Biodiversité: cible ratée

L’Aquarium des Amériques de l’Institut Nature Audubon de La Nouvelle-Orléans présente une saisissante reconstitution de la vie sous-marine qui prospère «normalement» autour d’une plate-forme pétrolière sise au large des côtes de la Louisiane.
Photo: Agence France-Presse (photo) Mark Ralston L’Aquarium des Amériques de l’Institut Nature Audubon de La Nouvelle-Orléans présente une saisissante reconstitution de la vie sous-marine qui prospère «normalement» autour d’une plate-forme pétrolière sise au large des côtes de la Louisiane.

L'objectif de stabiliser ou à tout le moins de ralentir sensiblement le rythme du déclin de la biodiversité planétaire, un objectif entériné par la communauté internationale en 2002 au Sommet de Johannesburg, «n'a pas été atteint».

Au contraire, selon le bilan onusien qui sera rendu public ce matin, «l'empreinte écologique de l'humanité dépasse la capacité biologique de la Terre de manière plus importante que lors de l'acceptation de l'objectif 2010 pour la biodiversité». Quant au rythme d'extinction des espèces, des bactéries les plus humbles aux grands carnassiers, il dépasse globalement de 1000 fois celui des derniers millénaires, menaçant jusqu'à la capacité de la planète de nourrir une population mondiale en pleine croissance.

C'est ce que conclut en termes lapidaires le troisième rapport quinquennal du Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique (CDB), intitulé Perspectives mondiales de la diversité biologique 3 (GBO-3, selon l'acronyme en anglais). Ce troisième rapport — l'équivalent de ceux du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) — sera dévoilé ce matin par les états-majors de l'ONU. Il constitue une étape importante de l'Année internationale des Nations unies sur la biodiversité. Ses conclusions et ses propositions seront discutées lors d'une «session extraordinaire de haut niveau» de l'ONU le 22 septembre prochain. Elles serviront aussi de repères au Sommet sur la biodiversité de Nagoya, au Japon, en octobre.

Selon ce bilan, les trois composantes principales des systèmes vivants de la Terre — les gènes, les espèces et les écosystèmes — sont en déclin constant sous l'effet des cinq grandes pressions responsables de l'érosion de la biodiversité, soit la modification des habitats naturels, leur surexploitation, la pollution, l'introduction d'espèces exotiques envahissantes et les changements climatiques.

Selon le bilan onusien, ces pressions «sont restées constantes ou ont vu leur intensité augmenter». Par ailleurs, la principale cause indirecte de ce déclin est attribuée à la mollesse des gouvernements parce qu'ils intègrent peu ou pas les impératifs de protection de la biodiversité dans l'élaboration des politiques économiques, alimentaires, d'occupation des sols, de production d'énergie et même dans leurs politiques environnementales, comme celles sur les milieux humides ou marins.

Le rapport propose de moderniser ces politiques dangereuses par des outils réglementaires et fiscaux visant à forcer les acteurs économiques et les consommateurs à payer le prix véritable de la perte de ces maillons du vivant pendant les prochaines générations.

Le rapport propose aussi aux gouvernements de synchroniser la lutte contre les changements climatiques avec la protection de la biodiversité, le réchauffement accentuant la perte d'écosystèmes alors que les mesures de protection de la biodiversité s'avèrent souvent efficaces pour lutter contre le dérèglement du climat.

Selon ce bilan quinquennal, les populations de vertébrés ont chuté de 31 % entre 1970 et 2006. Les déclins les plus sévères ont été constatés dans les écosystèmes tropicaux (-59 %) et dans les écosystèmes d'eau douce (-40 %). Il n'y a que les amphibiens avec des pertes de population atteignant 42 %, qui dépassent le déclin des espèces ailées (-40 %).

Quant aux grands écosystèmes, ce sont les récifs coralliens qui sont les plus menacés par le réchauffement du climat et l'acidification des océans, menaçant de priver de leurs bases alimentaires des dizaines de millions de personnes.

Ces constats ne devraient pas inquiéter que les écologistes. Selon le bilan onusien, à la limite, c'est la capacité des systèmes vivants d'assurer l'alimentation mondiale qui est en cause.

«La diversité biologique sous-tend également le fonctionnement des écosystèmes, lesquels rendent de nombreux services aux sociétés humaines. Son appauvrissement continu a donc des conséquences majeures sur le bien-être humain, aujourd'hui et à l'avenir. La fourniture d'aliments, de fibres, de médicaments et d'eau douce, la pollinisation des cultures, la filtration des polluants et la protection contre les catastrophes naturelles figurent parmi les services écosystémiques qui sont potentiellement menacés par le déclin et la modification de la diversité biologique. Les services culturels, tels que les valeurs spirituelles et religieuses, les possibilités offertes en matière de connaissances et d'éducation ainsi que les valeurs récréatives et esthétiques sont également en régression» pour les mêmes raisons, précise le rapport onusien.

Même si des «progrès significatifs» ont été accomplis notamment dans certaines régions, «l'étendue et l'intégrité des habitats naturels de la plupart des régions du monde continuent de diminuer».

Malgré tout, le rythme de disparition des mangroves et des forêts tropicales a ralenti. Ainsi, la déforestation en Amazonie est passée de 27 000 km2 par an à 7000 km2, un effet combiné de la crise économique et des mesures gouvernementales.

Plusieurs politiques économiques du Québec et du Canada participent au déclin de la biodiversité, car le rapport met en cause des phénomènes bien d'ici, comme les rejets agricoles et urbains d'azote et de phosphore à l'origine du déclin des espèces d'eau douce et de l'émergence de zones sans oxygène dans les grands cours d'eau, comme l'énorme zone anoxique du golfe Saint-Laurent. Le rapport cible aussi explicitement comme causes importantes de déclin de la biodiversité la construction des barrages hydro-électriques, la surpêche, la surconsommation de biens et d'énergie, la production de biocarburants, l'élevage à partir de souches animales de plus en plus restreintes, qui explique la disparition de dizaines d'espèces depuis l'an 2000, ainsi que l'aquaculture.

Paradoxalement, le rapport ne fait pas une seule mention des méfaits actuels et potentiels des OGM et des biotechnologies sur les espèces naturelles.

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