Environnement - Un groupe aisé qui veut se faire écouter

Un groupe environnemental, l'Initiative boréale canadienne (IBC), fait appel depuis septembre 2008 à un lobbyiste professionnel pour défendre ses positions concernant le Plan Nord du gouvernement Charest.

Cette manière de procéder détonne au Québec, où les groupes écologistes n'ont en général pas même les moyens de se payer un secrétariat stable et bien équipé, faute de financement statutaire du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs.

Or, le groupe «canadien» a vu son unique employée, Suzanne Méthot, embauchée en octobre dernier, être nommée quelques semaines plus tard à la présidence du groupe de travail sur le développement durable dans l'organisation du Plan Nord.

L'affaire a provoqué des remous dans les milieux écologistes et sociaux du Québec où plusieurs s'étonnent encore de ce que le gouvernement Charest ait confié à deux groupes «canadiens» les sièges du développement durable et de l'environnement à sa Table des partenaires, alors que plusieurs groupes québécois auraient pu faire le travail.

Selon le registre des lobbyistes, c'est Patrice Ryan, le fils de l'ancien chef du PLQ Claude Ryan, qui a obtenu le mandat d'Initiative boréale. Patrice Ryan siège aussi à la commission politique du Parti libéral du Québec, et son frère André préside la commission juridique.

Son mandat est valable jusqu'à la fin de l'année 2010 et commande des émoluments pouvant atteindre 50 000 $.

Ses services ont été retenus par l'IBC pour faire des «représentations en vue de convaincre les autorités gouvernementales, dans le choix de leurs orientations en matière d'environnement, du bien-fondé de soustraire au développement un minimum de 50 % des territoires nordiques du Québec dans une perspective de développement durable».

Invité à dire si ses interventions ont eu pour effet de placer l'Initiative boréale canadienne en haut de la liste des nominations pour le siège réservé au développement durable, Patrice Ryan a répondu avoir «remarqué que certains groupes avaient réagi positivement à l'annonce du premier ministre quand le Québec a atteint l'objectif de 8 % en matière d'aires protégées. Et je constate qu'ils se retrouvent aujourd'hui aux tables.» Il a refusé d'en dire davantage, nous renvoyant à son «client».

De son côté, la porte-parole de l'IBC, Suzanne Méthot, explique ainsi la situation: «Je ne dirais pas que c'est lui [Patrice Ryan] qui nous a fait nommer. On travaille avec un lobbyiste pour comprendre ce qui se passe sur le terrain. Et c'est compliqué. Dans la dernière année, on a annoncé à la fois le Plan Nord, une nouvelle loi sur les mines et une autre sur la forêt. On avait besoin d'aide pour comprendre comment tout ça fonctionne. Et notre deuxième objectif, c'était de pouvoir intervenir efficacement pour pouvoir être aux premières loges afin d'atteindre nos objectifs de conservation.»

Selon Suzanne Méthot, l'IBC «est une organisation qui a la chance d'avoir les moyens de ses ambitions. Ça nous permet de travailler sur des politiques gouvernementales sur la base de recherches scientifiques qu'on peut financer nous-mêmes».

Quand on lui fait remarquer que le salaire de son lobbyiste peut dépasser les 40 000 $ que le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs consacre globalement aux groupes environnementaux nationaux financés par le Secrétariat à l'action communautaire autonome et aux initiatives sociales, elle répond que l'IBC aide à sa manière des groupes québécois moins nantis mais dont elle ne veut pas divulguer les noms.

Mme Méthot ne voit d'autre part aucun conflit d'intérêts dans le fait qu'elle dirigera le groupe de travail sur le développement durable et qu'en même temps, elle participe «en toute indépendance» avec le Pew Environmental Fund et Équiterre notamment, à une étude visant à «déterminer les conditions des exportations de l'électricité québécoise aux États-Unis».

Plusieurs groupes québécois soutiennent que bétonner de nouvelles rivières sauvages pour en tirer près de 8000 MW, comme le gouvernement Charest veut le faire avec son Plan Nord, n'est pas du véritable développement durable.
2 commentaires
  • Eric Allard - Inscrit 26 avril 2010 12 h 16

    D'ou vient l'argent?

    L'IBC n'est-elle pas qu'une façade pour des entreprises privées qui auraient avantage à tirer la couverture de leur côté sur le fameux Plan Nord? Ce serait génial pour ces entrepreneurs, qui vont s'en mettre encore plein les poches en faisant passer leurs interventions comme provenant du milieu environnemental.

  • Lfa - Abonné 27 avril 2010 00 h 07

    Non seulement lobbyiste libéral...

    Mais aussi contributeur du parti libéral depuis 2001...

    Voir le site web d'élections québec : http://www2.electionsquebec.qc.ca/corpo/francais/r

    Un autre retour d'ascenceur !