Un rendez-vous à ne pas manquer

Selon la ministre Nathalie Normandeau, l’extraction des hydrocarbures ne peut se faire «à n’importe quel prix».
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Selon la ministre Nathalie Normandeau, l’extraction des hydrocarbures ne peut se faire «à n’importe quel prix».

L'exploitation du gaz naturel et du pétrole québécois, qui devrait se concrétiser dans un avenir rapproché, soulève de plus en plus de questions. La ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Nathalie Normandeau, espère bien rassurer tout un chacun en déposant cet automne un projet de loi «costaud» pour encadrer une industrie qui a agi jusqu'à présent sans qu'aucun débat public ait eu lieu.

La ministre insiste d'ailleurs pour dire que l'extraction des hydrocarbures ne peut se faire «à n'importe quel prix». Mais sa ligne de pensée est sans équivoque. «Il y a là pour le Québec un rendez-vous qu'il ne peut pas manquer, a-t-elle lancé en entrevue au Devoir. Dans le cas des gaz de schiste, si on réussissait à mettre en valeur 25 % de tout le potentiel qui existe dans les basses terres du Saint-Laurent, on arriverait à combler nos besoins pour les 200 prochaines années.»

«C'est une filière qui est naissante et on a l'occasion, comme société, de voir naître cette nouvelle filière. Il est plutôt rare qu'on puisse assister à une telle naissance, qui peut apporter extrêmement de bénéfices dans plusieurs communautés et dans notre économie.» Mme Normandeau souligne ainsi la possibilité de créer plus de 7500 emplois. Des chiffres qui proviennent toutefois de l'industrie elle-même.

La documentation disponible sur le site Internet du ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF) annonce aussi la volonté ferme du gouvernement Charest de tirer profit des «avantages» dont le Québec dispose. «L'existence d'une géologie favorable en Gaspésie, le long de la vallée du Saint-Laurent ainsi que dans les zones marines de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent constitue l'un de ces atouts, peut-on y lire. Le contexte actuel n'a jamais été aussi favorable à un déclenchement d'investissements majeurs dans l'exploration des hydrocarbures. Le gouvernement entend bien favoriser un tel déclenchement en mettant en place un encadrement environnemental adéquat [...]»

La première étape sera le dépôt, quelque part à l'automne, d'un projet de loi spécifiquement dédié aux hydrocarbures. «On veut moderniser le cadre réglementaire, assure la ministre, dans une optique de développement durable.» Mais cette exploitation d'énergies fossiles n'entrera-t-elle pas en contradiction avec l'objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre? Nathalie Normandeau répond d'abord que cette énergie est de toute façon importée, ce qui entraîne une facture annuelle de 13 milliards de dollars par année. Elle insiste aussi sur le fait que le gaz naturel émet 20 % moins de GES que le pétrole et qu'il devrait être appelé à prendre plus de place dans le bilan énergétique de la province. Il représente actuellement 13 % de celui-ci, contre 40 % pour le pétrole.

Trop tôt

Il est en outre trop tôt, selon la ministre, pour dire si le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement devra étudier ces projets d'exploitation d'énergies fossiles. «Les permis sont déjà assujettis à la Loi sur la qualité de l'environnement pour ce qui est du prélèvement d'eau et des substances utilisées pour les forages. Donc, il y a déjà des dispositions qui viennent encadrer la façon dont les puits doivent être faits», souligne-t-elle, sans plus de précision. Le projet de loi est toujours en préparation, répète Mme Normandeau.

Chose certaine, le ministère travaille étroitement avec l'industrie. «On s'emploie, avec l'Association pétrolière et gazière du Québec, à développer des outils de communication pour faire tomber un certain nombre de préjugés, explique la ministre. On s'emploie à ce que les citoyens aient accès à la bonne information. Par exemple, dans le domaine du gaz, les gens se demandent si on cause un préjudice aux nappes phréatiques lorsqu'on fait un forage. La réponse est non. Est-ce que les substances auxquelles on a recours pour forer sont polluantes? La réponse est non.» Aucune étude d'impact indépendante n'a encore été menée au Québec.

En ce qui a trait aux redevances qui seront exigées pour ces produits dont le prix est appelé à croître au cours des prochaines années, il faudra attendre de voir le projet de loi. À l'heure actuelle, on parle d'un taux qui varierait entre 10 % et 12,5 %, selon les documents du MRNF. Le président de l'Association pétrolière et gazière du Québec, André Caillé, se dit favorable à un système similaire à celui qui prévaut pour les mines. Le hic, c'est qu'une série d'exemptions fiscales et d'allocations permettent d'abaisser les sommes payées, souligne Pierre-Olivier Pineau, professeur à HEC Montréal.

Dans le budget 2009, les libéraux avaient annoncé un congé de redevances pour les puits gaziers qui entreraient en production d'ici le 1er janvier 2011. Aucune entreprise ne s'est encore prévalue de la mesure.

Oui au pétrole maritime


En ce qui a trait à l'exploitation maritime du gaz, mais surtout du pétrole, Nathalie Normandeau se dit consciente des grandes craintes que celle-ci soulève dans la population. Personne ne souhaite voir se reproduire le scénario catastrophe du golfe du Mexique. «On n'est pas à la veille de voir apparaître des activités d'exploration et d'exploitation dans le golfe», assure Mme Normandeau. Si elle refuse de dire si Québec pourrait carrément fermer la porte à cette exploitation, elle précise tout de même qu'«il y a un gros "si"». «Il n'est pas question de privilégier la filière pétrolière ou gazière dans le golfe pour faire mourir la filière halieutique ou touristique», ajoute-t-elle.

Le gouvernement a lancé un programme d'évaluations environnementales stratégiques (EES) en milieu marin qui doit être complété en 2012. L'objectif? «Dans l'éventualité où on autoriserait de l'exploitation, on veut déterminer quelles sont les zones les plus sensibles pour éventuellement développer dans certains secteurs des mesures d'atténuation», explique celle qui est à la tête du MRNF. La «stratégie énergétique» du gouvernement libéral privilégie clairement le développement de cette filière risquée d'un point de vue environnemental, au nom de l'indépendance énergétique.
7 commentaires
  • Andre Vallee - Inscrit 5 juin 2010 08 h 03

    Ouii mais!

    Avec Jean Charest nous savons qu'avec de l'argent on peut faire n'importe quoi. Restons alertes.

  • Amie du Richelieu - Inscrit 5 juin 2010 10 h 09

    Elle ment! ...la suite

    La Ministre Nathalie Normandeau dit: "Est-ce que les substances auxquelles on a recours pour forer sont polluantes? La réponse est non." Elle ment.

    Dans les fluides utilisés pour la fracturation hydraulique, les compagnies de forage utilisent des biocides: http://www.bloomberg.com/apps/news?sid=aINvzI7k5xY

  • FrancineT - Inscrit 5 juin 2010 22 h 53

    Vendre son âme pour 7500 emplois

    Nathalie Normandeau dans son incompétence ou incompréhension est un perroquet des grandes entreprises privés. Serait-il 7500 emplois temporaires ou ces derniers emplois comprendront ceux qui devront décontaminés dans les 60 prochaines années les millions de litre d'eau. L'extraction de gaz de schiste est trop sérieux pour le laisser à l'entreprise privé potentillement extérieur au Québec. Pour le pétrole dans le Saint-Laurent pensons à la catastrophe du golf du Mexique.

    C'est très épeurant les propos de la ministre.
    "«On s'emploie, avec l'Association pétrolière et gazière du Québec, à développer des outils de communication pour faire tomber un certain nombre de préjugés, explique la ministre."

    Franchement la voilà mariée avec l'entreprise privée. Elle nous prend pour des imbéciles quoi. N'avons-nous pas des fonctionnaires, universitaires, chercheurs, citoyens avisés au Québec pour nous donner les vraies informations sur le sujet. En fait elle doit être le clone de ceux qui ont travaillé, au gouvernement américain, avec les administrateurs de BP....Voici pauvre citoyens ignares plein de préjugés nos forages dans le golf du Mexique sont sans danger et si vous chialez c'est que vous n'êtes que des pauvres contre la richesse.

    Congé de redevance en plus. Bof de toute façon en payent-ils des redevances au bout du compte.

    Cette femme dans son incompétence est dangeureuse, elle me fait penser à une autre ex-maire de petite ville de l'Alaska très verbo-moteur...drill baby drill. Misère.

  • Bernard R - Inscrit 6 juin 2010 06 h 55

    Comment peut t'on mentir sans rire...

    Je suis outré des propos de la ministre, elle n'écoute pas et comme d'autres ex-ministres elle va bien tomber de sa grande chaise, on ne peut dire n'importe quoi et endormir les gens avec nos taxes en plus.
    Qu'elle lise les rapports d'experts externes et non des gazières elle comprendra peut être, c'est désolant de voir une fermeture a d'autres énergies moins polluante que le gaz, qui lui ne baissera pas de prix même s'il est exploité au Québec.
    Imaginez les entreprises qui exploitent ici au Québec du gaz de schiste (shale) ce sont ces entreprises exploitantes qui feront un rapport au gouvernement, pas nos employés du gouvernement mais les pétrolières / gazière. faut le faire non?
    C'est TROP GROS pour laisser passer de telles âneries.
    On vois avec BP ce qu'il se passe en ce moment.

  • Fernand Trudel - Inscrit 7 juin 2010 09 h 14

    Les précautionnistes aiment la décroissance

    Nos précautionnistes n'ont aucune solutionm de rechange pour maintenir le niveau de vie des gens sans exploitation de nos richesses naturelles.

    Le gaz naturel est moins polluant que le mazout lourd donbt nos industries de base se chauffent. Pas grave quand il n'y aucura plus n=de mazoutr on fernpmera l'usine et créera des chômeurs sur le bras du gouvernement déjè surendetté.

    On créera des pauvres et le trafic au noir c'est ça la simplicité volontaire, la décroissance économique.

    L'É
    Espagne a pris le virage vert et a aujourd'hui un taux de chôn=mage de 19% de sa main d'oeur-vre active et estr tellement en detté qu'il suivra la Grèce dans les mesurs d'austérité obligées. Eux ont suivi le protocole de Kyopto comme les environnementeurs le réclament ici...

    C'est vrai qu'on est plus vert qyue vert et que la laïcité a créé de nouvelles religion comme la kyotiste dont le pape est le théologien Steven Guilbault très affairé à construire son temple vert de 27 millionsquêté dans les poches de tous...

    Pendant que des dizaines de puits sont exploités par Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse, nous nous avons une levée de bouclier pour un seuil puits de forage. Plus vert que ça tu meurre...

    Ces gens pleure que la dépendance envers les autres est néfaste et que des énergies fossiles arrivant par bateau est plus polluant que de l'exploiter sur place. Rabaska pourrait nous rendre plus autonomes mais les verts ont décidé pour nous. Crevons ensemble...