Restaurer là ce qui est détruit ici

Le domaine de la protection de la biodiversité fait appel à des «mécanismes compensatoires», de façon à intégrer les sévices imposés aux écosystèmes dans le coût des projets.
Photo: Frédéric de la Mure Le domaine de la protection de la biodiversité fait appel à des «mécanismes compensatoires», de façon à intégrer les sévices imposés aux écosystèmes dans le coût des projets.

Il existe présentement 39 programmes à travers le monde qui utilisent les forces du marché pour préserver, bien qu'à des degrés divers, la biodiversité en déclin de la planète.


Selon une étude divulguée hier par l'ONG américaine Ecosystem Marketplace, 25 autres programmes sont en préparation ailleurs sur la planète.

Si le recours aux marchés emprunte à la logique développée par le protocole de Kyoto pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, on procède plutôt dans le domaine de la protection de la biodiversité par des «mécanismes compensatoires», de façon à intégrer les sévices imposés aux écosystèmes dans le coût des projets.

Dans ce système, les promoteurs de grands travaux achètent auprès de «banquiers de biodiversité» des sites possédant des attributs biologiques équivalents afin de les protéger ou, mieux, de les restaurer en guise de compensation pour la partie des dommages inévitables de leurs projets.

Le problème, précise le rapport, c'est que 80 % de ces mécanismes compensatoires sont, pour l'instant, fort peu transparents de sorte que leur valeur réelle demeure discutable, sauf si le mécanisme de compensation est balisé par une loi.

Néanmoins, le «marché» de la compensation biologique atteint présentement entre 1,8 et 2,1 milliards. Il a permis de sauver ou de restaurer 86 000 hectares de milieux naturels par année, principalement des milieux humides, soit l'équivalent de l'île de Manhattan.

Les écologistes, qui ont pris l'habitude ailleurs d'exiger en audiences publiques des compensations précises de la part des régulateurs, n'acceptent pas que la compensation se limite à protéger un milieu naturel en échange de la destruction d'un autre, ce qui entérine la perte de 50 % du patrimoine naturel. Ils exigent plutôt que l'on restaure un milieu naturel détruit ou artificialisé pour éviter toute perte nette de biodiversité.

Selon Ecosystem Marketplace, il existe présentement aux États-Unis 615 «banques» de biodiversité, qui déterminent quels sont les écosystèmes fragiles ou susceptibles d'être restaurés en guise de compensation et qui aussi peuvent monétiser la perte d'un écosystème pour déterminer le montant de la compensation.

Au Canada, le groupe a dénombré six programmes principalement axés sur la protection du poisson et des milieux humides. Ils sauvent en moyenne 180 hectares par année, pour un total de 7 à 150 millions d'investissements par année.

On découvre dans ce rapport qu'il existe deux banques d'habitat au Québec, soit la Banque d'habitat de la rivière Graisse, un affluent de la Rigaud, et la Banque d'habitat de la rivière Ouareau. Par contre, le Québec n'exige pas dans son règlement sur l'évaluation des impacts environnementaux une monétisation des dommages causés aux écosystèmes aux fins de les compenser rigoureusement.
1 commentaire
  • P. Boutet - Inscrit 10 mars 2010 11 h 12

    Question délicate!

    Oui compenser par de la protection et de la conservation mais il ne faudrait pas que ce soit un argument pour éviter de faire des études sur ce qui peut être sacrifié sur l'autel du profit.

    Que des promoteurs "achètent auprès de «banquiers de biodiversité» des sites possédant des attributs biologiques équivalents afin de les protéger" est selon moi dangereux. Il vaudrait mieux que ces promoteurs financent des organismes pour protéger ou restaurer ces milieux naturels. Sinon, qu'est-ce qui nous garanti que ces promoteurs ne se font pas une banque de territoires éventuellement exploitables quand bon leur semblera?

    Ou bien peut-être que les organismes pourraient signer des baux emphytéotiques de 50 ou 99 ans sur les territoires protégés ou restaurés acquis par les promoteurs afin de laisser une autre génération décider quoi faire avec ces territoires. Si l'entreprise du promoteur ne survit pas au bail les territoires reviennent à l'organisme de protection.

    Dans le contexte du principe que nous empruntons la terre à nos enfants, il va de soit de leur laisser décider quoi faire avec.