Marée noire - BP promet de payer la note

La réserve d’oiseaux de l’île Breton, en Louisiane, est menacée par la nappe de pétrole.
Photo: Agence Reuters Carlos Barria La réserve d’oiseaux de l’île Breton, en Louisiane, est menacée par la nappe de pétrole.

Montré du doigt, l'exploitant de la plateforme qui a sombré dans le golfe du Mexique, British Petroleum (BP), paiera «tous les coûts nécessaires et appropriés de nettoyage» et indemnisera les victimes «légitimes» de la marée noire.

«BP assume la responsabilité de la réponse à la marée noire [...] Nous la nettoierons», a promis hier la compagnie pétrolière. BP compte mettre en place ce week-end un énorme «couvercle» de 70 tonnes sur le fond de la mer pour étancher la sortie du puits. Une opération qui consistait à fermer la valve de sécurité du puits a échoué, alors qu'une autre visant à forer des puits de secours pour relâcher la pression et injecter un enduit pour colmater les fuites pourrait porter ses fruits... dans trois mois.

La Maison-Blanche entend maintenir le «pied [sur la] gorge» de la multinationale, a mentionné le porte-parole du chef d'État américain, Robert Gibbs.

«Nous allons garder la botte appuyée sur la gorge de BP pour nous assurer que le groupe fait le nécessaire pendant que nous faisons tout ce qui est humainement possible pour gérer cet incident», a affirmé M. Gibbs, faisant appel à une image martiale qui tranche avec ses déclarations habituellement mesurées. «Le président ne sera soulagé que lorsqu'il n'y aura plus de pétrole qui s'écoulera [dans l'océan]», a-t-il ajouté, au lendemain de la première visite de Barack Obama sur les côtes du golfe.

Évoquant «une catastrophe écologique peut-être sans précédent» le président des États-Unis, Barack Obama, avait incriminé le groupe pétrolier au cours d'une visite sur les côtes de la Louisiane dimanche. «BP est responsable de cette fuite. BP paiera», avait-il lancé.

La facture que devra payer le principal propriétaire du gisement d'hydrocarbures pourrait s'élever jusqu'à huit milliards de dollars, selon le courtier new-yorkais Sanford C. Bernstein &Co.

Au Capitole, des sénateurs américains ont déposé hier un projet de loi afin de faire passer de 75 millions à 10 milliards de dollars le plafond des indemnisations des compagnies pétrolières en cas de dommages économiques.

Les sénateurs du New Jersey au congrès des États-Unis, Frank Lautenberg et Robert Menendez, ainsi que le sénateur de la Floride Bill Nelson — tous trois démocrates — estiment que les pertes de revenus, notamment pour les secteurs du tourisme et de la pêche, doivent être couvertes par les compagnies pétrolières, jusqu'à concurrence de 10 milliards de dollars. «Les marées noires peuvent laisser d'importantes séquelles sur l'économie. Nous sommes heureux de savoir que les coûts de la marée noire [du golfe du Mexique] seront couverts, mais c'est une maigre consolation pour les petites entreprises, les pêcheurs et les autorités locales», a fait valoir M. Menendez.

Par ailleurs, la commission de l'Énergie et du Commerce de la Chambre des représentants a réclamé la présence, pour une audition le 12 mai, des patrons de BP America, Lamar McKay, de Transocean (propriétaire de la plateforme), Steven Newman, ainsi que du chef de la direction du sous-traitant Halliburton, David Lesar.

L'amélioration des conditions météorologiques dans le golfe du Mexique facilitait la tâche des équipes qui luttaient, hier, contre la marée noire, mais un changement dans la direction des vents faisait craindre le pire pour les plages touristiques de la Floride. Plus de 2500 personnes ont déployé des kilomètres de barrages flottants afin de récupérer du brut.

Comportement «complètement inacceptable»

Le premier ministre du Canada, Stephen Harper, a pour sa part jugé que le comportement des compagnies pétrolières responsables de la catastrophe écologique dans le golfe du Mexique était «complètement inacceptable».

«C'est terrible. C'est un désastre environnemental, et le comportement de ces compagnies est complètement inacceptable. Heureusement, nous avons des règles beaucoup plus sévères au Canada», a-t-il dit.

Il répondait aux questions du chef du Nouveau Parti démocratique, Jack Layton, qui lui demandait des précisions sur les mesures du Canada devant les risques posés par les marées noires.

M. Layton a également demandé à M. Harper de tenir une réunion spéciale sur les risques posés par les forages pétroliers — notamment ceux prévus par l'entreprise British Petroleum dans la mer de Beaufort — et l'inscription de ceux-ci au programme des travaux de la réunion du G8, organisé en juin prochain au Canada.

Stephen Harper n'a pas répondu à cette double demande, se contentant de réaffirmer son intention de renforcer la protection de l'environnement: «Pas de forage sans protection de l'environnement et des travailleurs», a-t-il indiqué.

La plateforme Deepwater Horizon a sombré le 22 avril à quelque 70 km des côtes américaines, faisant 11 disparus. Son puits lâche depuis, chaque jour, jusqu'à 800 000 litres de pétrole, nourrissant une marée noire qui menace les côtes du golfe du Mexique.

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Avec La Presse canadienne et l'Agence France-Presse
11 commentaires
  • Jean-Claude Archetto - Inscrit 4 mai 2010 07 h 30

    Oh la,la!

    Si même Harper s'en prend aux pétrolières, ils sont vraiment dans la merde!

  • Sanzalure - Inscrit 4 mai 2010 08 h 09

    Ralentir

    Les pétrolière conduisent la pédale au fond. Elles feraient bien de lever le pied pour ralentir le rythme et prendre le temps de réfléchir un peu plus fort avant d'agir.

    Serge Grenier

  • France Marcotte - Inscrite 4 mai 2010 09 h 14

    Concrètement

    C'est assez surprenant en effet de voir S.Harper en pourfendeur des pétrolières. " C'est un désastre environnemental, et le comportement de ces compagnies est complètement inacceptable" dit-il. Mais ce qui compte, ce sont les gestes concrets. Quand le NPD lui demande des précisions sur les mesures du Canada devant les risques posés par les marées noires, et de tenir une réunion spéciale sur les risques posés par les forages pétroliers, le premier ministre ne répond pas à cette double demande. On peut gesticuler et s'indigner tant qu'on veut, ce sont les actions qui comptent.

  • France Marcotte - Inscrite 4 mai 2010 10 h 19

    Autre chose: le seuil critique de désastre

    Si la crise économique dont on devait tirer des leçons n'a pas suffit à convaincre de réformer le capitalisme, cette catastrophe écologique sans précédant, causée indirectement par la folle course en avant vers les profits, sera peut-être assez désastreuse pour prévenir toutes celles qui ne manqueront pas de survenir. 8 milliards de dédommagement, ça commence à faire mal et ça ne devient plus très rentable de continuer à tout saccager... D'autres sans doute feront aussi ce calcul élémentaire pour ne pas dire primaire.

  • Geoffrey Thorpe - Inscrit 4 mai 2010 10 h 54

    @ France Marcotte

    > On peut gesticuler et s'indigner tant qu'on veut, ce sont les
    > actions qui comptent.

    Justement, je crois qu'il va surement compter ses actions avant de poser quelque geste que ce soit. Une chance que le ridicule ne tue pas.