Rapport du Programme des Nations unies pour l'environnement - Haro sur la consommation d'énergie et l'agriculture

Selon le rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement, les productions de viande et de lait sont, de toutes les activités agricoles, celles qui ont le plus d’impacts sur la planète.
Photo: Agence Reuters Michael Buholzer Selon le rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement, les productions de viande et de lait sont, de toutes les activités agricoles, celles qui ont le plus d’impacts sur la planète.

Les avancées réalisées en matière de conservation de l'énergie et de réduction de notre empreinte écologique sont intéressantes, mais vraiment pas à la hauteur du défi environnemental: «Nous jouons du violon pendant que Rome brûle», affirme Ashok Khosla, coprésident du groupe scientifique chargé de hiérarchiser les menaces à l'environnement planétaire.

La consommation d'énergie et de viande devra être radicalement réduite au XXIe siècle parce qu'il s'agit des deux principaux facteurs qui rendent présentement l'empreinte écologique humaine insoutenable.

Telle est la conclusion du rapport produit par un groupe international d'experts, réunis par le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE). Le rapport, dévoilé hier en Europe, détermine par ordre d'importance les 27 principales sources de détérioration de l'environnement de la planète, en train de devenir les principaux détonateurs d'une crise environnementale majeure. Cette initiative onusienne avait aussi pour objectif de proposer aux gouvernements un ordre de priorité pour leurs interventions économiques et, en même temps, de fournir au public et aux écologistes une matrice pour juger de la valeur des politiques environnementales.

Comme il fallait s'y attendre, c'est la consommation d'énergie et tout particulièrement celle des combustibles fossiles qui vient en tête de liste en raison du dérèglement climatique, qui va accentuer la plupart des autres problèmes environnementaux.

Mais la surprise du rapport est sans contredit la mise en accusation de l'agriculture actuelle et en particulier de l'élevage des animaux domestiques, des activités considérées comme une des trois principales causes de la dévastation des écosystèmes. La troisième cause est la transformation des métaux et des molécules issues de la chimie contemporaine, à la base de l'énorme production de gadgets, de biens de consommation de toutes sortes avec des produits de synthèse, y compris les pires polluants.

Nourrir les hommes, pas les animaux

L'agriculture, selon le rapport, consomme 70 % de l'eau douce et a transformé jusqu'ici 38 % de la surface du globe. La production de nourriture est aussi à l'origine de 19 % des émissions de gaz à effet de serre, de 60 % de la pollution des eaux par le phosphore et l'azote et de 30 % de la pollution toxique en Europe. De plus, selon le rapport, les productions de viande et de lait sont, de toutes les activités agricoles, celles qui ont le plus d'impacts, notamment parce que ces animaux consomment la moitié de toutes les récoltes de la planète.

Puisque l'humanité se dirige vers une augmentation de sa population de 50 % d'ici 2050, poursuivent les experts, «il devient évident que la prochaine étape consiste à nourrir la population directement avec l'énorme production des terres et des autres ressources vivantes accaparées par les cheptels domestiques. En clair: moins de viandes, plus de céréales et de légumes dans la diète».

«Bâton et carotte»


Pour y parvenir, ajoutent les experts, les gouvernements doivent amorcer maintenant la transition «en jouant du bâton et de la carotte», c'est-à-dire en utilisant leurs investissements pour réorienter la production dans la bonne direction et en frappant par des taxes ceux qui se livrent à des pratiques insoutenables.

Ces changements sont d'autant plus critiques et urgents, précise le rapport, que les impacts environnementaux des pratiques actuelles augmentent de 80 % avec chaque doublement du revenu, contrairement à toutes les assertions voulant qu'un plus haut niveau de vie favorise la protection de l'environnement par des économies d'échelle et une augmentation de l'efficacité technologique.

Le rapport ouvre aussi une boîte de Pandore politique en notant qu'aujourd'hui, de 20 à 30 % de l'empreinte écologique des nations développées commence en sol étranger, à cause de l'importance des importations. Leurs impacts devraient être attribués plutôt aux populations responsables de cette consommation, conclut le rapport.

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