Golfe du Mexique: le pétrole menace maintenant les Keys, en Floride

Après plusieurs semaines de tentatives ratées, les ingénieurs de British Petroleum ont finalement trouvé la solution pour siphonner une partie du pétrole à l’origine de la marée noire dans le golfe du Mexique. Mais il est peut-être trop tard pour empêcher le brut d’atteindre un puissant courant océanique qui pourrait le pousser vers l’archipel des Keys en Floride et la côte Est.

Dimanche, les équipes ont posé un tube de 1,6 km de long pour collecter, d’abord lentement puis en quantités de plus en plus importantes, le pétrole que crache le puits depuis l’explosion le 20 avril de la plate-forme de forage, catastrophe qui a fait onze morts.

 L’objectif est de récupérer plus de 1000 barils par jour (près de 159 000 litres) sur un navire-citerne, a déclaré aujourd’hui Doug Suttles, directeur des opérations de BP, l’exploitant du puits, sur la chaîne NBC. Depuis vendredi, les techniciens s’employaient à placer le conduit dans un tuyau d’un peu plus de 50 cm, au moyen de robots sous-marins télécommandés, à près de 1500m de profondeur.

Après deux revers, le système a fonctionné, mais la solution définitive réside dans le forage d’un puits secondaire, qui devrait prendre plus deux mois.

De façon sporadique, des boulettes d’hydrocarbures ont échoué sur des plages de plusieurs États, dont le Mississippi, mais jusqu’à présent, le pétrole n’a pas atteint le rivage en grandes quantités.

En revanche, le golfe du Mexique est déjà fortement pollué. Le gouvernement américain a évalué à près de 800 000 litres la quantité de brut s’échappant chaque jour du puits, mais certains scientifiques redoutent que la fuite ne soit en réalité beaucoup plus importante.

Des nappes de pétrole sous-marines ont été découvertes ces derniers jours, qui menacent d’empoisonner et d’asphyxier la vie sous-marine en frappant la chaîne alimentaire. Il faudrait au moins une décennie pour réparer les dégâts.

D’après Samantha Joye, professeur en sciences marines à l’Université de Géorgie, le brut pourrait se révéler toxique pour les poissons, tandis que les microbes mangeurs de pétrole absorbent de grandes quantités d’oxygène, phénomène accéléré par le fait que les microbes se nourrissent aussi des dispersants. Baleines, dauphins et thons sont notamment menacés.

Par ailleurs, William Hogarth, de l’University of South Florida, craint que le pétrole ne dérive vers l’Est. Un modèle informatique montre selon lui que le pétrole a déjà atteint le «loop current», un «courant en boucle» susceptible de pousser le brut dans l’océan Atlantique, tandis que d’après un second modèle, du pétrole se trouve à moins de 5km du courant. «Nous sommes préoccupés par ce qui se produit dans les Keys», cet ensemble d’îles situées à l’extrémité sud de la Floride, explique le chercheur.

Il note qu’il est encore trop tôt pour savoir combien de pétrole dérivera, et quels dégâts cette avancée est susceptible de causer dans les Keys ou sur les plages de la côte atlantique de la Floride. «Plus vite ils reboucheront (la fuite), mieux ce sera» mais l’impact sur l’environnement est déjà «énorme», observe Paul Montagna, de l’Université Texas A&M.