La mort d'une culture...

Normand Thériault Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Pour comprendre comment George W. Bush était l'homme d'un autre temps, il suffit de se rappeler la recommandation qu'il fit à ses concitoyens au lendemain de l'événement d'un certain jour de septembre. À l'Amérique traumatisée, il suggéra alors de «consommer» et «consommer». Tout et rien à la fois, pourvu que cela fasse tourner la machine économique. Comme si les ressources étaient illimitées et, pour que tout aille mieux, qu'il suffisait de transformer pour vendre, avec profit en prime.

C'était le 20e siècle. Au temps du grand boom économique de l'après-guerre. Toute l'industrie était programmée pour assurer une consommation maximale. Tout était alors affaire de marketing, et ce qui était neuf valait beaucoup mieux que ce qui était vieux.

En ces jours, dans l'industrie automobile, on vendait non pas des voitures mais des «modèles». Et la Ford Fairlaine de 1959 était nettement mieux que la version de l'année précédente: avez-vous remarqué le nouveau tableau de bord? Les ailes profilées?

Et qui avait les «moyens» se faisait fort de proclamer qu'il «changeait» à tous les trois ans, pas une année de plus. Pourquoi? Car, d'un modèle à l'autre, il n'y avait normalement pas d'amélioration technique notable et l'innovation ne résidait finalement que dans la seule apparence de la chose roulante.

En retour toutefois, par un tel système, GM, Ford et Chrysler engrangeaient les profits et alors: «Comment va General Motors, ainsi va l'Amérique.» On sait aujourd'hui où tout cela, cette époque du grand rêve américain aux vaste espaces et à la capacité énorme de production, les a conduit...

Consommation

Cette façon de vivre aujourd'hui demeure. Qu'on regarde ainsi dans notre propre cour, en fait dans nos centres commerciaux, pour voir jeunes et moins jeunes s'y précipiter à la première occasion, quand la carte de crédit le permet encore, pour renouveler une garde-robe avec des éléments de «prêt-à-jeter», de ces tricots, vestes ou jupes qui à l'usage ne résistent pas à plus de deux ou trois lavages. «Mais ils coûtent si peu», dira l'acheteur éventuel, et ils ont l'avantage d'impressionner au premier regard.

Et cette façon de consommer rejoint toutes les sphères. On emballe, on fait un produit distinctif et, en volume, tout ce qui a été acheté a un contenant plus spectaculaire que l'objet utile: pour un téléviseur à écran plat, combien de carton, de polystyrène et autres plastiques sont nécessaires pour transmettre de l'usine au client le produit? Et si on ajoute à la transformation des matières premières l'énergie et les ressources pour transporter d'un continent à l'autre ces divers objets qui ont fait de la Chine et ses voisines de superpuissances économiques, on voit le bilan s'alourdir.


Saine vertu

Pour ces raisons peut-être, mais aussi que les profits vont maintenant ailleurs, on découvre enfin les vertus d'une consommation raisonnable. Et à la consommation, on préfère le développement. Et partout, de nouveaux groupes représentatifs surgissent et les façons traditionnelles de faire sont modifiées. Comme le disait cette semaine Olivier Gamache, du Groupe investissement responsable, «on peut dire que la stratégie d'actionnariat engagé est efficace pour faire adopter de meilleures pratiques aux entreprises». Et s'il n'est pas question d'abandonner la recherche d'un profit financier, il est maintenant admis qu'un gain immédiat n'est pas rentable si la durée de ce qui est produit n'est pas assurée dans le temps.

Face au développement tous azimuts, on prêchera ainsi les vertus d'un développement durable. Qu'on construise, qu'on produise, cela ira aussi longtemps que le jetable et l'immédiat ne soient plus les premiers critères qui expliquent la malfaçon ou le pis-aller.

Mais tout cela ne serait-il que des discours? Qui achète une imprimante, un téléviseur à grand écran apprend avec le temps que le coût de renouvellement de la cartouche d'encre peut être facturé à un prix plus élevé que l'appareil au complet ou, quand le bel écran tombe en panne, que la pièce de remplacement, quand on la trouve, comme le temps de travail, et le tout combiné à une garantie problématique, font qu'on pense plus d'une fois à faire le deuil de son bel achat. Et ainsi de suite pour les divers appareils électriques et électroniques. Qu'il y ait faute du côté des grandes et petites entreprises, on peut l'admettre. Mais corrigeraient-elles leur façon de faire que ce ne serait qu'une première étape.

Pour preuve, la situation n'est guère plus reluisante dans le secteur de l'alimentation. Des enquêtes aux résultats régulièrement dévoilés nous apprennent ainsi que dans les pays développés le quart ou presque de la nourriture produite n'est pas consommé mais tout simplement jeté, et sans recyclage aucun en retour.

Pour que cesse donc le gaspillage des ressources, naturelles ou humaines, il faudra donc une transformation radicale des habitudes. Car le développement durable, s'il prend forme, nécessite une nécessaire «révolution culturelle». À chacun et à chacune donc d'écrire son petit «livre rouge» de la consommation, tout en gardant l'oeil ouvert sur les comportements des dirigeants, politiques ou d'entreprises.
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