Matières résiduelles - Le Québec produit 20 tonnes de déchets à la minute!

«Chaque Québécois génère annuellement environ 260 sacs verts. Ce qui fait que la province génère 20 tonnes de matières résiduelles à la minute. Et présentement on en recycle sept tonnes à la minute», souligne Jean-Maurice Latulipe, président de la Société québécoise de récupération et de recyclage (Recyc-Québec), une organisation qui fête en 2003 son 10e anniversaire.

Environ 85 % des résidus expédiés aux poubelles sont récupérables, soit par voie de compostage, de valorisation ou de recyclage. Le défi de Recyc-Québec s'inscrit dans cette ligne de pensée: «Promouvoir, développer et favoriser la réduction, le réemploi, la récupération et le recyclage de contenants, d'emballages, de matières ou de produits ainsi que leur valorisation dans une perspective de conservation des ressources.»

Le dernier bilan effectué et diffusé par Recyc-Québec soulignait que la quantité de matières récupérées s'était accrue de plus de 14 % entre 1998 et 2000. Un bond considérable que la société attribue principalement aux secteurs industriel, commercial et institutionnel. Toutefois, le président de la Société québécoise de récupération et de recyclage explique que «comme on consomme plus, on s'est retrouvé à générer plus de déchets. Ce qui fait que le taux de recyclage a baissé. Toute proportion gardée, le taux de génération a fait fléchir le taux de récupération de 37 % à 35 %».

Politique sur les matières résiduelles.

La Politique sur la gestion des matières résiduelles 1998-2008 a pour objectif de valoriser 65 % des résidus générés. Pour s'y faire, Recyc-Québec a fixé, en pourcentage, un taux de valorisation pour chaque matière: plastique, verre, papier, textiles, pneus, résidus domestiques dangereux et résidus putrescibles. Si l'objectif est atteint, le Québec pourrait, en 2008, se targuer de récupérer près de 4,8 des 7 millions de tonnes de matières résiduelles récupérables annuellement.

Tous les secteurs sont mis à contribution. Dans celui de la construction, il s'agit principalement de définir et de conceptualiser des moyens d'intervention concrets. L'objectif: assurer la récupération des résidus de bois, de métal et de ciment. Ces déchets représentent près du tiers des matières résiduelles. À ce jour, les déchets générés par la construction sont principalement expédiés dans des dépotoirs.

Les objectifs de la politique sont-ils réalisables? Jusqu'à présent, Recyc-Québec estime que la province a réussi à atteindre plusieurs des taux qu'elle s'était fixés. Par ailleurs, beaucoup de chemin reste à faire avec certains secteurs de la récupération, dont celui des matières pouvant être compostées: «Actuellement, 5 % des déchets de table et des résidus verts sont récupérés. L'objectif pour 2008 est de 60 %.» Fait notable, 40 % de ce qu'on peut récupérer dans un sac vert est composé de ce type de résidus. Il s'agit donc d'intensifier la récupération de ceux-ci, mais surtout de trouver des moyens simples et efficaces afin d'en faciliter la collecte.

Pratique et théorie

Aux dires du p.-d.g. de Recyc-Québec, les entreprises sont favorables à la récupération, car celle assure un roulement de l'économie: «Toute la chaîne du "cycle de vie" d'un produit en tire des avantages. Le chantier économique qui découle de la récupération est beaucoup plus porteur que l'enfouissement ou l'incinération des déchets.»

Mathias Glaus, chercheur à la Station expérimentale des procédés-pilotes en environnement (STEPPE-UQAM), affirme qu'il est important de ne pas toujours «adopter le même cycle de fabrication et de production dont sont issus les déchets et les résidus. C'est certainement une des impasses dans laquelle on se retrouve présentement au niveau pratique de la récupération». Car, théoriquement, chaque résidu peut être réutilisé, recyclé ou valorisé.

Mais les problèmes rencontrés relèveraient essentiellement de l'identification des débouchés des matières récupérées. «Il faut regarder et identifier les débouchés les plus prometteurs, et par la suite identifier les résidus qui ont les caractéristiques qui répondent à ces débouchés», affirme le chercheur. Pour ce faire, il faut dresser un profil et trouver les composantes des résidus récupérés.

Selon M. Glaus, une volonté politique est nécessaire à la mise en place de structures pouvant faciliter la récupération des matières résiduelles. Toutefois, la réglementation qui pourrait être formulée ne devrait pas être de nature répressive. En Europe, certains pays ont taxé l'achat de sacs à ordures. «Le citoyen est conscient des problèmes environnementaux. Mais une des principales difficultés rencontrées découle du fait que les individus voient mal quel est l'impact de leur petite action personnelle sur l'ensemble», assure-t-il.

Loi favorisant le recyclage

À ce jour, les municipalités assument l'ensemble des frais liés à la récupération. Pour encourager certaines villes à se lancer également dans l'aventure de la récupération, un projet de loi a été adopté en décembre dernier. La loi 102 vise à compenser les municipalités pour la collecte sélective en faisant assumer par les entreprises la moitié de ce qui est, à l'heure actuelle, défrayé par les villes. On estime que le coût d'une telle entreprise s'élève à près de 50 millions de dollars.

Ce procédé s'appelle la responsabilité élargie des producteurs. «L'entreprise qui met en marché un produit doit assumer une partie des coûts de récupération des résidus» que son produit génère, explique le p.-d.g. de Recyc-Québec. Un tel fonctionnement serait bénéfique à l'ensemble des intervenants: les villes n'auraient pu à payer la totalité de la facture, des emplois seraient créés dans le secteur de la récupération et de la transformation, et des produits découlant de la valorisation de résidus seraient mis en marché. «Ce cycle de vie est intéressant économiquement et il est extrêmement porteur. Il pourrait nous permettre d'atteindre les objectifs de 65 % que nous nous sommes fixés», assure Jean-Maurice Latulipe.