Mort du biologiste québécois André Bouchard

André Bouchard a développé le concept de gestion écosystémique, qui a constitué la recommandation centrale de la commission Coulombe.
Photo: jardin botanique de montréal André Bouchard a développé le concept de gestion écosystémique, qui a constitué la recommandation centrale de la commission Coulombe.

Le Québec a perdu jeudi après-midi un poids lourd de l'écologie scientifique et un pilier du débat environnemental. Le biologiste André Bouchard, ancien conservateur scientifique du Jardin botanique de Montréal et ex-membre de la commission Coulombe, est mort d'une attaque de coeur fulgurante dans la gare Centrale de Montréal au retour d'un voyage en train.

André Bouchard a marqué de son empreinte plusieurs des grands dossiers environnementaux du Québec. C'est lui qui a développé le concept de gestion écosystémique, qui a constitué la recommandation centrale de la commission Coulombe sur l'avenir de la forêt québécoise, dont il était un des six commissaires. Le concept se retrouve maintenant au coeur du projet de loi sur la forêt présentement devant l'Assemblée nationale.

En plus de ses fonctions de conservateur scientifique du Jardin botanique, cet éminent biologiste a fait carrière comme professeur et chercheur au Département des sciences biologiques de l'Université de Montréal, où il a dirigé plus de 45 thèses de maîtrise et de doctorat.

Il s'apprêtait dans quelques mois à prendre sa retraite. Il est connu à l'échelle internationale comme une sorte de «frère Marie-Victorin de Terre-Neuve», dont il a recensé la flore dans des études qui ont fait école. Il a aussi été un des promoteurs de la création du parc national de Gros-Morne à Terre-Neuve.

André Bouchard vouait une grande admiration au frère Marie-Victorin, dont il a recensé les écrits durant ses séjours à Cuba. Il arrivait d'ailleurs d'une tournée à Cuba sur les traces du célèbre botaniste. Il préparait aussi un livre sur les milieux humides après avoir été un des piliers de la bataille pour sauver les tourbières du Grand et du Small Tea Field dans la région du lac Saint-François.

Selon le directeur du Jardin botanique de Montréal, Gilles Vincent, «André Bouchard, à titre de conservateur scientifique de 1975 à 1996, a monté les équipes de chercheurs et a établi la crédibilité scientifique de notre institution. Sans lui et sans cette crédibilité, qui dépassait les frontières du Canada, Pierre Bourque n'aurait pas pu vendre le Jardin comme il l'a fait».

Né à Montréal en 1946, André Bouchard était un spécialiste de l'écologie des communautés végétales et du paysage, de l'aménagement du territoire et de l'évolution des écosystèmes forestiers. Il a obtenu en 1990 le prix Michel-Jurdant en sciences de l'environnement accordé par l'ACFAS. En 2005, l'Association des biologistes du Québec lui décernait le prix Georges-Préfontaine. En 2006, la Ville de Montréal le nommait pour deux ans au Conseil du patrimoine de Montréal. Il a aussi été vice-président du conseil d'administration de l'hôpital Sainte-Justine de 1995 à 2004.

On lui doit aussi plusieurs livres, dont un Journal de voyage en Chine: une famille québécoise au Pays du Milieu, une esquisse de l'histoire du Jardin botanique et son plus récent livre, Marie-Victorin à Cuba: correspondance avec le frère Léon (PUM, 2007).