De l'eau titrée «cinq étoiles»

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Martin Lessard, directeur général, et Serge Cyr, directeur du Service de l’environnement de Victoriaville
Photo: Le Devoir Martin Lessard, directeur général, et Serge Cyr, directeur du Service de l’environnement de Victoriaville

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

L'American Water Works Association a décerné à Victoriaville un certificat de reconnaissance pour le traitement de ses eaux; seulement deux autres municipalités à travers le monde ont reçu un tel honneur.

L'American Water Works Association (AWWA) est un organisme américain à caractère scientifique et éducationnel; à but non lucratif, il a vu le jour en 1881 et son champ d'action s'étend à la planète entière. L'organisme est voué à l'amélioration de la qualité de l'eau potable et à sa circulation. Il a décerné à Victoriaville un certificat de reconnaissance pour le traitement de ses eaux; seulement deux municipalités à travers le monde ont reçu un tel honneur.

L'AWWA possède deux programmes qui mesurent et soulignent les efforts consentis en matière de la qualité de l'eau: l'un couvre le Canada et les États-Unis, l'autre s'étend à tous les autres pays du monde. Serge Cyr, directeur du Service de l'environnement de Victoriaville, cerne le fonctionnement d'une telle initiative: «Il existe cinq distinctions qui vont d'une à cinq étoiles dépendamment de la performance d'une ville en production d'eau potable.»

Il y a des critères qui servent à juger les mérites de chacune: «Le premier, c'est de rencontrer toutes les normes canadiennes et québécoises; si tel n'est pas le cas, il est impossible de déposer une candidature. Deuxièmement, on exige, ce qui est très important, que se retrouve une turbidité (limpidité de l'eau) sur chaque filtre en dessous de 0.1 MTU (Maximum Transmission Unit); cette exigence porte non seulement sur l'ensemble de l'usine de filtration mais sur chacun des filtres qui doivent être mesurés en continu à l'aide d'un appareil appelé turbidimètre. On demande également de prouver, avec le support d'un programme fourni par l'Association elle-même, que le système de désinfection de l'eau réponde en tout temps à tous les critères relevant d'une performance de catégorie cinq étoiles.»

Victoriaville s'en est plus que bien tirée en présentant son plan: «Celui-ci rencontrait les normes de la reconnaissance de cinq étoiles pour laquelle on a appliqué et qu'on a été honoré. Deux usines au monde ont reçu en 2009 cette distinction qui était basée sur des données fournies en 2008.»

Parcours et techniques

Victoriaville se préoccupe de son eau potable depuis au moins 25 ans, soit à l'époque où M. Cyr a été embauché pour prendre en main ce dossier de l'eau potable: «J'étais responsable de l'usine de traitement. Durant tout ce temps, on s'est efforcé d'identifier les standards mondiaux les plus hauts et de les appliquer compte tenu des paramètres exigés.» En 2000, le Canada s'est associé avec l'AWWA pour former le Groupe Excellence et la Ville a joint les rangs de ce partenariat: «Avant cela, on répondait à des normes mondiales très élevées mais, à partir de là, on a réussi à atteindre la phase trois de ce groupe sélect en compagnie de quelques autres municipalités; personne au pays n'a encore accédé à la phase quatre.»

M. Cyr se penche sur le trait distinctif des opérations de l'usine de la ville: «Dans le cas du premier traitement, il s'agit d'une préozonation. Après quoi, nous avons l'interozonation qui est suivie d'une filtration sur charbon actif biologique. De la sorte, on obtient des valeurs supérieures et on arrive à produire une qualité d'eau plus élevée qu'ailleurs en utilisant la fine pointe de la technologie.»

À moins d'un sou noir par jour...

Les citoyens, en fin de compte, ont-ils à défrayer une note salée pour tant de limpidité? Serge Cyr effectue le calcul: «Les gens nous demandent souvent: est-ce que cela en vaut le coup d'atteindre une telle qualité? La ville compte environ 43 000 habitants et on a évalué le coût supplémentaire pour faire de l'eau de haute qualité à environ deux dollars par personne par année. On doit débourser grosso modo deux millions de dollars par année pour faire de l'eau ordinaire répondant aux normes québécoises; pour arriver à l'excellence, on ajoute entre 80 et 100 mille dollars de plus annuellement, ce qui représente le prix d'environ une bouteille d'eau par habitant, ce qui est très minime. Le rapport qualité/prix s'avère réellement intéressant.»

Et cette excellente eau, en quoi se distingue-t-elle? «Il faut comprendre qu'on travaille surtout sur la turbidité. Plus l'eau est claire, plus le procédé fonctionne bien et plus on arrive à filtrer toutes sortes de choses dans l'eau qui sont à une dimension quasi microscopique; on élimine des petits protozoaires qui rendent le monde malade et ça donne une eau qui est beaucoup plus sécuritaire quand elle est traitée de cette façon.»

L'aspect tuyauterie

Victoriaville entend s'attaquer à un autre aspect du traitement de son eau, soutient M. Cyr: «L'usine a pas mal atteint son maximum en traitement et voilà que l'AWWA est en train de mettre sur pied un programme d'excellence pour la gestion des réseaux, ce qui m'apparaît très important: on a beau produire de l'eau de super qualité, si ses réseaux sont percés comme ceux de la Ville de Montréal, un, tu gaspilles celle-ci et deux, tu as toujours des risques d'avoir des contaminations.»

La municipalité prendra part à ce programme: «Celui-ci sera en opération à compter de 2001 et on sera de la partie pour le volet de l'excellence des réseaux en eau potable. Le nôtre est assez performant mais on va mesurer les fuites entre chaque borne-fontaine grâce à un équipement spécial placé à cet endroit; on va scruter de la sorte tout le réseau qui circule entre les 1300 bornes-fontaines pour s'assurer chaque année qu'il n'y a pas de fuite de ce côté.»

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Collaborateur du Devoir