Lacs et rivières crient au secours

Fleuve Saint-Laurent<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Fleuve Saint-Laurent

Plusieurs lacs et rivières du Québec fracassent depuis la mi-avril, jour après jour, les records historiques des plus bas niveaux ou des plus faibles débits jamais enregistrés pour la même période, du jamais vu dans certains cas comme série noire, provoquant de véritables drames écologiques pour la faune aquatique à certains endroits.

Si on avait dépassé les records de chaleur pendant plus de 60 jours d'affilée, on imagine l'énormité du débat sociopolitique qui en aurait résulté. Mais dans un Québec qui possède pourtant 3 % des réserves mondiales d'eau douce, le sort des cours d'eau...

Souvent, les niveaux ou débits enregistrés entre avril et juillet se sont rapprochés ou ont atteint les niveaux d'étiage historiques, normalement atteints entre août et novembre.

Jusqu'ici, se sont principalement les cours d'eau de la rive nord du Saint-Laurent qui affichent des déficits records, soit dans l'Outaouais, en Mauricie, dans les Laurentides et au Lac-Saint-Jean, précise Paula Bergeron, directrice du Centre d'expertise hydrique du Québec, un service du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP). Au Saguenay et dans la région de la Capitale-Nationale, dit-elle, «on approche des records historiques» de fin d'été ou d'automne.

Chez Hydro-Québec, on se refuse à donner le moindre indice de l'état des réserves. C'est soi-disant un «secret commercial»! Mais les cours d'eau de la Baie-James et du Nord québécois, dont les débits sont disponibles en temps réel sur Internet grâce au réseau de 250 stations du MDDEP, indiquent des baisses vertigineuses des débits depuis le dernier printemps sans crue véritable qu'a connu le Québec.

Si les conditions actuelles perdurent, cela pourrait préfigurer la «normale» de nos cours d'eau dans 30 ou 50 ans en raison des changements climatiques.

Or la crise de l'eau survient alors que, selon le bilan d'hier de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) des États-Unis, le mois de juin qui vient de se terminer a été le plus chaud jamais enregistré. Ce record en début d'été va de pair avec les relevés pour l'année 2010, dont le premier semestre est le plus chaud jamais enregistré depuis 1880. La fonte des glaces dans l'Arctique n'a jamais été aussi importante en juin, soit 10,6 % sous la moyenne de 1979-2006. Et c'est le 19e relevé consécutif en juin au-dessous de cette moyenne.

Absence de crues

Selon la directrice du Centre d'expertise hydrique et les biologistes consultés par Le Devoir (voir autres articles en pages intérieures), les faibles précipitations de l'hiver dernier ont fait en sorte que la crue printanière n'a pas été au rendez-vous annuel. Mai et juin ayant été par ailleurs faibles en pluie, la situation a continué de se détériorer.

Et cela s'est aussi traduit par un stockage d'eau beaucoup plus faible que d'habitude derrière les 800 barrages publics gérés par le MDDEP pour précisément régulariser les cours d'eau ainsi que derrière les 600 barrages digues d'Hydro-Québec. Les 4200 autres barrages privés du Québec sont, de leur côté, théoriquement censés libérer autant d'eau qu'ils en reçoivent.

Depuis quelques jours, le Saint-Laurent reprend du volume, alors qu'il y a quelques semaines il traduisait dramatiquement l'amenuisement des réserves d'eau des régions de la Rive-Nord. André Carpentier, qui représente le MDDEP au sein du Conseil de contrôle des Grands Lacs et du Saint-Laurent, explique que le niveau exceptionnellement bas du fleuve dans les derniers mois résulte de la baisse des débits dans le bassin de l'Outaouais et du niveau du lac Ontario, qui était alors 30 centimètres sous le «niveau des cartes», soit celui qui est censé refléter la situation normale. Mais le lac Ontario a refait ses réserves depuis le printemps et n'affiche plus qu'un déficit de 7 à 8 cm, ce qui permet de rétablir en partie le débit du Saint-Laurent.

Au port de Montréal, en avril, le niveau était de 1,2 mètre sous la normale. Il était hier à 3 cm sous la normale. Mais on était loin d'un retour à la normale ailleurs au Québec.

À la station de suivi de Ville LaSalle, les appareils du MDDEP indiquaient que le «débit» fluvial — provenant principalement de l'Ontario — s'était retrouvé sous les plus bas niveaux jamais enregistrés du 20 avril à la fin de juin. Léger rétablissement depuis. L'autre station de suivi fluvial, installée à Lanoraie, indiquait que le «niveau» avait battu tous les records historiques du début de mai jusqu'au début de juillet. À cet endroit, la baisse de niveau traduit les apports très faibles de l'Outaouais, ce que reflètent les données de la station de Sainte-Anne-de-Bellevue, toutes sous le minimum historique, jour après jour, depuis la mi-avril.

Même chose à Bois-des-Filion, puis aux rapides du Cheval Blanc, à l'entrée de la rivière des Prairies, au barrage du Grand Moulin sur la rivière des Mille Îles et dans le lac des Deux Montagnes, que Québec va saigner en abaissant le seuil à l'entrée de la Mille Îles pour protéger les prises d'eau situées en aval.

Dans le nord du Québec, la station de la rivière Bell indique que les niveaux inférieurs historiques ont été abaissés depuis le début de juin. Même chose sur la Waswanipi, à la tête de la chute Rouge. Sur la Pontax, qui draine une partie du bassin de la Rupert à la Baie-James, les débits flirtent quotidiennement avec les minima historiques depuis le début de mai, alors que sur la Broadback, un autre témoin des apports aux fins de l'hydroélectricité, les niveaux inférieurs records ont été défoncés à la baisse depuis la mi-mai.

À court terme, indiquait au Devoir Marie-Hélène Devos d'Hydro-Québec, il n'y a aucun problème d'approvisionnement en électricité parce que les réservoirs mettent des années à se remplir et à se vider et parce que la demande est moins forte en été.

De son côté, la navigation fluviale n'a pas trop souffert en raison de la rapidité d'adaptation des armateurs, qui, de partout dans le monde, consultent le site Internet du Port de Montréal avant de charger leurs navires afin de les alléger au besoin, en fonction des niveaux d'eau disponible dans le chenal maritime. À preuve, le port a connu une hausse de 7,9 % de ses trafics globaux par rapport à l'an dernier.

Une des régions les plus durement touchées demeure celle du Lac-Saint-Jean. Sur l'Ashuapmushuan, où tous les débits minima ont été enfoncés depuis la mi-mai, Québec vient de réduire la capture des ouananiches de deux à une prise par jour sur ce qui constitue le bastion de cette espèce emblématique. De son côté, Rio Tinto Alcan est désormais obligée d'acheter de l'électricité d'Hydro-Québec, étant désormais incapable de combler ses besoins avec ses barrages de la Péribonka. Sur la petite Péribonka, les minima historiques des derniers mois ont, là aussi, été abaissés depuis la mi-mai.

Jusqu'ici, ont affirmé au Devoir les porte-parole du MDDEP, aucune station municipale de traitement de l'eau potable n'a manqué d'eaux brutes.
19 commentaires
  • Amie du Richelieu - Inscrit 17 juillet 2010 07 h 53

    Raisons de plus pour ne pas les polluer!

    Et dire que le Québec veut se lancer dans le forage par fracturation hydraulique pour extraire le gaz naturel du roc. Quand on sait que chaque forage nécessite environ 11 millions de litres d'eau et deviennent contaminés ainsi utilisés, on se demande où les gazières vont prendre toute cette eau!

    Johanne Dion
    Amie du Richelieu
    http://lesamisdurichelieu.blogspot.com/

  • Jean Desjardins - Inscrit 17 juillet 2010 09 h 22

    Pas de problème...

    Pas de problème, diront les saboteurs de l'environnement. C'est un épisode purement accidentel. Tout redeviendra à la normale. Croyez-les ! En attendant, continuons à leur remplir les poches et à répondre à tous leurs caprices et ...au diable les générations futures.

    Un exemple éloquent: Qui sont ces promoteurs et ces entrepreneurs immobiliers , qui, d'années en années, font du remplissage 'à petits pas' des milieux humides et des zones inondables le long de la Rivière-des-Mille-Îles à Laval en vue d'obtenir en toute impunité leurs permis de construction de condos, de multiplex et de grosses cabanes prétentieuses plus laides les unes que les autres ? Qui sont leurs complices du milieu municipal qui ferment les yeux sur cette destruction odieuse des marais et des ruisseaux attenants, si essentiels comme 'zone tampon' en vue d’assurer la constance du débit des rivières ?

    Jean Desjardins
    Laval.

  • Jacques Morissette - Inscrit 17 juillet 2010 10 h 00

    Quand va-t-on remettre l'aspect commercial de l'environnemetn à sa vraie place?

    Nous sommes des locataires à long terme sur la planète, pas des propriétaires à court terme. Hydro Québec devrait en prendre une graine d'humilité face à tous ça. Avec l'argument des secrets commerciaux d'Hydro Québec, c'est comme si Hydro se voyait avec l'envers d'un miroir.

  • Fernand Trudel - Inscrit 17 juillet 2010 10 h 25

    Tiens une autre raison pour faire un show écolo

    Tiens une autre raison pour faire un show écolo. Pourquoi pas commander un rassemblement écolo et que nos artistes comme Paul Piché, Richard Desjardins, les Locos Locass montent un super spectacle pour sauver nos rivières ? Il me semble que se serait positif et ça donnerais beaucoup de presse aux alarmistes en mal de cause.

    Oh j'ai mieux, Roy Dupuis et sa fondation Rivières...

    C'est ridicule direz-vous ? Pourtant la panique de certains l'est...

    En 1906 et 1911, nos pères n'ont pas paniqué autant.

    http://www.mrn.gouv.qc.ca/forets/fimaq/feu/fimaq-f