La biomasse forestière, pas aussi verte qu’elle en a l’air

La biomasse forestière n’est pas nécessairement l’énergie verte que certains inconditionnels préconisent pour produire de l’électricité, selon une étude réalisée pour le compte du Département des ressources énergétiques du Massachusetts.

Ce dernier a immédiatement remis en question son programme de subventions d’ici à ce qu’une réglementation régisse plus rigoureusement cette activité énergétique. Au Québec, plusieurs régions éloignées font pression sur Québec pour qu’il les aide à maintenir la rentabilité ou à lancer des projets d’utilisation de copeaux pour alimenter des usines thermiques.

Selon cette étude réalisée par le Manomet Center for Conservation Sciences sur la base d’une analyse de cycle de vie des différents usages de la biomasse, cette dernière peut dans plusieurs cas devenir une source nette de gaz à effet de serre pour une période parfois fort longue et, dans certains cas, incompatible avec la nécessité d’obtenir des réductions d’émissions de GES à court ou moyen terme.

Selon les règles du protocole de Kyoto, l’utilisation de la biomasse forestière est, a priori, une activité «carbo-neutre» pour le climat, parce qu’elle peut avantageusement remplacer des combustibles fossiles. Son utilisation ouvre même la porte à des crédits d’émissions de GES. On considère généralement que les émissions générées par la combustion du bois sont compensées grâce à l’absorption du carbone par la forêt qui repousse.

En réalité, indique l’étude, l’utilisation de la biomasse crée une «dette carbone» tant que la forêt n’aura pas récupéré autant de carbone que la combustion en a libéré. Mais cette «dette» sera progressivement remboursée, si l’on peut dire, avec l’intensification de la croissance de la nouvelle forêt. Un jour, cette nouvelle forêt générera un «dividende carbone», selon le bois que l’on utilise, l’endroit où on l’utilisera et la manière dont on le fera.

Si la biomasse remplace une centrale thermique au charbon, précise l’étude du Massachusetts, il faudra autour de 20 ans pour obtenir un «dividende» net. S’il s’agit de remplacer une centrale au gaz, qui émet moins de GES, on parle de 90 ans. Le chauffage d’édifices générera plus de dividendes que la production d’électricité. L’utilisation de déchets forestiers, comme les branches et les troncs abandonnés, est plus profitable sur le plan environnemental que si l’on abat des forêts matures et en santé. Enfin, de petites unités de production ont moins de chance de devoir un jour s’alimenter à même des forêts matures que de grandes unités de 200 MW, par exemple.

D’autres circonstances peuvent aussi influer sur la valeur de la biomasse comme combustible. À une petite échelle, comme pour une ferme ou dans une résidence, l’utilisation de la biomasse de proximité peut avoir rapidement un impact positif sur le climat. Mais si on parle d’équipements industriels situés loin de la forêt d’origine, le transport par camion lourd de cette biomasse peut augmenter le temps de récupération de la «dette carbone».

La combustion de biomasse forestière représente la moitié de l’énergie renouvelable produite aux États-Unis. Mais 75 % de cette biomasse provient dans ce pays, comme en plusieurs endroits au Québec d’ailleurs, de la combustion d’écorces et de résidus de production par les papetières, qui enfouissaient ces matières organiques dans le passé. Dans ce cas, il s’agit d’une solution écologique qui transforme des déchets en énergie.
9 commentaires
  • Michel Bisson - Inscrit 6 juillet 2010 07 h 48

    Biomasse énergie eurs politiques...

    Ça dépend comemnt la biomasse est processée...

    Brûler de la biomasse humide à 50% pour chauffer des édifices publiques est un illogisme absolu et consommé.....

    Et les gaz émis sont 21 fois pire que le CO2 des véhicules...

    Par contre si la biomasse est dépolymérisée à basse température et combustionnée en mode flameless c'est une toute au histoire.

    Avec une tonne sèche on peut produire 7 mégawatt d'électricité et au bas mot 4 mégawatt de chaleur résiduelle à au moins 400 degrés F, ce qui est pas mal et moins de 5

  • Yvan Dutil - Inscrit 6 juillet 2010 10 h 56

    D'où viennent vos affirmations

    J'ai fait des calculs récemment sur une chaudière ;a biomasse et les pertes dues à l'évaporation de l'eau n'était pas énormes.

    D'autre part, d'où vient votre affirmation que les gaz émit sont 21 fois pire que le CO2? C'est du méthane à quoi vous pensez. Il n'y en pas.

    La dé-polymérisation bouffe de l'énergie et ne donne pas grand chose coté combustion.

    Pour arriver à vos puissances, c'est le quoi la consommation horaire de votre centrale thermique. Car on ne peut pas comparer puissance et énergie sans unité de temps.

  • Tickon - Inscrit 6 juillet 2010 11 h 55

    LA nuance!

    Il est cruciale de préciser ici que cette étude porte UNIQUEMENT sur le cycle de vie des gaz à effet de serre émis par la biomasse forestière fait à partir de forêts entières! C'est une toute autre histoire si on considère la biomasse fait à partir des résidus, qui émettront du gaz carbonique de toute façon...

    Cette précision est apporté par le Manomet Center for Conservation Sciences:
    "the study addressed only the carbon cycle implications of biomass harvested from actively managed, natural forests. ...
    We do not consider nonforest sources of wood biomass (e.g., tree care and landscaping, mill residues, construction debris), which are potentially available in significant quantities but which have very different greenhouse gas implications."

    Pour en lire plus (en anglais):
    http://green.blogs.nytimes.com/2010/06/22/q-and-a-

    Les lobbies du gaz naturel et du charbon doivent exploiter cette étude à fond... ce qui explique probablement pourquoi on entend parlé de cette étude...

  • Yvan Dutil - Inscrit 6 juillet 2010 15 h 51

    Ah bon!

    Effectivement, l'exploitation de la forêt est risquée coté gaz à effet de serre, car il y a autant de carbone dans le sol que dans les arbres. EN commission parlementaire, les profs de Laval en génie forestier ont affirmé que la forêt exploitée était un puits de carbone. D'après ce que j'ai lu, cela dépend beaucoup de la façon dont la forêt est exploitée.

  • P. Boutet - Inscrit 7 juillet 2010 04 h 29

    Pas certain

    Il faut savoir comment la biomasse forestière est récoltée!

    Si on fait une coupe à blanc pour récolter cette biomasse, ça me semble un peu incongrue.

    Utiliser tous les résidus après une coupe forestière n'est pas non plus une solution idéale. Ces résidus sont importants et jouent plusieurs rôles dans la reconstitution de la forêt (sol moins exposé au soleil, abris pour les animaux etc.).

    L'utilisation la plus efficiente de l'énergie présente dans la biomasse, c'est la vie qui l'a inventée. Brûler la biomasse pour en retirer l'énergie n'est pas très efficace parce qu'il y a beaucoup de pertes, ne serait-ce que lors de l'évacuation des gaz de combustion.

    On est encore dans le domaine du néanderthal.

    Le problème avec le soleil, le vent et les vagues c'est que personne ne peut faire d'argent avec la source d'énergie, contrairement au pétrole et au bois.

    "Pour sauver la planète, sortez du capitalisme" Hervé Kampf