Convention sur la diversité biologique - Il faudra établir un protocole lors de la rencontre de Nagoya

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
Ahmed Djoghlaf, secrétaire exécutif du Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique.
Photo: ONU Ahmed Djoghlaf, secrétaire exécutif du Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

2010: année de la diversité biologique, mais aussi année des échéances pour la Convention sur la diversité biologique. L'échec concernant l'atteinte des objectifs fixés en 2002 ne laisse plus de doute. Le Secrétariat se relève les manches et souhaite donner un nouveau souffle à sa cause lors du sommet de Nagoya, en octobre prochain. Pour la suite du monde.

Péril en la demeure. Les objectifs fixés en 2002, à Johannesburg, dans la Convention sur la diversité biologique (CDB) sont loin d'être atteints. 2010 n'a pas été proclamée l'Année internationale de la diversité biologique par les Nations unies à la suite d'un simple concours de circonstance. C'est cette année que les objectifs déterminés en 2002 viennent à échéance. Sur 193 pays signataires,

120 ont remis leur rapport au Secrétariat de la Convention, qui a pignon sur rue à Montréal. Ahmed Djoghlaf, secrétaire exécutif, admet sur un ton accablé qu'«aucun pays au monde, dans les rapports qu'on a reçus, ne peut prétendre avoir réalisé l'objectif».

«Ces rapports démontrent à l'évidence que, malheureusement, on continue à perdre la biodiversité de façon effrénée et de façon inédite», a ajouté M. Djoghlaf lors d'une entrevue avec Le Devoir. Selon le rapport onusien GEO4, publié en 2007, le rythme de la disparition des espèces risque bientôt d'atteindre 1000 fois le niveau historique.

Quelques mois avant la dixième réunion de la Conférence des parties à la CDB qui adoptera un plan stratégique pour 2011-2020, la situation se détériore. Nagoya, ville japonaise qui accueillera ce sommet en octobre prochain, verra sans doute son nom prendre une connotation symbolique, à l'instar de Kyoto. «Nous pensons qu'à Nagoya nous allons adopter un nouveau traité juridique, ce qu'on appelle déjà le Protocole de Nagoya pour l'accès au partage des bénéfices, qui réellement va révolutionner la problématique de l'environnement mondiale», assure Ahmed Djoghlaf.

«Il va la révolutionner, parce que les détenteurs de la biodiversité, ce sont des populations qui n'ont pas les moyens financiers et technologiques de pouvoir les protéger», ajoute-t-il.

L'heure des bilans

Mais, en attendant, le Secrétariat se retrousse les manches et sonne l'alarme pour la communauté internationale. Mais, en ce qui le concerne, l'heure des bilans a aussi sonné. M. Djoghlaf admet que les objectifs était ambitieux dans le contexte. Il analyse l'expérience pour mieux en tirer des leçons et ne pas répéter les mêmes erreurs dans l'élaboration de ce qu'il nomme déjà les objectifs de Nagoya.

«Nous recommandons [...] des mécanismes de suivi et d'évaluation, dont un examen à la mi-parcours, évoque-t-il comme ajustement. On ne doit pas attendre 2020 pour constater qu'on a raté le coche.»

«L'objectif [à Johannesburg en 2002] a été proclamé sans une définition des moyens de mise en oeuvre, avoue M. Djoghlaf. C'est bien d'avoir un objectif, mais si on n'identifie pas comment [on va le réaliser], que ce soit non seulement en matière financière, mais aussi en matière institutionnelle, en matière juridique, en matière de réglementation, en matière d'échange d'expériences, c'est difficile.»

L'élaboration d'objectifs quantifiés s'avère cette fois-ci incontournable. La lutte contre les changements climatiques, avec des exigences précises concernant la réduction des gaz à effet de serre, constitue un exemple à suivre.

«Arrêter la perte de la biodiversité par rapport à quoi? Par rapport à 2002? Par rapport à 1993? 1980?, évoque-t-il comme questionnement fondamental. Il n'y avait pas de donnée de base, d'indicateur, de paramètre, de critère de suivi. Nous voulons faire les choses différemment. Cette nouvelle stratégie est basée sur un processus consultatif.»

Vers le 22 septembre

Pas moins de 16 réunions régionales, sous-régionales, globales ont été mises en branle pour engager tous les gouvernements, mais aussi les acteurs de la société civile, les ONG, le secteur privé et même les populations autochtones, afin de déterminer le plan stratégique qui sera adopté pour la prochaine décennie. Une conférence virtuelle a demandé à la population mondiale de s'exprimer par le biais d'Internet.

Le 22 septembre prochain, pour la première fois dans l'histoire de l'ONU, un sommet des chefs d'État sur la biodiversité se tiendra à New York. Un branle-bas de combat colossal pour mieux identifier «un objectif global, mais aussi [pour] encourager les pays à venir avec des objectifs nationaux, et pourquoi pas locaux, régionaux et sous-régionaux.»

Une étape qui ne doit surtout pas être bâclée, car la diversité biologique, comme l'indique sa définition, varie et ne se protège pas dans les mêmes conditions d'une région à l'autre du globe. M. Djoghlaf prône «non pas des objectifs d'une taille pour tout le monde, mais d'une taille qui doit être ajustée en fonction des spécificités des uns et des autres. Parce que la situation du Canada ne peut pas être celle d'Haïti et que la situation d'Haïti ne peut pas être celle de la Chine. Les objectifs pour un pays enclavé ne sont pas les mêmes que pour un pays insulaire», illustre le secrétaire exécutif.

«Ce qui est encore important, c'est non seulement d'adopter ce plan au niveau de la conférence internationale, mais [...] de l'intégrer au niveau national, insiste le secrétaire exécutif. On donne deux ans [aux pays] pour intégrer leurs objectifs qui seront adoptés en tant qu'objectif national.»

L'équivalent d'un GIEC pour la biodiversité


Le déploiement d'un mécanisme international d'expertise semble pressant. Le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC), récipiendaire du prix Nobel de la paix en 2007, a prouvé l'efficacité de ce type de mécanisme dans son combat contre le réchauffement de la planète. L'enjeu de la diversité biologique en a presque souffert, demeurant quelque peu dans l'ombre de celui des changements climatiques.

Du côté de la biodiversité, un vide semblait subsister. Aucune plate-forme aussi efficace dans l'échange d'expertise, de consultation et de sensibilisation ne s'activait avec autant d'ardeur. La Plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques devrait afin s'atteler à des tâches similaires au GIEC. Le feu vert devrait être donné en juin prochain lors d'un sommet à Séoul.

«À cette réunion, on va discuter des modalités pratiques, parce que [...] tous les participants sont d'accord.»

«Et l'idée, c'est de faire des recommandations à Nagoya», rappelle le secrétaire exécutif.