Retour en force des petites centrales

Les promoteurs de petites centrales reviennent en force pour la troisième fois au Québec avec 31 nouveaux projets d'une puissance installée totalisant 356 MW, tandis qu'Hydro-Québec n'en veut que 150. Ce qui est déjà trop pour les écologistes.

En présentant deux fois plus de projets que l'appel d'offres d'Hydro-Québec, les promoteurs donnent l'impression cette fois que cette filière est en perte de vitesse par rapport à l'éolien. En effet, les appels d'offres antérieurs ont démontré que les promoteurs avaient présenté quatre fois plus de puissance installée en éolien que n'en réclamait Hydro-Québec. Il faut dire cependant qu'Hydro-Québec a plafonné le prix que l'électricité des petites centrales à 7,5 cents du kilowatt, avec indexation de 2,5 % par année, ce qui a pu décourager plusieurs promoteurs.

Des 31 projets présentés, 11 ont été soumis par des sociétés d'autochtones, tous concentrés sur les rivières de la Côte-Nord, ce qui pourrait y provoquer des remous devant la disparition de plusieurs des plus belles chutes de cette région.

L'appel d'offres d'Hydro-Québec a été lancé le 15 juillet 2009.

C'est le troisième programme de construction de petites centrales au Québec. Le premier avait été lancé sous le gouvernement de Robert Bourassa au début des années 1990. Il a donné lieu à plusieurs mobilisations citoyennes et surtout, à une commission d'enquête présidée par le juge François Doyon. Le deuxième programme a été stoppé net en cours de route par l'ancien premier ministre Bernard Landry au moment du lancement de la Politique nationale de l'eau, une suite de la mobilisation de dizaines d'artistes et de personnalités publiques, mobilisés par la fondation Rivières.

C'est en mai qu'Hydro-Québec fera connaître les projets choisis, ce qui déclenchera une nouvelle mobilisation des artistes par la fondation Rivières, affirmait hier soir au Devoir le comédien Roy Dupuis, son porte-parole.

En entrevue au Devoir, ce dernier a qualifié «d'odieux qu'à l'heure où on vend notre électricité à rabais aux Américains — notamment au Vermont à 4,5 cents du kilowatt —, le gouvernement Charest se lance dans un programme de destruction massive de nos plus belles rivières et chutes».

Il rappelle qu'à Trois-Pistoles, Québec a payé plus de 3 millions pour arrêter un projet de petite centrale privée, que la MRC ose relancer après avoir obtenu du gouvernement Charest les droits hydrauliques sur ce cours d'eau: «Un gaspillage de fonds publics, dit-il, pour lequel il faudra trouver une explication. Ça échappe à toute logique. Quelles sont les tractations qui ont permis cela? Est-ce que Jean d'Amour a eu un rôle à jouer dans cette affaire, car c'est BPR qui a absorbé la firme d'ingénierie qui avait préparé le premier projet. Voilà beaucoup de questions auxquelles il faudra trouver des réponses.»

De plus, Roy Dupuis s'interroge sur le fait que Québec n'ait pas encore protégé la moindre rivière au Québec, comme si tout ce patrimoine était à vendre ou à bétonner. Comme les promoteurs doivent avoir obtenu, au moins en principe, les droits hydrauliques sur les cours d'eau convoités pour se qualifier dans l'appel d'offres, le comédien en comprend que Québec a fait fi de la recommandation du BAPE d'épargner une rivière de la Côte-Nord pour chacune de celles qui ont déjà été bétonnées.

Enfin, le comédien, qui entend mobiliser encore plus ses collègues que par le passé en raison du nombre décroissant de cours d'eau vierges, qualifie «d'inacceptable» le fait que Québec et Hydro-Québec n'aient pas inscrit la protection de l'environnement dans les critères de choix des projets.

Certes, dit-il, les projets de plus de 5 MW devront passer par une audience publique. Mais rien ne dit que les projets présentés sont les meilleurs pour l'environnement: le fait que le BAPE les juge acceptables ne nous dit pas si les projets écartés auraient été meilleurs, par exemple, sous l'angle des débits réservés ou des impacts fauniques.

Le fait, par exemple, que certaines firmes envisagent des projets dans des rivières à saumon, comme la Jacques-Cartier ou la Saint-Jean, indique à son avis que Québec a déjà consenti à l'artificialisation croissante de ces cours d'eau, un révélateur impitoyable, dit-il, de la philosophie environnementale du gouvernement Charest.

Un biologiste de haut niveau au ministère des Ressources naturelles et de la Faune indiquait par ailleurs au Devoir hier sous le sceau de l'anonymat que les services fauniques ayant déjà été intégrés dans ce ministère à vocation économique, «ils sont bâillonnés alors que de l'extérieur, comme par le passé, ça ne se serait pas passé comme cela».

On peut aussi constater la souplesse des critères quand on constate que les citoyens de Montauban, en Mauricie, ont réclamé par vote un référendum sur le projet local. Deux fois plus de citoyens ont signé le registre que le nombre exigé pour déclencher cet exercice, ce qui donne une idée de la force des opposants. Or, les projets présentés doivent avoir fait la preuve qu'ils sont l'objet d'un véritable consensus social.
7 commentaires
  • Sanzalure - Inscrit 18 mars 2010 06 h 24

    J'enrage

    L'appât du gain des promoteurs et de ceux qui les soutiennent ne semble pas avoir de limite. Il faut leur régler leur compte une fois pour toutes. On n'en veut pas de béton dans nos rivières. De l'électricité on en a plus qu'on en a besoin pour le reste de l'éternité. Mais une fois qu'une rivière est détruite, elle est détruite pour toujours.

    Si ça prend une guerre civile, je suis prêt n'importe quand !!!

  • Amie du Richelieu - Inscrit 18 mars 2010 07 h 14

    L'industrie du béton du gouvernement Charest

    Est-ce que nos scientifiques du MRNF qui travaillent pour le Québec seraient contrôlés comme ceux du Fédéral, par hasard? Si oui, il ne faut pas se surprendre que les artistes et les citoyens ordinaires prennent la relève! L'eau, c'est un patrimoine collectif. Les rivières ne sont pas là pour en enrichir quelques-uns. Laissez les urbains revendre de l'électricité solaire de nos toits à Hydro-Québec plutôt!

    Johanne Dion
    Amie du Richelieu
    http://lesamisdurichelieu.blogspot.com/

  • Guy Fafard - Inscrit 18 mars 2010 07 h 28

    Félicitations monsieur Francoeur

    Je veux vous féliciter monsieur Francoeur pour l'utilisations du teme écologistes, car le terme écologiste ne tient compte que de la sensibilité envers la faune, la biodiversité et l'écologie en général.

    L'environnementalisme comprenant tout ce qui est sité au paragraphe précédent avec en plus l'humain et les besoins de celui-ci dans ce qui l'environne, incluat l'économie et le bien être de l'humain.

  • Francois GAGNON - Inscrit 18 mars 2010 16 h 26

    Petite réflexion

    - Ces petites centrales fournissent le surplus requis pour les ventes aux US (notre consommation est déjà tenu en compte avec les équipements existants),
    - HQ paie les exploitants de ces centrales à raison de 7.5 c/Kwhr,
    - HQ vient de signer un contrat aux US à raison de 4.5 c/Kwhr,
    - HQ perd donc 3.0 c/Kwhr et ceci ne tient pas compte des pertes de transport de l'énergie qu'HQ doit encaisser.

    Quel est donc l'intérêt d'HQ et/ou du gouvernement du Québec par cette opération déficitaire et contraire à toute logique économique et d'affaire ?

    Serait-ce de faire en sorte de rendre à peine "rentable" ces projets de petites centrales afin qu'ils soient mis en oeuvre lorsqu'à 4.5 c/Kwhr ou moins ils n'auraient pu l'être ?

    Du coup, n'est-ce pas une façon pour le gouvernement en place de retourner l'ascenseur aux firmes comme BPR et des contracteurs et ce, à même le patrimoine et l'argent durement gagné de tous les Québécois ?

    Si c'est le cas, cette enquête sur la construction et du coup le gouvenement provincial et les municipalités est plus que nécessaire pour les blanchir ou...

    Voilà, c'est ça les deux mains sur volant ou plutôt dans nos poches !

  • Pierre Véronneau - Inscrite 19 mars 2010 09 h 33

    Gouvernement corrompu à l'os!!

    Ce gouvernement Comateux exsangue et corrompu est là manifestement pour enrichir ses tinamis Point. Il mérite la porte et vite or, le PQ lui, renifle le pouvoir et donc totalement aveuglé par celui ci alors, aucun espoir de compter sur eux pour défendre l'environnement. Québec solidaire et les Verts manquent malheureusement de visibilité médiatique. Alors Goldorak où est tu quand on a besoin de toi ?

    En passant ou est donc l'organisation One drop qui est si attaché à l'eau ?
    Greenpeace ? Équiterre ??


    Heureusement il y a FONDATION RIVIÈRES