L'hydrolienne tournera à nouveau

La société franco-québécoise Sabella mettra fin à une éclipse de plus de 20 ans en ramenant dans le Saint-Laurent une hydrolienne expérimentale, un mode de production tombé dans l'oubli dans un pays qui est pourtant truffé de cours d'eau offrant un potentiel intéressant pour des productions décentralisées — voire de l'auto-production.

Le premier prototype, d'une envergure d'environ de 5 à 6 mètres — on cible une puissance de 100 kWh —, sera testé dans le fleuve en juin 2011 dans l'un des trois sites identifiés par les membres du consortium. Ces trois sites ont été autorisés par le ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF). Il s'agit de l'amont du rapide de Lachine, de l'aval du pont Victoria et du chenal Lemoyne, tout près de la Biosphère de l'île Sainte-Hélène.

Une hydrolienne — on les appelait autrefois turbines à eau — est une machine capable de capter l'énergie d'un cours d'eau ou de la mer pratiquement sans impact pour la faune sans qu'il soit nécessaire de construire un barrage pour la faire fonctionner. Certains modèles sont suspendus dans l'eau sous une structure flottante, ancrée sur le fond ou en rives. D'autres modèles comme ceux de Sabella sont déposés directement sur le fond de l'eau. Cette société travaille à la conception et aux tests éventuels de deux modèles. Le modèle dit «fluvial» tire profit de la direction unique d'un cours d'eau, alors que les hydroliennes maritimes peuvent fonctionner dans les deux sens pour exploiter la montée et le retrait des marées.

Il y aurait plus de 140 modèles d'hydroliennes maritimes brevetées dans le monde, mais moins de 10 adaptées aux courants des rivières et fleuves.

Le coût du projet de mise au point des deux types d'hydroliennes est d'environ 3 millions, explique Marcel Boridy, le p.-d.g. de Sabella, selon qui les versions commerciales seront produites au Québec. Mais, dit-il, c'est toute la planète et en particulier les régions éloignées, non reliées à des réseaux électriques, qui vont constituer le marché principal.

Dans les années 1980, Barry V. Davis, de la Nova Energy de Dartmouth, en Nouvelle-Écosse, avait mis au point et breveté une hydrolienne expérimentée avec succès notamment dans les rapides de Lachine en hiver. Cet ingénieur voulait notamment exploiter l'énergie perdue à la sortie des vannes des barrages hydro-québécois. Il avait offert gratuitement son brevet à Hydro-Québec si elle voulait développer son projet, ce qui lui a été refusé.
1 commentaire
  • France Marcotte - Abonnée 16 avril 2010 20 h 05

    Douce hydrolienne

    Une machine capable de capter l'énergie d'un cours d'eau sans qu'il soit nécessaire de construire des barrages, une production décentralisée ou de l'autoproduction, la possibilité pour les régions éloignées d'être alimentées, M.Davis qui offre gratuitement son brevet à Hydro-Québec pour développer son projet, Hydro-Québec qui refuse... Le retour de l'hydrolienne devrait donc permettre de sauver l'intégrité des rivières qui n'ont pas encore été harnachées. Maintenant que le Québec possède ses symboles de puissance, barrages pharaoniques et forêts de pylônes monumentaux, il n'y aura plus d'excuses pour continuer le saccage.