Premières nations - Protéger la Terre-Mère!

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Les habitants millénaires du Grand Nord ressentent depuis plusieurs années les contrecoups du réchauffement climatique.
Photo: Agence Reuters Andy Clark Les habitants millénaires du Grand Nord ressentent depuis plusieurs années les contrecoups du réchauffement climatique.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Un but: s'assurer que les peuples autochtones jouent un rôle dans la gestion durable des ressources naturelles, développent leur propre stratégie, conscientisent les différentes communautés à l'importance de préserver leur environnement, les forment aux petits gestes verts du quotidien. Une prise de conscience? En fait, un retour aux sources, le mode de vie des Premières Nations portant la marque d'une longue tradition de durabilité, consistant à partager et à protéger la Terre-Mère et ses écosystèmes pour qu'ils puissent soutenir les générations futures. Bienvenue à l'Institut.

Nous sommes le mercredi 3 février, et c'est le dernier événement en date organisé par l'Institut du développement durable des Premières Nations du Québec et du Labrador, en collaboration avec Environnement Canada: un atelier d'information sur les contaminants environnementaux, l'un des grands chevaux de bataille de cet institut soutenu par tous les chefs du Québec et du Labrador.

Car si les communautés autochtones sont encouragées à recouvrer leur diète ancestrale, cela ne va pas sans poser quelques soucis, en raison notamment de la pollution des sols et des cours d'eau, par le mercure tout particulièrement. «Le changement des habitudes alimentaires et le déclin de l'alimentation traditionnelle marquent une perte de la culture et de l'identité par leur impact négatif non seulement sur la santé physique des membres des Premières Nations, mais également sur leur santé mentale, émotionnelle, sociale et spirituelle, estime Suzy Basile, ex-directrice de l'Institut, aujourd'hui chargée de projets dossiers autochtones à l'UQAT. Bien que la contamination des aliments traditionnels semble inévitable, nous croyons qu'il est possible, en étant bien informés, de pallier cette situation et de retrouver une façon de nous nourrir qui encourage le partage dans la communauté et qui enseigne aux enfants les compétences pour survivre.»

Et Élizabeth Ashini, infirmière depuis près de quarante ans, de raconter comment, étant née en pleine forêt en période de famine, sa mère en anémie, n'ayant pas assez de lait pour l'allaiter, a finalement survécu grâce à sa grand-mère, qui a eu l'idée de fabriquer une espèce de suce avec un linge, qu'elle trempait dans du bouillon de poisson.

Sur la première ligne

Les nations autochtones sont les premières touchées par les dérèglements climatiques. Il n'a donc pas été très compliqué de les convaincre du bienfondé d'une stratégie de développement durable, susceptible de préserver la qualité de la Terre-Mère et la durabilité de ses ressources, afin de répondre aux besoins des sept générations futures.

En mars 2008, l'Institut publiait un Guide des 3RV, Réduire, Recycler, Réemployer et Valoriser les déchets. Dans son avant-propos, le constat dressé est apocalyptique: «Nous vivons déjà les changements climatiques. Les habitants millénaires du Grand Nord en ressentent depuis plusieurs années les contrecoups: la glace tarde à se former l'hiver et elle disparaît trop tôt au printemps; certaines espèces animales adoptent de nouveaux comportements alors que d'autres font carrément leur apparition. Des climatiseurs furent même installés à Kuujjuak en 2006! Récemment, ces types de changements sont devenus familiers aux membres des Premières Nations. Sans compter les événements météorologiques extrêmes qui surgissent plus fréquemment, plus intensément et plus violemment: pluies torrentielles, orages tropicaux, vagues de chaleur, tornades, érosion des berges...»

Un avant-propos précède en forme d'appel à agir fermement et rapidement: «La meilleure façon d'atténuer la crise climatique, c'est de changer nos habitudes de vie, nos façons d'être et d'agir. D'avoir en tête que pratiquement tout ce que l'on fait, tout ce que l'on consomme, pollue d'une façon ou d'une autre... Pourquoi autant de détritus jalonnent les routes de nos communautés et souillent la beauté de nos forêts, de nos rivages et de nos cours d'eau? Des efforts individuels et collectifs sont impératifs et nécessaires afin de renouer nos liens sacrés avec la Terre-Mère.»

«Gardiens»

Les peuples autochtones se sentent une légitimité toute particulière à parler de développement durable. Parce qu'ils se posent comme les «gardiens», les «ambassadeurs» du territoire qu'ils occupent depuis des millénaires. Et depuis treize ans que l'Institut existe, une multitude de projets a vu le jour un peu partout au Québec et au Labrador: création d'outils de sensibilisation à la gestion des matières dangereuses dans la communauté de Waskaganish, amélioration des connaissances écologiques traditionnelles concernant le bassin fluvial de la rivière Ottawa, sensibilisation des élèves de Wemotaci aux sources de moisissures et de polluants pouvant affecter les domiciles, participation à l'organisation de la conférence nord-américaine sur le caribou, mise en place d'une méthode autochtone d'évaluation environnementale, colloques annuels autochtones sur l'environnement, les métiers liés aux milieux naturels, les enjeux du développement durable pour les Premières Nations, la planification de la gestion forestière, etc.

Et pour joindre les actes à la parole, lors de ces différents forums, colloques et ateliers, une démarche «zéro déchet» est souvent mise en place.

Mais cet Institut de développement durable des Premières Nations se comporte également comme un groupe de pression, prenant des positions claires sur des sujets touchant les communautés et leur environnement. En 2005, il prenait part au débat de société sur l'orientation énergétique afin de soutenir le développement d'énergies propres et veiller à ce que tout projet établi sur les territoires ancestraux reçoive d'abord l'approbation des populations concernées.

Bref, dans ce domaine du développement durable, les Premières Nations ont un point de vue qui leur est propre et elles comptent bien faire entendre leur voix.

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Collaboratrice du Devoir