Marée noire dans le golfe du Mexique - L'impact des dispersants soulève de l'inquiétude en Louisiane

Un million de litres de produits chimiques dispersants ont déjà été largués sur les nappes, à la surface de l’eau
Photo: Agence Reuters Stephen Lehmann/us coast guard Un million de litres de produits chimiques dispersants ont déjà été largués sur les nappes, à la surface de l’eau

La Nouvelle-Orléans — L'impact sur l'environnement des dispersants utilisés dans le golfe du Mexique pour lutter contre la marée noire qui s'étend inquiète les autorités de Louisiane et les écologistes.

Les responsables des services de santé, de la qualité de l'environnement et des pêcheries de Louisiane ont adressé un courrier au directeur général de BP, Tony Hayward, lui demandant de fournir davantage d'informations sur l'usage des dispersants.

«Nous sommes sérieusement préoccupés du manque d'information concernant le recours à des dispersants pour lutter contre la marée noire dans le golfe du Mexique et de l'impact que ces produits pourraient avoir sur les populations, la qualité des eaux et de l'air de même que sur les pêcheries et la végétation des côtes de Louisiane et des zones marécageuses», écrivent-ils dans cette lettre.

Environ 41 % des fruits de mer consommés aux États-Unis proviennent de Louisiane. Avant cela, des groupes privés de protection de l'environnement avaient aussi exprimé leurs craintes. «Cette utilisation grandissante de dispersant suscite un certain nombre de questions sur le fait de savoir où finissent par aller ces produits chimiques», avait déclaré Larry Schweiger, président de la National Wildlife Federation, la plus grande organisation privée américaine de défense de la nature.

Ces dispersants agissent comme du détergent pour laver la vaisselle, a souligné cette semaine Bob Perciasepe, directeur adjoint de l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA). «Ces produits sont conçus pour réduire le pétrole en de petites particules, sans le faire disparaître pour autant, mais le rendent plus facilement biodégradable.»

La toxicologue LuAnn White, de l'Université de Tulane à La Nouvelle-Orléans, remarque que les dispersants sont utilisés depuis des années pour contre les marées noires y compris lors du désastre du pétrolier Exxon Valdez en 1989. «Les dispersants actuels sont d'une nouvelle génération, mais nous ne savons pas de quoi ils sont composés, car cela est protégé par le secret commercial.»

Le dispersant utilisé par BP dans le golfe du Mexique, appelé Corexist, est fabriqué par NALCO Energy Services, une firme du Texas, qui affirme sur son site Internet que ce produit contient un bas niveau de substances chimiques nocives, présentant des risques d'irritation pour les yeux et de la peau, mais pas de cancer.

Parmi les défenseurs du recours aux dispersants, Eric Smith, directeur du Tulane Energy Institute à La Nouvelle-Orléans, explique qu'il s'agit, dans le cas de Corexist, d'un produit «très léger». «Idéalement, on utilise les écumeurs dans les zones les plus épaisses de la marée noire et les dispersants aux endroits où le pétrole est le moins dense», dit-il.

Mais l'utilisation sans précédent par BP de dispersant en profondeur à la source de la fuite a conduit jeudi l'EPA à suspendre cette mesure le temps d'en déterminer l'impact sur l'écosystème.

BP toujours à la recherche d'une solution

Sur le terrain, les ingénieurs de BP continuaient hier d'étudier les moyens d'enrayer la marée noire qui continue de s'étendre dans le golfe du Mexique après l'échec d'une tentative de mise en place d'un dôme de confinement sur la fuite provenant d'un puits de forage.

BP a dû suspendre la mise en place de la structure, seul espoir d'endiguer à court terme la marée noire, parce que des cristaux de glace inflammables s'y étaient formés.

Le dôme géant a été déposé sur le fond de l'océan à 200 mètres environ de la fuite tandis que BP réfléchit à une solution, ce qui pourrait prendre deux jours. «Les gens travaillent 24 heures sur 24 au siège de BP», a déclaré hier l'amiral Thad Allen, des gardes-côtes américains. Mais travailler à des profondeurs de 1500 mètres complique le défi, a-t-il noté.

Au moins 800 000 litres de pétrole s'échappent chaque jour du puits depuis l'explosion, le 20 avril, de la plate-forme Deepwater Horizon, qui a causé la mort de 11 membres d'équipage.

Sur l'île Dauphin, dans l'Alabama, où nageurs et amateurs de bains de soleil se donnent rendez-vous chaque fin de semaine, des vacanciers ont trouvé des boulettes de goudron sur près d'un kilomètre de plage. Ces boulettes sont en cours d'analyse pour déterminer si elles proviennent de la marée noire.
1 commentaire
  • Sanzalure - Inscrit 10 mai 2010 11 h 51

    L'eau ne connaît pas de frontière

    Toute l'eau du monde est la même eau. Les noms que nous donnons aux océans ne changent pas, mais l'eau qui s'y trouve change continuellement.

    Cette catastrophe ne s'est pas seulement produite sur le territoire des États-Unis, elle s'est aussi produite sur notre planète, dans notre eau.

    Les responsables de cette catastrophe doivent répondre de leurs actes devant toute la planète. Et la poursuite du profit maximum est peut-être une bonne motivation, mais ce n'est pas une bonne excuse.

    Serge Grenier