Une affaire de milliards

Rien ne vaut l'émergence d'un problème comme le syndrome d'effondrement des ruches (SER) pour mobiliser les esprits autour de la valeur économique de l'abeille.

On rapporte — mais ce n'est pas confirmé — qu'Einstein aurait dit que «si l'abeille disparaissait, l'homme n'aurait plus que quatre ans à vivre».

L'auteur de cette phrase pensait sans doute au fait que 35 % du «volume des aliments» consommés par les humains dépend du mécanisme de pollinisation, dont principalement de l'abeille, en raison du déclin, voire de la disparition de nombreux autres pollinisateurs sauvages. Une autre étude de l'Institut national de recherche agricole (INRA) de France a établi que 75 % des différentes «cultures agricoles» dépendent des mêmes pollinisateurs. Et la beauté du monde en dépend aussi pour beaucoup, car 80 % des plantes à fleurs dépendent de ces butineurs impénitents.

En Europe, selon une compilation d'Andrew Pettigrew, un agronome du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ), on évalue à 153 milliards la productivité agricole qui dépend des pollinisateurs, dont principalement l'abeille. Ce montant représenterait, selon lui, le dixième de la valeur totale à l'échelle de la planète. Aux États-Unis, où une centaine d'espèces de plantes commerciales dépendent des pollinisateurs, les abeilles seraient responsables d'un gain de productivité de 15 milliards et au Canada, de 1,7 milliard.

Au Québec, la valeur de la contribution des abeilles à l'activité économique atteignait globalement près de 98 millions en 2008, dont 86 millions environ pour la seule valeur ajoutée à la production agricole attribuable à ces insectes.

Si on s'en tient aux bénéfices directs de l'apiculture, cette petite industrie, qui compte 376 producteurs «enregistrés» — auxquels s'ajoute un nombre indéterminé d'amateurs et de tout petits producteurs artisans —, générait en 2008 des ventes de miel d'une valeur de 8,5 millions. Les activités de pollinisation des vergers et cultures agricoles ou encore des bleuetières généraient de leur côté en 2008 des transactions d'une valeur de 2,8 millions, soit plus du double du 1,3 million comptabilisé annuellement vers 2002. Ce chiffre illustre bien l'intérêt croissant du milieu agricole pour le soutien des apiculteurs, dont le travail compense la perte des pollinisateurs sauvages. La troisième activité la plus payante de ce secteur était la vente des reines, ce qui générait des ventes totales d'un quart de million de dollars annuellement.