La paix revient en forêt

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Photo: Agence Reuters Forêt

Ottawa — La lutte pour la protection de l'environnement a pris un virage historique, hier, avec la signature d'une entente inédite entre l'industrie forestière et les groupes environnementaux.

En tout, 21 sociétés membres de l'Association des produits forestiers du Canada (APFC) et neuf grands organismes environnementaux ont apposé leur signature à l'Entente sur la forêt boréale canadienne, qui s'applique à 72 millions d'hectares de forêts publiques aménagées par les membres de l'APFC.

En vertu de cette entente, les membres de l'APFC, qui aménagent les deux tiers de tous les territoires forestiers certifiés au Canada, s'engagent à appliquer les normes environnementales les plus élevées en matière d'aménagement forestier dans un territoire deux fois grand comme l'Allemagne. De leur côté, les groupes environnementaux s'engagent à reconnaître et à appuyer les efforts des membres de l'APFC sur la scène internationale.

«L'entente sur la forêt boréale représente rien de moins qu'une trêve dans la lutte pour la protection de la forêt boréale», a déclaré Mélissa Filion, directrice intérimaire de Greenpeace au Québec. «Aujourd'hui, écologistes et industriels sont ensemble, main dans la main, à la même table et enterrent la hache de guerre pour faire place aux solutions, pour faire place à la collaboration et pour travailler ensemble», a-t-elle ajouté.

L'entente prévoit la suspension des nouvelles opérations forestières sur près de 29 millions d'hectares de forêt boréale, ce qui permettra d'élaborer des plans pour la conservation du caribou forestier tout en maintenant les approvisionnements en fibre essentiels pour éviter d'interrompre les activités des usines. Au Québec, ce sont près de 8,5 millions d'hectares de forêt boréale qui seront ainsi protégés. Le caribou forestier est une espèce vulnérable au Québec et menacée dans certaines régions canadiennes.

Les campagnes de boycottage des organisations Canopée, ForestEthics et Greenpeace seront également suspendues pendant l'application de l'entente. «C'est fini les campagnes de boycottage», a lancé Mme Filion.

Le président et chef de la direction de l'APFC, Avrim Lazar, a déclaré par voie de communiqué que le vieux paradigme dans lequel évoluaient les sociétés membres de l'APFC et les groupes environnementaux a été complètement réinventé.

Le directeur des relations gouvernementales et des affaires publiques chez Abitibi-Bowater, Pierre Choquette, a reconnu qu'on ne pouvait plus fonctionner dans le modèle traditionnel de confrontation, surtout que le boycottage des environnementalistes devenait un «irritant» additionnel dans un marché déjà déprimé. «À terme, on avait intérêt à signer une entente qui fait en sorte que notre industrie puisse aller mieux, a dit M. Choquette. Parce que ça allait évidemment au-delà des campagnes [de boycottage]; il y a une réalité économique qui est extrêmement difficile.»

Il va de soi qu'une exploitation forestière plus respectueuse de l'environnement entraînera un coût additionnel, mais c'est un coût que les environnementalistes sont prêts à minimiser et que l'entreprise est prête à assumer, selon Michel Lessard, vice-président à la gestion de la ressource forestière chez Tembec. «C'est certain que les coûts demeurent un élément important pour les entreprises. Pour l'instant, il n'y a pas eu d'évaluation. Toutefois, dans l'entente, il est prévu que les gens collaborent et qu'une évaluation soit faite de façon à minimiser l'impact sur les coûts ou encore sur les approvisionnements», a dit M. Lessard.

La forêt boréale s'étend du Yukon jusqu'à la province de Terre-Neuve-et-Labrador et regroupe les deux tiers des quelque 140 000 espèces animales, de plantes et de micro-organismes du Canada.

L'entente fait état de 60 objectifs à atteindre d'ici trois ans en matière d'exploitation durable et de protection de l'écosystème de la forêt boréale, le tout étant supervisé par un auditeur indépendant désigné par l'ensemble des signataires. Les écologistes admettent que l'avenir se jouera durant cette période. «Le vrai défi, à partir de maintenant, sera de traduire ces objectifs, concrètement, en forêt», a dit Mme Filion.

Parmi les sociétés forestières incluses dans cet accord, on retrouve AbitibiBowater, Kruger, Tembec et Weyerhaeuser. Les groupes environnementaux signataires comprennent la Fondation David Suzuki, Greenpeace et la Société pour la nature et les parcs du Canada.
1 commentaire
  • Tickon - Inscrit 19 mai 2010 11 h 42

    Félicitation!

    Je suis curieux de savoir à quel point ces nouvelles normes de l'industrie forestière canadienne se rapproche de celles de la FSC (Forest Stewardship Council)?

    Mais ça fait du bien d'entendre une bonne nouvelle dans le domaine de l'environnement...

    Félicitation aux groupes environnementaux qui font dans le fond le travail du gouvernement! qui dors comme toujours... et à l'industrie qui se montre plus sensé.