Habitation - Des villes plus denses... et plus vertes

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
La Société de développement Angus a fait de la durabilité son principe premier.
Photo: Étienne Lavallée La Société de développement Angus a fait de la durabilité son principe premier.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Choisir une maison, un condo, un appartement, c'est aussi choisir une ville, un quartier, un mode de vie. En 2010, alors que l'environnement est au coeur des préoccupations mondiales et que la densité de la population du Québec est relativement faible, envisager l'achat ou la location d'une habitation s'inscrivant dans une perspective de développement durable s'avère un choix éthiquement et écologiquement responsable.

«Lorsqu'on parle de développement durable, on ne touche pas seulement l'écologique, on touche aussi le socioculturel et le socioéconomique. On s'intéresse à ce que le projet va donner au quartier, au contexte immédiat, régional et global. On se demande comment obtenir le maximum avec le minimum. Ça, c'est le développement durable», explique Daniel Pearl, professeur à l'École d'architecture de l'Université de Montréal et cofondateur de l'Office de l'éclectisme urbain et fonctionnel (l'oeUF), où il travaille notamment dans les domaines de l'architecture environnementale et du logement urbain.

Si le développement durable est un concept très englobant, au Canada, le terme est souvent galvaudé et utilisé dans une perspective verte, écartant ses variables sociales et économiques, pourtant indissociables. Les contraintes climatiques et l'étendue du territoire, qui imposent des consommations d'énergie importantes ainsi que des déplacements sur de longues distances, semblent être à la base de cette conception restrictive.

«L'architecture verte est une partie de l'architecture durable. Mais on ne peut pas réduire le développement durable aux intentions écoénergétiques et à des réponses exclusivement concentrées sur l'environnement naturel. C'est une partie de l'équation, ce n'est pas le tout», souligne Gonzalo Lizarralde, professeur à l'École d'architecture de l'Université de Montréal et directeur du Groupe de recherche IF (GRIF).

Accéder à la propriété durable

Pour qu'elle s'inscrive dans une perspective de développement durable, la démarche d'achat, de location ou de rénovation d'une unité d'habitation doit tenir compte de plusieurs facteurs. Elle doit répondre de façon positive aux critères de responsabilités environnementale, sociale et économique. «Pour vraiment avoir une habitation durable, il faut que celle-ci s'inscrive dans une collectivité durable. Il faut avoir un style de vie durable, pas seulement des briques durables», relève Daniel Pearl.

L'idée paraît simple, mais pour y parvenir, il n'y a point de solution magique. Tout est question de contexte et si les avenues à emprunter sont variables, la piste «densité» en est assurément une à suivre.

«Pour favoriser le développement durable il vaut mieux opter pour des solutions d'habitation qui considèrent une densité moyenne ou parfois élevée ainsi qu'une mixité d'usages: résidence, travail, commerce. Pourquoi? Parce que les densités plus élevées optimisent les déplacements, qui à leur tour minimisent le transport et donc la pollution. Les densités plus élevées influencent les habitudes de vie des habitants, qui ont, par la suite, tendance à utiliser plus les espaces publics et le transport en commun. Ces densités favorisent et créent plus facilement des lieux de rencontre. Si ces densités incluent aussi une mixité d'usage et des groupes sociaux, la conséquence est une réduction de la ségrégation et des ghettos urbains, bref, des villes plus saines et plus conviviales», soutient M. Lizarralde.

L'architecte et urbaniste Clément Demers abonde dans le même sens: «Il faut chercher une habitation dans un milieu où il y a une certaine densité et une certaine mixité, parce qu'on utilisera mieux les infrastructures. Il faut donc se questionner sur le choix du bâtiment, mais d'abord sur sa localisation près des services et des dessertes de transport, dans un quartier où l'on trouve une mixité.»

Il peut s'agir d'une habitation neuve, comme d'un bâtiment existant. «Acheter une vieille maison qui a besoin d'aide, c'est une bonne idée! Au niveau de l'empreinte écologique, c'est excellent», affirme M. Pearl.

Il s'agit d'entrevoir les rénovations avec les mêmes préoccupations environnementales, sociales et économiques, et s'assurer que celles-ci n'hypothéqueront pas le capital des générations futures. Il faut aussi pousser la réflexion et tenter d'améliorer ses comportements: faire les courses à pied, utiliser les transports en commun, encourager les initiatives locales, verdir son environnement, etc.

À quel prix?

En général, le coût initial d'une unité d'habitation durable est d'au moins 5 % supérieur à celui d'une habitation courante. Toutefois, lorsqu'on tient compte de son cycle de vie, le bâtiment durable est beaucoup plus rentable que l'unité régulière.

«Plusieurs facteurs expliquent le coût initial plus élevé. Il est plus dispendieux de construire à proximité des services que de construire en périphérie, parce que les terrains sont plus chers. Les matériaux aussi sont plus chers, parce qu'ils sont de meilleure qualité et plus durables. Et il y a les méthodes de travail qui sont plus rigoureuses, autant sur le chantier que dans la gestion de projet, et qui peuvent faire augmenter les coûts», explique M. Lizarralde

À long terme, les coûts d'exploitation d'un bâtiment sont beaucoup plus élevés que ceux de l'investissement initial, dans une proportion pouvant atteindre de 50 à 70 % selon Daniel Pearl. Ainsi, investir à court terme s'avère nécessaire pour minimiser les frais à long terme.

Et les certifications

Dans le domaine de l'architecture verte et durable, des certifications comme Novoclimat et LEED ont été développées afin de garantir le respect de certaines normes à différentes échelles. Si elles sont un bon indicateur pour le commun des mortels, aux yeux des architectes interrogés sur le sujet, elles ne doivent pas être considérées comme un gage absolu du respect de tous les critères en jeux.

«Une certification aide les gens qui n'ont pas toutes les connaissances des professionnels pour orienter leurs choix. Mais avec ce type de raccourci vient toutes sortes de compromis», remarque M. Pearl.

Plus vert et densifié

Pour les spécialistes de l'architecture durable, il ne fait aucun doute que les modes d'habitation du XXIe siècle doivent s'inscrire dans une perspective de longévité et de respect des ressources environnementales, sociales et économiques. «Il faut que nos villes soient plus denses, mais plus vertes simultanément. Qu'est-ce que ça veut dire? Des toits verts, des murs verts, des vraies forêts urbaines, des corridors pour la faune et la flore. Il faut trouver une façon de vivre dans un écosystème équilibré», avance Daniel Pearl.

Si au Québec, il y a encore loin de la coupe aux lèvres, plusieurs initiatives en branle laissent présager des jours meilleurs en matière de développement durable. Des esprits créatifs et des projets novateurs, même s'ils sont de petite envergure, sont un premier pas vers le changement. «Ce qu'on doit réussir à faire, conclut Clément Demers, c'est à penser autrement et à innover. Il est là, l'avenir!»

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Collaboratrice du Devoir