Le fleuve reçoit une aide d'urgence

Le débit du fleuve est actuellement à son plus bas niveau depuis près d’un siècle.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le débit du fleuve est actuellement à son plus bas niveau depuis près d’un siècle.

Le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) va écrêter d'urgence un haut fond situé à l'entrée de la rivière des Mille Îles pour assurer un débit minimum à ce cours d'eau dans lequel s'abreuvent onze municipalités, qui y rejettent aussi leurs eaux usées.

Pour la ministre titulaire du MDDEP, Line Beauchamp, en abaissant de 60 à 75 cm le haut fond par où s'écoule le lac des Deux Montagnes dans la Mille Îles, il n'y a «aucun risque» de pénaliser ce lac, la rivière des Prairies qu'il alimente aussi, ou le lac Saint-Louis. La ponction serait trop négligeable.

Selon le Centre d'expertise hydrique du Québec, une direction du MDDEP, en accordant 35 mètres cubes supplémentaires à la seconde (m3/s) à la rivière des Mille Îles par cet arasement du haut fond, le niveau du lac ne devrait pas baisser de plus d'un ou deux centimètres.

Si les plages se dénudent cet été autour du lac des Deux Montagnes, ce sera la faute au manque d'eau qui frappe tous les cours d'eau du Québec et pas de la ponction supplémentaire au profit des onze villes situées sur la Mille Îles, a expliqué Dave Leclerc, l'attaché de presse de la ministre.

Le Conseil des ministres du Québec vient d'autoriser par décret d'urgence, et sans passer par le processus d'études d'impacts et d'audiences publiques, le MDDEP à enlever le haut fond en question, qui couvre 15 000 mètres carrés. Le ministère procédera par appel d'offres sur invitation auprès de six firmes pour que les travaux démarrent aussi tôt que le 7 juillet.

Dans un été normal, selon le ministère, la rivière des Mille Îles soustrait environ 3 % de l'eau qui s'écoule du lac des Deux Montagnes, soit beaucoup moins qu'en période de crues, alors que le débit accapare 14 %.

Actuellement, le débit est à son plus bas niveau connu depuis près d'un siècle, soit à 30 m3/s. L'ajout de 35 m3/s assurera, selon le ministère, une «dilution minimale» dans ce cours d'eau jalonné par 15 stations d'épuration. S'il n'y a pas suffisamment d'eau, explique Dave Leclerc, les prises d'eau potable qui alimentent les 400 000 riverains vont écoper d'eaux brutes de trop mauvaise qualité pour être convenablement traitées. Il en coûterait plus cher, dit-il, de hausser le niveau de traitement que de fournir plus d'eau à la rivière, d'autant plus que la faune aquatique en profitera aussi.

Le manque d'eau actuel est le résultat conjugué des faibles quantités de neige au sol l'hiver dernier et du peu de précipitations printanières. Depuis quelques semaines, toute la région métropolitaine se retrouve avec un niveau d'étiage qu'on retrouve habituellement à la fin d'août.

En 2001, alors que la rivière des Mille Îles était aux prises avec de très bas niveaux, la population devait faire bouillir l'eau du robinet, dont on ne pouvait garantir la salubrité. Plusieurs municipalités avaient dû déplacer à grands frais leurs prises d'eau.

Courte vue

Pour Guy Garand, le coordonnateur du Conseil régional de l'environnement de Laval, les élus municipaux de cette région récoltent aujourd'hui le résultat de leur courte vue.

Ils continuent, dit-il, de participer à un étalement urbain croissant pour obtenir plus de taxes. Ils tolèrent tous les types d'empiétements possibles en rives, faisant disparaître les mécanismes naturels de retenue des eaux. La destruction des milieux humides, les points de recharge des nappes souterraines et des cours d'eau, se poursuit sans vergogne, dit-il. Les ruisseaux sont canalisés et l'asphalte comme le ciment imperméabilisent les sols, ce qui empêche l'eau de s'y infiltrer et de participer au stockage de l'eau.

Guy Garand a même vu hier «en pleine crise de l'eau à Laval une grosse machine qui lavait les rues avec de l'eau: on ne peut pas être plus incohérent. Et aujourd'hui, nos villes demandent aux contribuables de tout le Québec de payer pour une nouvelle solution d'ingénieurs, qui ne fait que reporter à plus tard une véritable gestion de l'eau, laquelle ne semble pas intéresser davantage le ministère», conclut-il.
2 commentaires
  • France Marcotte - Inscrite 23 juin 2010 12 h 15

    Dormir la bouche sèche

    La région de la rivière des Mille Îles n'est pas la seule où les élus ont la vue courte, où ils continuent de participer à un étalement urbain croissant pour obtenir plus de taxes, où ils tolèrent tous les types d'empiétements possibles en rives, faisant disparaître les mécanismes naturels de retenue des eaux. La récolte de cette insouciance risque d'être amère pour la qualité des eaux, pour les écosystèmes et pour les contribuables. La capacité de s'adapter, de se faire aux pertes environnementales semble inépuisable, surtout quand elles sont progressives, mais manquer d'eau potable risque de faire assez mal pour se réveiller un peu. Dormir la bouche sèche, c'est "fatiquant"...

  • Albert Descôteaux - Inscrit 23 juin 2010 12 h 56

    Quelles seront les conséquences à long terme de cet arasement?

    Une augmentation du débit de la rivière des Mille Iles (suite à l'arasement prévu) se traduira-t'elle en une augmentation des cas d'inondations printannières?

    Quant aux conséquences de l'asphaltage et bétonnage des villes et de la canalisation des ruisseaux, on peut penser qu'elles auraient été moindres si l'opinion des biologistes/écologistes était décisionnelle lorsque l'impact de ce genre de travaux est évalué...