guérir. C'est une propagande dont l'ultime but est de couler nos mentalités dans le ciment de leurs prétentions à l'élitisme.

    Bref, il y aurait de quoi écrire un livre sur cet épouvantail. Il sert à nous faire peur quand on hésite contre la volonté des lucides qui profitent sans vergogne du système. En plus, chose vraiment triste à voir, il y a des gens (proies) qui peinent dans ce système de prédations (un marché de dupe!) et qui trouvent le moyen malgré tout de le défendre aveuglément, un peu comme une chatte qui défend ses petit

  • Amie du Richelieu - Inscrit 20 juillet 2010 08 h 22

    Une méchante prise de conscience!

    Ce n'est pas demain la veille que nous allons nous sevrer de notre dépendance aux combustibles fossiles! Quand je vois et j'entends tous mes voisins, chacun à leur tour, et ce à toutes les fins de semaine, démarrer tondeuses, coupes-herbe à essence, et la toute dernière trouvaille, le pulvérisateur à essence pour nettoyer l'extérieur de la maison, les meubles de jardin, le patio et les clôtures (en plus de l'auto)! Je me sens comme une extra-terrestre avec ma tondeuse manuelle méchanique, mes cisailles à gazon et mon sécateur!

    Et en tant que riveraine de naissance, couler du béton dans des rivières, ce n'est pas une solution non plus! Les humains devront ré-apprendre à utiliser leurs mains, leurs bras et leurs jambes, prendre le transport en commun et cesser d'acheter des babioles en plastique.

    Johanne Dion
    Amie du Richelieu
    http://lesamisdurichelieu.blogspot.com/

  • Gilbert Talbot - Abonné 20 juillet 2010 11 h 40

    Un cri dans le désert

    Un autre cri lancé dans le désert des derryks de pétrole. Je connais pleins d'amis de la terre qui font des efforts énormes pour changer leur source d'énergie, recycler, récupérer, faire leur compost etc, mais le problème n'est pas individuel uniquement. La bonne volonté ne suffira pas. Il faut une intervention «énergique» des gouvernements, un virage mondial, un nouveau Kyoto. Malheureusement, on ne le voit pas poindre à l'horizon, surtout pas après Copenhague. Le problème c'est que ceux qui décident sont aussi ceux qui s'enrichissent avec le pétrole, qui mènent des guerres pour maintenir leur contrôle, sinon, pour l'augmenter. Même Obama dialogue avec ces super-puissants. La piqure du Deepwater Horizon n'a pas été assez forte, pas plus que l'ouragan Cristina ne l'avait été. Aux USA on croit davantage en la Bible qu'au changement climatique. La voix scientifique a moins de poids que celle des preachers. Et Harper, au Canada ne fait rien pour réduire les émissions de GES canadiennes. C'est la droite et l'extrême droite qui prennent de plus en plus de puissance et c'est la démocratie qui se perd et les manifestants qui écopent des coups de matraque.Il y aura du pire avec que le meilleur revienne.

  • jpz - Abonné 20 juillet 2010 13 h 53

    Avantage Québec pour notre énergie propre !

    Bien évidemment, mondialement, avec sans production énergétique propre à plus de 97 % le Québec sera avantagé pour encore longtemps. Cependant, il faut s'organiser pour en profiter, cela signifie d'ÉLECTRIFIER et améliorer le réseau ferroviaire principal. Améliorer et ajouter les transports collectifs ; des monorails électriques, des tram électriques, des trolleybus hybrides. Faire le maximum de transport de marchandises par bateaux, par transport intermodal et ferroutage. Favoriser la fabrication et l'achat ici de véhicules hybrides branchables.
    Comme le secteur transport est le plus grand consommateur d'énergie polluante il y a moyen de réduire d'ici 2025 la part du pétrole à moins de 25 %. Si de plus on améliore l'enveloppe thermique des bâtiments et qu'on abolie le chauffage résidentiel au mazout pour concentrer aux procédés et aux chauffages industriels l'utilisation du mazout.
    Enfin si on améliore les transports collectifs électrifiés longues distances pour réduire d'autant les besoins de transport aériens , il y aura encore des millions de litres de pétrole qui seront brulés en vol.
    Alors par l'énergie propre , l'eau potable "propre", la foresterie prospère et les ressources minières bien exploitées qui verseront honnêtement leur redevances patrimoniales il y aura moyen de se payer la conversion à la DIMINUTION maximale de notre dépendance énergétique...

    VIVE L'INDÉPENDANCE ÉNERGÉTIQUE LE PLUS RAPIDEMENT POSSIBLE ! ! !

  • Linda Dauphinais - Inscrit 20 juillet 2010 16 h 22

    Nous devrions être des milliers à commenter cet article...

    De quel laxisme nous souffrons, Québécois-ses en général... Rien ne nous touche... que notre petit plaisir satisfait pour penser à un autre à assouvir vite fait... Le je-m'en-foutisme est assorti du "de toute façon, je ne peux rien y faire"... ce qui est faux et archi-faux... Car c'est en se serrant les coudes et en faisant comme nos cousins les Français, en disant NON à l'inacceptable que nous modifierons l'état des faits et non en maugréant tout seul dans notre coin...