Le PIB, une menace pour la biodiversité

Enrayer le déclin de la biodiversité exige des gouvernements qu'ils adoptent des politiques qui vont imposer aux grands utilisateurs des ressources vivantes et des grands écosystèmes qu'ils intègrent le prix de leur utilisation dans leurs coûts de production. Cette vision d'une économie plus verte commandera par ailleurs une réforme du PIB au profit d'une comptabilité nationale qui tiendrait compte du passif que constitue la perte ou le déclin des ressources vivantes.

C'est ce qu'a soutenu hier Pavan Sukhdev devant une vingtaine de spécialistes des questions de biodiversité, réunis à Montréal par la Commission de coopération environnementale (CCE), un organisme qui administre le traité sur l'environnement, subsidiaire à celui de l'ALENA. Par la suite, celui qui réalise dans le champ de la biodiversité des évaluations que l'on compare souvent à celles de Lord Stern sur le coût de l'inaction en matière de changements climatiques, était l'invité de l'Université McGill, où il a prononcé une conférence-midi sur les moyens de «verdir» une économie qui tient peu compte de la surexploitation des écosystèmes, voire de leur destruction ou de la disparition des espèces.

Pavan Sukhdev estime que la croissance du PIB, l'étalon international de la mesure de la richesse des pays, donne un portrait tronqué de la réalité, car il ne tient pas compte d'éléments essentiels comme les changements survenus dans la santé publique, dans le niveau d'éducation et aussi de l'évolution à la fois qualitative et quantitative des ressources naturelles. En somme, l'humanité navigue «avec une boussole économique défectueuse», un obstacle majeur à la transition vers une économie plus verte, dit-il.

Selon cet économiste, la bonne vieille économie — polluante, énergivore et dévastatrice des écosystèmes — mise sur l'utilisation gratuite de ressources publiques. Ces coûts jamais pris en compte correspondent présentement à environ 3 % du PIB de la planète et à 33 % des profits globaux. Et cette tendance va s'accentuer, dit-il, au point d'atteindre cumulativement 7 % de la consommation globale en 2050, des pertes dont la valeur globale oscillera entre 1,3 et 3,1 billions, selon les taux d'actualisation retenus. En 2000, il ne restait que 73 % de la biodiversité naturelle d'origine. En 2050, une perte additionnelle d'habitats et de leurs espèces pourrait alourdir de 11 % ce déclin, soit une perte de zones naturelles de 7,5 millions de km2, l'équivalent de la superficie de l'Australie.

La comptabilité du PIB est, de plus, peu représentative de l'«économie des pauvres» qui dépendent de ces richesses naturelles pour leur survie immédiate, comme ce demi-milliard de personnes qui dépendent des pêches sur les récifs coralliens en voie de stérilisation. En Inde, donne-t-il en exemple, 480 millions de personnes dépendent de l'agriculture artisanale, laquelle profite à l'environnement et à la biodiversité. Ces «services environnementaux» rendus par la nature correspondent à 7,3 % du PIB du pays, mais à 57 % du PIB de ces petits milieux agricoles.

Vision fautive


Les humains, précisait hier Pavan Sukhdev, ont atteint la limite de la productivité de la planète vers 1980, mais ils en tirent présentement le double, ce qui se traduit par une ponction sur le capital qui s'explique par une vision économique fautive. Par exemple, les subventions ont tellement gonflé les flottes de pêche que la moitié des espèces marines sont présentement exploitées à leur niveau maximal et qu'un autre quart est carrément exploité au-delà de la capacité d'autoreproduction.

Il faut donc imaginer toutes sortes de mécanismes «intelligents», dit-il, pour réformer à la fois notre manière de calculer l'évolution de la richesse collective tout en ayant conscience, insiste-t-il, sur le fait que les lois du marché ne régleront pas tout, notamment les problèmes sociaux. Même une comptabilité réformée intégrera difficilement les valeurs sociales, religieuses ou philosophiques, tout comme elle pourra difficilement intégrer les effets de seuils au-delà desquels des espèces disparaissent. Il faudra donc, dit-il, repenser le système de subventions pour l'ajuster aux priorités d'une économie plus verte, récompenser la protection des services biologiques et partager les bénéfices de la conservation, facturer aux utilisateurs les dommages causés et mesurer le rapport coûts-avantages des services biologiques avant d'aller de l'avant avec des projets au lieu de se contenter de décrire leurs impacts.

Pavan Sukhdev a dirigé jusqu'ici des équipes de recherche qui ont déposé un premier rapport à la conférence des signataires de la Convention sur la biodiversité, à Bonn, en 2008. Il y dresse un premier portrait de «l'économie des écosystèmes et de la biodiversité». Ce rapport doit être complété par un prochain rapport, qui lui proposera aux pays de la planète une «méthodologie d'évaluation» des coûts ignorés jusqu'ici de l'utilisation, de la détérioration, voire de la disparition des écosystèmes, des espèces vivantes et des gènes, qui constituent ensemble le capital biologique de la planète.

En novembre dernier, juste à la veille de la conférence de Copenhague, Pavan Sukhdev et ses collègues publiaient un autre rapport sur les liens entre les crises de la biodiversité et du climat. Plusieurs experts pensent qu'il faudrait que la protection des grands écosystèmes terrestres soit jumelée à la protection du climat par un jeu commun d'outils économiques nouveaux pour attribuer une double valeur économique au maintien de la biodiversité et de ses ressources de base comme les cours d'eau, les milieux humides, les mangroves, etc.
7 commentaires
  • Jacques Morissette - Abonné 19 mai 2010 06 h 25

    Plutôt que le PIB, il vaudrait mieux envisager le BIB (Bonheur Intérieur Brut).

    Le PIB est une affaire qui privilégie certaines castes de la société, tandis que le BIB (Bonheur Intérieur Brut) est affaire de population. J'inclurais donc la biodiversité dans le BIB. Comment des gens relativement sain de corps et d'esprit ne seraient-ils pas un peu plus heureux s'ils pouvaient vivre dans un environnement où la biodiversité serait plus respectée que nous l'avons fait jusqu'à présent. D'autant plus que le seul PIB favorise surtout certaines classes sociales.

    Le seul PIB tient surtout compte de des paramètres qui peuvent n'être qu'un mirage, en tenant compte de la planète sur laquelle nous vivons tous. Y en a-t-il qui pensent que nous pourrions vivre à notre plein potentiel d'être humain sur une planète de plus en plus malade de son environnement, tenant compte des abus en tous genres que nous y faisons au nom surtout de l'unique critère indigeste du PIB? Pensons au BIB pour notre survie dans l'avenir sur la planète terre dont nous sommes de simples locataires.

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 19 mai 2010 08 h 30

    L'économie est à l'écologie, ce que l'astrologie est à l'astronomie

    Il y a plus de 25 ans dans une discussion avec un ami économiste, voilà la conclusion à laquelle j'en arrivais après avoir déploré le peu d'importance donnée dans les modèles économiques dominants aux "externalités" dans le calcul du PIB. Je constatais alors que cette discipline ne peut pas plus se targuer d'être une science qu'un spécialiste du jeu d'échec peut considérer sa spécialité comme une science. Les rapports énergétiques ou trophiques entre la biosphère, la géosphère et l'antrhoposphère sont bien plus complexes que les relations économiques, sinon comptables mises en scène par les économistes.

  • France Marcotte - Abonnée 19 mai 2010 08 h 46

    Il faudrait, on devrait...

    À la petite école, on nous expliquait bien des choses comme la différence entre PIB et PNB, mais jamais on nous laissait entendre que ces concepts étaient des créations humaines et que la façon de les calculer pouvait très bien être révisée. En 2010, on dit qu'il faudrait sérieusement envisager de le faire. L'état de la biodiversité dit que ça aurait dû être fait depuis longtemps. Et puisqu'il faut d'abord chiffrer les choses pour les rendre crédibles, on commence à chiffrer les pertes réelles, pour l'ensemble des activités humaines, du calcul tronqué du PIB. Si mes estimations sont exactes, quand il sera depuis déjà longtemps trop tard, nous serons prêts à passer à l'action. Mieux vaut trop tard que jamais...

  • Maurice Monette - Inscrit 19 mai 2010 13 h 06

    Inconscience immature de la part de ces soient disant spécialistes...

    À se fier aux commentaires de l'économiste P. Sukhdev, c'est l'économie qui est à l'origine de notre "Mère-la-Terre", qui était encore de couleur Émeraude, au début des années 1980. En ce temps pas si lointain, la Partie de l'Économie Mondiale engendrée par la portion croyante de la population mondiale, était gérée par les Dirigeants de l'Église Catholique et Ceux-ci faisaient régnée une "péréquation juste" entre les Pays Démocratique de la Planète, après chaque période de quatre (4) années de tergiversations diverses de leurs populations respectives. C'est pas si loin que ça donc, on devraient être capable de s'en souvenir.

    À cette époque, cette péréquation avait été instituée dans le But d'éviter les frictions entre ces Pays matures, capables de comprendre qu'il faut être parcimonieux(ses) dans l'utilisation qui était faite des Ressources Naturelles de notre Biosphère pour créer de la richesse. Ainsi, on évitaient la sur-exploitation des ressources naturelles et notre Mère-la-Terre pouvait suffire à nos divers besoins vitaux. Mais, en juin 1989, karol wojtyla alias jean-paul II a fait mettre fin à cette saine habitude de répartir les surplus des richesses de toute sommes dépassant le (1) million de dollars (ou l'équivalent toutes espèces monétaires confondues) et la cupidité avaricieuse est devenu le modus vivendi des riches de ce monde. Avant, répétons le, les surplus étaient répartis selon une certaine péréquation entre tous les Pays Démocratiques de la Planète. Alors, à partir de cette date fatidique, à cause de la perte de contrôle sur la cupidité maladive de cette partie de la population mondiale, les riches ont perdu tout sens d'équité et se sont mis(es) à engranger tout ce qu'ils / elles ont pu. D'où, tout a été sur-exploité pour engranger inutilement le plus de profits inutiles possibles. Ces riches sont devenus(es) plus riches et les pauvres plus pauvres. C'est ce qu'on appellent une: "plaie d'Égypte". Avec une classe moyenne qui peine à satisfaire les exigences des plus riches et les besoins vitaux des moins nantis(es). Ça, c'est ce que ces soient-disant spécialistes de l'économie s'acharnent à occulter dans leurs pronostics économiques soient-disants verts mais, ç'est faussé au départ car, l'économie n'est pas à la base de la présence de la race humaine Ici-Bas. Elle n'est qu'un moyen qu'on a mis en place pour tenter d'harmoniser les relations humaines et qu'est-ce qu'on transcendent depuis la date fatidique précitée, où le contrôle du pécule mondiale de la portion Démocratique de la Planète a été remis aux riches...?

    Tout, absolument TOUT s'est écroulé alors, ce Monsieur Sukhdev vit possiblement dans une "bulle financière aseptisée" mais, il est très mal placé pour venir donner des leçons d'économie alors que c'est cette économie débridée qui a conduit le monde au bord du précipice. Cette économie est une invention des riches, pour pouvoir profiter des richesses biologiques de la Biosphère donc, au départ, ses prémisses sont erronées. Ce n'est pas l'économie qui est responsable de la Vie sur Terre, qu'il se le tienne pour écrit, noir sur blanc.

    La Biodiversité doit être protégée par une parcimonie de l'utilisation de celle-ci. Utilisation qui a été si débridée à partir de juin 1989, que tout a été sur-exploité !

    Pouvons-nous être fiers(ères) de ce que le genre humain a réalisé en cette période apocalyptique de transcendance à une nouvelle Ère d'environ 2000 ans...? NON ! Et sa vision économique l'a incité à tout sur-exploiter, pas pour sa survie mais, juste pour le pécule que son Avarice lui permet d'engranger, puisqu'il n'y a plus de saine limite à respecter. Alors, Monsieur Sukhdev, révisez vos notions, S. V. P., avant de lancer de telles élucubrations infondées.

  • Godfax - Inscrit 19 mai 2010 18 h 53

    Corporatisme et gouvernance mondial

    Ce malthusianisme économique fera inévitablement augmenter le cout de la vie et augmentera l'injustice social sur l'ensemble de la planète. Bravo...

    Le désir de l’OTAN et d’Aurelio Peccei a créer le Club de Rome et répandre la thèse Malthusienne a l'échelle de la planète n'avais pour but que de permettre un corporatisme mondial et justifier un pouvoir supranational.

    Le peuple doit comprendre que les pouvoirs de l’Organisation Mondial de l'Environnement s’exercera hors de tout cadre démocratique et disposera d’un pouvoir réel, supérieur à celui des états-membres, échappant totalement au contrôle des population.

    Il est prévu d'imposée aux nations une gouvernance mondiale détenant des pouvoirs supranationaux dans
    tout le domaine du développement... rien de moins.

    Thatcher, Strauss-Khan, Goldsmith, Bush, Strong et plusieurs autres ont fait les contorsions intellectuel nécessaire depuis les années 70 pour draper d'écologie un nouveau fascisme financier et politique mondial qui prendra forme réel au sommet de Rio en 2012.

    Le PIB a toujours été une escroquerie (inventé par le FMI et la Banque Mondial) déconnecter très largement du sens réel de l'économie physique qui est le lien des force de densité (énergie, production, culture, science,éducation,niveau de vie)

    La nouvel monture de cette élite mondial autoproclamé par l'argent et les réseaux d'intérêts va y intégrer directement l'ultra corporatisme industriel et financier. Simple question de logique, il ne s'agit que de regarder qui sont leurs petits amis. (cartel pétrolier,militaire,agricole, minier et financier)

    Il s'agit plus ou moins d'éliminer complètement la compétition possibles en installant un dicta sur le développement qui entrainera une multiplication des fusions et amènera le retour au non sens d'une économie planifié de type féodal a l'échelle de la planète.

    L'idéologie du nouveau PIB est: la recherche de la pauvreté...réduire la consommation des ressources...limité l'éducation, les infrastructure, ramener la masse au travail de la terre et installer des normes pour la mortalité et l'enfantement(eugénisme). (parole officiel de Strong et d'Aurelio Peccei)

    La question n'est pas de savoir si vous êtes un écologiste Vernanskien ou Malthusien mais bien de comprendre que
    c'est le future de l'humanité qui est en jeu dans cette histoire. Nous somme peut-être a l'aube du plus grand totalitarisme que l'homme n'est connu. Et misère, tout le monde en appelle a son autorité, comme si l'homme était une erreur de la nature a corriger et de toute urgence...