STM - Le réseau entièrement électrifié en 2026 : Une première en Amérique du Nord

D’élégants trolleybus articulés de dernière génération vont être les premiers tout-électriques à réapparaître dans les rues de la métropole après un demi-siècle d’absence dans le cadre du plan d’électrification de l’ensemble du réseau de la STM, étalé sur 15 ans.
Photo: source STM D’élégants trolleybus articulés de dernière génération vont être les premiers tout-électriques à réapparaître dans les rues de la métropole après un demi-siècle d’absence dans le cadre du plan d’électrification de l’ensemble du réseau de la STM, étalé sur 15 ans.

En 2026, la totalité du réseau d'autobus de Montréal sera électrifié et la majorité des 1300 autobus seront silencieux et afficheront un bilan zéro émission, zéro gaz à effet de serre (GES).

À ce moment-là, la totalité des achats de la Société de transports de Montréal (STM) sera de type «biberonneur», c'est-à-dire que les autobus referont en moins de 15 minutes le plein d'électrons aux extrémités de chaque ligne. Plus de caténaires aériennes, plus de rails dangereux pour les vélos et les motos dans les rues.

Tels sont les objectifs du «plan d'action de la STM», qui deviendra aujourd'hui la première société de transports en Amérique du Nord à dévoiler un plan d'électrification complète d'un réseau de transport en commun avec un échéancier précis de réalisation, assorti de toutes les étapes intermédiaires. Ce «plan d'action», présenté hier au Devoir, sera présenté dans le cadre du colloque sur l'électrification des transports en commun qui se déroule dans la métropole.

La commande en cours pour 380 autobus diesel sera la dernière pour ce type de propulsion, qui a remplacé au milieu du dernier siècle les tramways et les trolleybus à Montréal. Ces derniers témoins de l'époque actuelle, d'une durée de vie de 16 ans, seront envoyés à la casse vers 2025-2026.

Des 2011, la STM amorcera sa transition vers un réseau électrifié avec une commande de 100 trolleybus articulés. En raison de leur plus grande capacité, ces trolleybus, reliés par des pantographes à des caténaires aériennes, seront ins lés sur des parcours particulièrement achalandés comme Pie IX, Saint-Michel, Henri-Bourassa ou Notre-Dame. La technologie permet déjà de faire disparaître les toiles d'araignées inesthétiques de fils électriques aux intersections, car ces autobus peuvent filer sur de courtes distances sans être reliés à une caténaire.

De plus, précise en entrevue François Chamberland, le chef de l'ingénierie de la STM, on testera sur le réseau montréalais dès 2013-2014 les premiers autobus hybrides à moteurs-roues du type TM4, dont Québec a appuyé la mise au point par une injection de 30 millions. Les partenaires du projet sont Novabus, Alcoa, TM4 et le Centre national des technologies avancées de Saint-Jérôme (CNTA).

Mais dès 2012, une première commande massive de 312 autobus hybrides sera lancée, dont la moitié environ seront articulés.

Deux types d'hybrides seront progressivement intégrés au réseau à compter de 2015-2016. Il s'agit dans un premier temps d'hybrides équipés de transmissions Allison, épaulées par un moteur électrique. La STM a testé ces véhicules et réalisé des économies de diesel substantielles.

La commande suivante marquera vraiment l'entrée de la STM dans le domaine de l'autobus autonome, propulsé à l'électricité. Elle cible ici des autobus équipés de moteurs électriques directement branchés sur les roues, comme Mercedes en fabrique. Suivront vraisemblablement les autobus équipés de moteurs-roues produits par TM4, la filiale d'Hydro-Québec.

Les «biberonneurs»

Aux États-Unis, on les appelle les «Fast Charge» et en Europe, des autobus qui «biberonnent» parce qu'ils remplissent soit leurs accumulateurs à tous les arrêts, comme ceux dont Paris prévoit s'équiper, ou soit aux extrémités des lignes, comme ceux que la STM préfère pour des raisons de coûts et de fiabilité.

Mais les biberonneurs, précise Carl Desrosiers, le chef de l'exploitation à la STM, sont «sans aucun doute la solution de l'avenir». Plus de caténaires aériennes à entretenir et à nettoyer en cas de verglas. Pas de rails à entretenir. Zéro émission de gaz à effet de serre et un silence total en marche. Ils sont d'ailleurs aussi beaux que les tramways que privilégient généralement les élus municipaux, «plus pour des questions d'urbanisme que d'efficacité en transport», précise Carl Desrosiers.

Ailleurs dans le monde, on écarte de plus en plus l'idée des tramways, qui coûtent entre 30 et 60 millions du kilomètre en raison notamment du coût élevé des rails.

Est-ce que Montréal va penser à se doter d'un réseau de biberonneurs pour le prix d'un ou deux réseaux de tramways? «C'est à la Ville, précise Carl Desrosiers, et non à la STM, qu'il appartiendra de prendre cette décision.»

Les autobus biberonneurs ont d'ailleurs un net avantage sur les tramways parce qu'ils grimpent plus facilement les pentes en hiver et qu'ils peuvent, en plus, contourner les obstacles de la circulation comme les bris de conduite d'eau ou les accidents de circulation.

En 2025, précise de son côté François Chamberland, les biberonneurs compteront pour «100 %» du parc d'autobus de la métropole et, grand avantage, les progrès accomplis dans le domaine des batteries pourront être intégrés chaque fois dans ces véhicules pour augmenter leur performance.

Augmenter la rapidité

La STM a néanmoins planifié une amélioration radicale de son actuel parc d'autobus diesel afin d'améliorer sa performance énergétique et ses émissions de GES pendant leur vie utile de 16 ans.

Avec des voies réservées protégées par des blocs de béton pour en exclure les autos, avec des arrêts non pas avant, mais après les feux de circulation et des contrôles à distance de ces feux pour accélérer le tempo des autobus, on peut augmenter leur vitesse moyenne. Et chaque augmentation de la vitesse moyenne de 3 km/h permet de réduire de moitié les émissions de GES. C'est la plus importante de toutes les mesures d'économies de carburant possibles.

Actuellement, précise Carl Desrosiers, les chauffeurs de la STM achèvent tous un cours de conduite écoénergétique. La STM escompte une réduction de 2 % à 4 % de la consommation de son parc, qui consomme annuellement 45 millions de litres de diesel. On s'attend à une économie de 1 million de litres, ce qui réduirait le bilan des GES du Québec de 2,5 mégatonnes.

De plus, l'utilisation prochaine de ventilateurs électriques sur les autobus au lieu d'hydrauliques réduira de 15 % les achats de diesels et une autre tranche de 15 % peut aussi être obtenue avec une reprogrammation des transmissions équipées de contrôles digitaux.
26 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 21 mai 2010 06 h 31

    On doit avoir de sérieux doutes...

    Avec les retards de 4 et 5 ans et les ridicules cafoullages que l'on constate dans le projet de remplacement des wagons du métro de Montréal, on est en droit de douter sérieusement de l'échéancier de 16 ans que vient de formuler la STM pour la réduction à zéro des GES par son système de transport terrestre.

  • Nicolas Thibodeau - Inscrit 21 mai 2010 07 h 51

    Le silence des véhicules électriques

    Il faudra prévoir des signaux sonores pour éviter des accidents mortels. Nous sommes accoutumés aux ronronnements des diesels. Le silence des moteurs électriques pourrait causer des accidents mortels si les concepteurs ne prévoient pas des mesures auditives...

  • mevoici - Inscrit 21 mai 2010 07 h 58

    bonne nouvelle

    c'est un bonne nouvelle que je lis là ce matin!ça fait du bien des bonnes nouvelles!

  • Bernard Lorazo - Abonné 21 mai 2010 08 h 01

    Un plan très intéressant

    Une vision d'avenir: c'est ce que l'on demande à tout gestionnaire. Ne boudons donc pas notre plaisir à l'énoncé de ce plan très attrayant. Si Québec voulait bien ne pas trop s'en mêler (cf. la saga du métro), il devrait devenir réalité.
    Il serait intéressant de savoir si Montréal va reconvertir son projet de tramway en projet de trolleybus ou bien s'obstiner dans une solution plus onéreuse et moins souple par son emprise au sol.

  • Louise Fortin - Abonnée 21 mai 2010 08 h 26

    En fumer du bon!

    Joli projet en effet. Mais... On ne sait déjà pas si le métro sera rénové pour 2026 (ni le CHUM, ni l'échangeur Turcot, ni le toit du stade, ni la croix sur le Mont-Royal...). Parole, parole, parole (air connu).