Énergivore, l'armée américaine veut réduire ses émissions de GES

Les militaires étasuniens sont les plus gros consommateurs uniques de pétrole dans le monde. En 2008, ils ont achetéa pour 16 milliards de dollars de produits pétroliers.
Photo: Agence Reuters Les militaires étasuniens sont les plus gros consommateurs uniques de pétrole dans le monde. En 2008, ils ont achetéa pour 16 milliards de dollars de produits pétroliers.

Les forces armées des États-Unis se donnent des objectifs de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre plus ambitieux que ceux de la Maison-Blanche parce qu'elles craignent un début de pénurie de pétrole d'ici 2015, lourde de conséquences économiques et politiques ainsi que pour leur capacité opérationnelle.

Un rapport préparé par le haut commandement unifié des forces étasuniennes, publié par le Guardian de Londres la semaine dernière, conclut que la planète aura dépassé le «pic pétrolier» d'ici deux ou trois ans, ce qui va engendrer une pression sur les prix. Ceux-ci devraient se stabiliser autour de 100 $ le baril. Selon ce rapport, l'essentiel de la pression sur la demande proviendra de pays comme la Chine et l'Inde.

Le Pentagone estime que le ralentissement de la production mondiale frappera surtout les pays dont l'économie est fragile, ce qui risque d'exacerber les tensions politiques actuelles et de frapper durement l'économie de la Chine et de l'Inde.

L'Agence internationale de l'énergie ne partage pas le point de vue pessimiste des militaires et ne voit poindre aucune pénurie avant 2030. Mais cette évaluation ne ferait pas consensus au sein de cette organisation.

Les militaires étasuniens sont les plus gros consommateurs uniques de pétrole dans le monde. En 2008, ils ont acheté pour 16 milliards de dollars de produits pétroliers. Leur consommation moyenne atteint 300 000 barils par jour, ce qui en fait l'armée la plus énergivore de la planète, au point que certaines études y voient son principal talon d'Achille à moyen terme.

La consolidation des approvisionnements en pétrole amène depuis quelque temps l'administration Obama à réexaminer ses réticences envers le pétrole «sale» des sables bitumineux canadiens. C'est sans doute ce qui explique que le projet du pipeline Keystone XL, qui doit relier l'Alberta aux États du golfe du Mexique, vient d'être envoyé en consultation publique aux États-Unis.

Et le Pentagone réagit aussi en se donnant des objectifs de réduction plus ambitieux que ceux de la Maison-Blanche dans sa planification stratégique, divulguée en février. En effet, selon le Pew Project on National Security, Energy and Climate, les militaires ciblent désormais une réduction de leurs émissions de 34 % d'ici 2020, ce qui est plus élevé que la réduction de 28 % par rapport au niveau actuel envisagé par la Maison-Blanche. Le Pentagone a ainsi autorisé des projets pour une valeur de 780 millions pour atteindre cet objectif, ce qui lui ferait épargner 1,6 milliard par an.

En plus de leurs 300 000 barils de pétrole par jour, les 550 établissements militaires dans le monde dépensent 3,8 milliards de kilowattsheures par jour. Cela correspond à 80 % de tous les achats d'énergie du gouvernement fédéral des États-Unis.