Environnement - L'ordinateur, espèce menacée?

Aux États-Unis, on utilise en moyenne de 12 à 15 tonnes d’acier par habitant présentement, contre 1,5 tonne en Chine.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Aux États-Unis, on utilise en moyenne de 12 à 15 tonnes d’acier par habitant présentement, contre 1,5 tonne en Chine.

On savait que certaines entreprises recyclaient les vieux ordinateurs. Mais Jason Taine, de l'entreprise achetonsordinateurs.com, va plu loin: il vous donnera entre 5 et 20 $ — l'équivalent de beaucoup, beaucoup de canettes d'aluminium! — selon la valeur de réutilisation ou de recyclage de votre vieux complice, présentement à la retraite dans le garage ou un placard.

«Les vieux ordinateurs, dit-il, ont tous une valeur et c'est pourquoi nous sommes prêts à partager les bénéfices de leur recyclage avec les consommateurs. On recycle les bouteilles de bière et les canettes, mais pas nos ordinateurs ou d'autres appareils électroniques. Ce n'est pas très cohérent, n'est-ce pas?»

Son entreprise, qui réintègre sur le marché du travail des personnes aux prises avec différents handicaps, utilise comme points de dépôt des commerces qui vous donneront un crédit équivalent à la valeur de votre vieil appareil, plus 25 %.

Ce que cette PME créatrice fait depuis un mois correspond exactement au voeu exprimé hier par l'ONU, qui divulguait deux rapports démontrant que les métaux ordinaires et les métaux «spéciaux», essentiels au développement des technologies propres, sont en voie d'épuisement faute de politiques musclées de récupération et de recyclage.

Par exemple, le lithium, le néodyme et le gallium, précise le rapport du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), sont essentiels pour les batteries des voitures électriques ou hybrides, pour la fabrication de cellules photovoltaïques ou la construction d'éoliennes. Mais, ajoute le rapport, on en recycle 1 % seulement.

«À moins que le taux de recyclage des produits en fin de vie n'augmente fortement, l'industrie technologique moderne pourrait devoir se passer de ces métaux spéciaux et rares, qui risquent d'être épuisés», précise la déclaration onusienne.

Mais le bilan n'est pas plus flatteur pour les métaux les plus ordinaires mais si essentiels que sont le fer, l'aluminium, le plomb, l'étain et le cuivre, qu'on recycle dans des proportions allant de 25 à 75 %. Pourtant, il en coûte jusqu'à 10 fois moins d'énergie pour recycler ces métaux plutôt que de les raffiner à partir des minéraux extraits du sous-sol. La réduction de gaz à effet de serre qui correspondrait à un recyclage intensif permettrait pourtant de combler l'écart entre les politiques nationales et les objectifs de stabilisation du climat, ajoute le rapport.

Aux États-Unis, on utilise en moyenne de 12 à 15 tonnes d'acier par habitant présentement, contre 1,5 tonne en Chine. La quantité d'acier «hors sol» aux États-Unis est ainsi passée de 73 kg par habitant en 1932 à 240 kg présentement. Une pareille progression ailleurs dans le monde exigerait de tripler la quantité de fer utilisée. Or, la production annuelle du 1,3 milliard de tonnes d'acier provoque des émissions de GES de 2,2 milliards de tonnes. Une récupération intensive permettrait de réduire jusqu'à 75 % ces émissions.

Mais pour le palladium, utilisé dans les convertisseurs catalytiques et la dentisterie, les taux pourraient atteindre 90 %. Dans l'électronique, qui utilise beaucoup de métaux rares, les taux de recyclage ne dépassent pas les 5 à 10 %. Par exemple, l'indium, utilisé dans les semi-conducteurs, les diodes (DEL), l'imagerie médicale de pointe, est recyclé à moins de 1 % alors qu'il est particulièrement rare et donc susceptible d'épuisement.
14 commentaires
  • Bouchez Jérémy - Inscrit 14 mai 2010 00 h 14

    Déçu

    Monsieur Francoeur,

    Ayant étudié dans le domaine de l'environnement et vous lisant depuis plusieurs années, je suis très surpris de votre article. Vous ne devez pas avoir fait toutes les investigations nécessaires sur cette entreprise "créatrice" comme vous dites.
    Un entreprise liée au CREM (ayant même des gênes en commun avec celui-ci) qui stipule sur son site internet que "Le CREM est accrédité par le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, pour le traitement et la manutention des déchets électroniques" alors qu'aucune accréditation du genre n'est délivrée par le MDDEP, cela ne vous interpelle t-il pas?
    Monsieur Francoeur, désirez-vous en savoir plus sur les pratiques plus que douteuses de certains recycleurs de déchets électroniques au Québec??
    Pourtant, des dizaines de conteneurs partent pour l'Afrique, l'Asie ou d'autres pays tous les mois au Québec. Qu'y a t-il dans ces boites de métal de 43' à votre avis???

    Un environnementaliste et fin connaisseur du sujet de l'article, en colère.

  • Bouletrouge - Inscrit 14 mai 2010 09 h 32

    @ Bouchez Jérémy

    Commentaire intéressant. Vous pourriez élaborer, en commencant par définir l'acronyme CREM. Ça pourrait éventuellement devenir un article très intéressant pour Le Devoir. Dans la mesure où ça ne défait pas le travail des bien intentionnés, ce qui donnerait des munitions aux négationistes.

  • Yvan Dutil - Inscrit 14 mai 2010 09 h 58

    Pas rentable de recycler les ordi.

    Il a de cela quelques années, j'ai travaillé comme consultant pour le commissaire au développement durable. Un de mes mandats était d'évaluer l'opportunité économique de recycler les composantes électroniques. Après avoir fait une revue de littérature et parlé à de nombreux intervenants, il était clair que ce genre d'activité ne présentent pas d'intérêt économique en occident sans l'introduction d'une franchise.

    En effet, si autrefois il y avait pas mal de métaux précieux dans les ordinateurs, cette proportion a grandement diminuée. D'autre part, les ordinateurs comportent une grande quantité de composantes toxiques qu'il faut traiter. Cela représente des coûts importants. Les chinois et les indiens n'ayant pas cette contrainte, il peuvent faire de l'argent en recyclant des composantes électroniques.

    L'usine de recyclage la plus efficace du monde (Umicore) ne fait ses frais que grâce aux subventions.

  • Jean-Pierre Audet - Inscrit 14 mai 2010 10 h 58

    Dommage, M. Francoeur essayait d'être positif

    Ce domaine étant fort complexe, je n'essaierai pas de faire concurrence aux réactions précédentes. Mais je trouve dommage que M. Francoeur, lorsqu'il veut parler d'autre chose que du vilain CO2, se bute à des objections qui semblent fondées et qui minent sa crédibilité.

    JPA

  • Bouchez Jérémy - Inscrit 14 mai 2010 14 h 13

    Acronyme CREM

    Le CREM est l'acronyme du Centre de Recyclage de la Montérégie, entreprise basée à Ste-Catherine. Monsieur Jason Taite (et non Taine...) en était encore le propriétaire il y a quelques mois. Il y a de cela quelques semaines, un journaliste de l'émission JE (sur le réseau TVA) à investigé sur cette entreprise aux pratiques plus que douteuses: Écran à tubes cathodiques stockés dans la cour sans protection, sachant que la pluie se fait un malin plaisir à lixivier le plomb des écrans ainsi que les autres métaux lourds. Pire, l'entreprise est liée à des hommes d'affaire chinois et devinez où s'en va une très grosse partie des déchets électroniques de l'occident?? (en plus de l'Afrique, du Pakistan et j'en passe). On pouvait même trouver des restes d'équipements informatiques sur la rue, quid d'une entreprise qui est censée faire les choses proprement et qui laisse traîner des cartouches d'encre ou pièces de PC devant sa porte? Autre point d'achoppement, le CREM dit qu'il est accrédité par le MDDEP pour la manutention et le traitement des déchets électroniques, je détiens la preuve écrite qu'il n'existe aucune accréditation du genre.
    Je termine mon argumentation sur le fait que l'entreprise achetonsordinateurs.com envoie ces équipements au CREM, c'est facile, ils ont la même adresse. Il existe quelques entreprises au Québec qui font les choses de façon éthique et une qui prône même le reconditionnement avant le recyclage éthique, le reconditionnement étant le processus de très loin le moins dommageable pour l'environnement. Il suffit de chercher et de gratter pour se rendre compte que sur les 40000 tonnes de déchets électroniques générés par année au Québec, une grande part va à l'enfouissement et le reste est exporté vers les pays en voie de développement, donc par des entreprises québécoises...
    Il existe des gens bien intentionnés dans ce domaine et mon but n'est en aucune manière de donner des munitions aux négationnistes mais de temps en temps il est bon de dire les choses clairement et de crever l'abcès, cela s'appelle une purge. Je ne veux faire de leçon à personne mais juste donner mon avis sur un sujet que je connaît très bien...
    Je suis disposer à en parler d'ailleurs...et d'autres sûrement.