Au coeur de la mouvance universitaire - Le développement durable doit intégrer la formation dispensée

Thierry Haroun Collaboration spéciale

Il y a quelques années, l'Université Laval et l'Université de Sherbrooke ont pris le virage du développement durable; une décision heureuse à plusieurs titres. Observations.

Le défi que s'est donné l'Université de Sherbrooke, raconte son vice-recteur au développement durable, Alain Webster, dans le cadre de sa politique de développement durable, adoptée en 2005, a été de favoriser l'intégration de cette notion au sein de ses opérations quotidiennes. «La question qu'on s'est posée est la suivante: "Comment réduire l'empreinte environnementale de notre institution qui compte 6000 employés et quelque 30 000 étudiants?»

Les principes de développement durable doivent également prendre place dans la dynamique de l'enseignement, ajoute-t-il. «La formation des étudiants est notre raison d'être. Le développement durable doit donc intégrer la formation que nous dispensons. D'ailleurs, au cours des prochaines années, on va se donner pour objectif d'intégrer cette notion dans tous nos programmes de premier cycle. Vous savez, on ne peut pas former aujourd'hui un ingénieur, par exemple, ou un spécialiste, sans qu'il y ait dans sa formation des notions associées aux questions d'efficacité énergétique, et ainsi de suite.»

Plan d'action

Concrètement, le plan d'action 2008-2011 en développement durable de cet établissement universitaire porte notamment sur la protection de la biodiversité en réduisant l'utilisation de produits dangereux, l'amélioration de la gestion des matières résiduelles, l'amélioration de la qualité de vie, la sensibilisation, le développement de nouveaux comportements de consommation, la gestion de l'eau et les transports.

Justement, le mode de transport est un sujet qui a animé l'entrevue avec M. Webster. «Il y a cinq ans, on manquait d'espaces de stationnement, les gens stationnaient un peu partout. Il nous fallait trouver des solutions. Or en 2004, nous avons mis sur pied un projet de libre accès au transport en commun à nos étudiants, et ce, à l'ensemble du réseau desservi par la Société de transport de Sherbrooke.»

Résultats cinq ans plus tard? «Nous avons connu une croissance de l'effectif étudiant allant de 2 à 3 % par année. Au printemps dernier, nous avons fermé 200 places de stationnement au campus, ce qui nous a permis de dégager tout un espace que nous avons transformé en un lieu convivial avec un jardin, des arbres et de l'eau. Bref, un espace vert où les gens se rencontrent et discutent de l'avenir, du monde et de l'humanité.» Et qui dit mobilité, dit aussi vélo. «Nous avons déjà mis sur pied, à titre exploratoire, un service de libre accès à des vélos et nous comptons le relancer dans les prochains mois. On souhaite d'ailleurs relier le campus principal au réseau municipal de pistes cyclables, ce qui permettrait à nos étudiants de découvrir notre belle région de façon différente.»

Les priorités en matière de développement durable à l'Université de Sherbrooke concernent évidemment la gestion des matières résiduelles, mais également la gestion de l'eau. «En huit ans, nos efforts ont résulté en une réduction de 50 % de la consommation d'eau au campus principal», fait-il remarquer.

Université Laval

À l'Université Laval, dont les résidences étudiantes ont reçu la certification Brundtland, l'application des principes de développement durable dans toutes ses sphères d'activité et sa gouvernance n'est pas prise à la légère non plus. Pour s'en convaincre

il s'agit, à titre d'exemple, de consulter son plan d'action en développement durable 2009-2012 qui est assorti de 84 actions concrètes en lien avec les enjeux sociaux, économiques et environnementaux.

«Dans une communauté universitaire comme la nôtre, qui comprend approximativement 55 000 personnes, il faut que le volet du développement durable soit bien structuré. Et au cours des ans, nous avons procédé par étape», raconte Éric Bauce, responsable du développement durable et vice-recteur exécutif au développement, à l'administration et aux finances.

Il indique, dans un premier temps, que l'Université Laval s'est dotée en 2007 d'un fonds assorti d'une enveloppe de deux millions de dollars sur cinq ans afin de soutenir des projets issus de la communauté universitaire en matière de développement durable. De plus, toujours en 2007 ajoute-t-il, «nous avons mis sur pied une table de concertation sur le développement durable, laquelle a élaboré une politique pour l'assurer».

Une mission

Dans ce contexte, rappelle M. Bauce, «nous avons aussi mandaté un organisme externe pour faire un bilan de l'émission et de la captation des gaz à effet de serre de notre campus». Et alors? «Eh bien, la moyenne annuelle par personne est à peu près d'une tonne. Cette approche qui consiste à connaître notre bilan sur le plan des gaz à effet de serre nous permet d'agir afin de diminuer nos émissions; et donc de contribuer au bien de la planète. C'est une façon de responsabiliser l'individu.»

«Le développement durable, poursuit-il, touche de manière profonde notre mission, nos formations et nos modes opératoires. À ce titre, toute décision prise par la direction de notre université passe par le filtre des trois éléments qui composent la notion de développement durable. Nous formons les décideurs de demain, voilà pourquoi tout cela est important.» Il note, en outre, que l'été prochain, l'Université Laval souhaite lancer une école d'été en développement durable qui sera destinée aux enseignants en exercice et aux étudiants qui suivent une formation en enseignement.

Si la politique en développement durable de l'Université Laval, dont le campus a été certifié «durable» par le Sierra Club, est relativement récente, précise M. Bauce, le respect de l'environnement ne date pas d'hier. «Déjà, en 1994, l'Université Laval s'était dotée d'une politique environnementale. Cette année-là, par ailleurs, nous étions la première université à s'être dotée d'un programme de récupération. Nous récupérions 750 tonnes de matières annuellement. Le développement durable n'est pas juste une notion, ça concerne l'avenir de la planète et notre humanité.»