Développement durable - « Que nos pratiques et nos comportements contaminent l'ensemble de l'économie »

Avec plus d’une centaine de milliers de salariés dans le secteur de l’économie sociale, le Québec demeure l’un des leaders mondiaux en la matière.
Photo: SDA Avec plus d’une centaine de milliers de salariés dans le secteur de l’économie sociale, le Québec demeure l’un des leaders mondiaux en la matière.

Stop les idées reçues! Non, l'économie sociale n'est pas seulement synonyme de solidarité. Au même titre que le secteur public et que l'entreprise privée, elle est un facteur de développement. Mieux, elle semble très bien armée pour traverser les crises qui secouent la planète depuis quelques années. C'est le message que Nancy Neamtan, présidente du Chantier de l'économie sociale, est allée adresser la semaine dernière à la Rencontre économique 2010 de Lévis. En espérant bien être entendue.

«Encore trop de gens ont tendance à penser qu'il y a une hiérarchisation dans l'économie et que nous, entreprises d'économie sociale, nous sommes quelque part tout en bas de l'échelle, estime Nancy Neamtan. C'est malheureux parce que, si on tire les leçons de la dernière crise, les entreprises qui durent, celles qui passent à travers les difficultés, sont des entreprises collectives. Que ce soient les crises écologiques, que ce soit l'enjeu de l'occupation du territoire, celui de la lutte contre la pauvreté, l'économie sociale est une forme d'activité économique qui peut intégrer ce genre de préoccupations.»

Parce que ses avantages ne manquent pas. D'abord, par définition, une entreprise collective naît des besoins de la collectivité et est enracinée dans un territoire. Elle est donc là pour rester et ne peut être facilement délocalisée. «Prenez même le mouvement Desjardins, précise Mme Neamtan, il ne va pas être racheté par une grande banque américaine ou chinoise, il n'est pas à vendre!»

Certains l'ont bien compris de l'autre côté de la frontière. Aux États-Unis, une mesure fiscale favorise clairement le rachat d'une entreprise par ses travailleurs. L'objectif: éviter que, au fur et à mesure que les propriétaires de PME prennent leur retraite, leur affaire n'entre sous le joug d'un concurrent qui n'ait d'autres fins que de la fermer ou de la délocaliser à l'extérieur du pays.

«Autre élément concernant l'entreprise locale, ajoute-t-elle, c'est tout l'enjeu écologique. Aujourd'hui, on achète beaucoup de produits importés. Mais de plus en plus de consommateurs demandent l'achat de proximité pour réduire leur empreinte énergétique. On le voit au Québec avec l'engouement autour des marchés de solidarité. Toute cette économie endogène, c'est un réel besoin sur les plans aussi bien social qu'écologique.»


Des atouts

À l'échelle de la province, l'économie sociale présente trois autres atouts indéniables. D'abord, elle répond aux enjeux démographiques en évoluant dans des secteurs tels que le maintien à domicile des aînés et leur logement ou en prenant en charge les Centres de la petite enfance. Ensuite, dans un contexte de raréfaction de la main-d'oeuvre, elle fait un effort pour embaucher les personnes marginalisées, difficilement employables ailleurs. Enfin, elle fait revenir dans le giron du secteur formel, donc dans l'assiette de l'impôt, tout un pan de l'économie jusque-là dominé par le travail au noir, comme les services à la personne.

Aujourd'hui, l'économie sociale représente

8 % du PIB du Québec. Avec plus d'une centaine de milliers de salariés dans ce secteur, la province demeure l'un des leaders mondiaux en la matière. Les investisseurs commencent d'ailleurs à y trouver quelque intérêt. Certes, les profits sont moindres que dans le secteur de l'entreprise privée à but lucratif, mais quand pertes il y a, elles sont aussi moins vertigineuses. Sur le plan financier, à long terme, ça finit donc par être rentable. Les collectivités locales font également de plus en plus affaire avec elle.

Dans le domaine du traitement des déchets notamment. «Par souci de transparence, estime Nancy Neamtan. Il y a quelques acteurs privés sur ce marché, ils ne sont pas nombreux et, longtemps, ils ont fixé les prix qu'ils voulaient. Les municipalités sont bien contentes de pouvoir se tourner vers des entreprises d'économie sociale, pour un meilleur contrôle des coûts. Plusieurs études démontrent d'ailleurs que sitôt que, sur un territoire et dans un secteur donnés, il y a une entreprise collective qui s'installe, tous les acteurs sont obligés de revoir leurs prix à la baisse.»

Innovation et vision à long terme

Le credo de la présidente du Chantier de l'économie sociale: l'innovation et la vision à long terme. «Le modèle de développement des Trente Glorieuses ne fonctionne plus, estime-t-elle. On s'était dit: on va créer la richesse, l'État prendra une partie de cette richesse avec les impôts et va la restituer sous forme de services publics. Mais les entreprises ne veulent plus payer trop d'impôts et elles s'installent ailleurs lorsqu'elles considèrent que trop, c'est trop. Alors, qu'est-ce que l'État va redistribuer? L'avantage de l'économie sociale, c'est que c'est dans le processus même de création de la richesse qu'il y a une redistribution, puisque, par définition, les bénéfices doivent, d'une manière ou d'une autre, profiter à la collectivité. On innove donc dans les façons de répondre aux enjeux sociaux, mais ça prend une vision globale: ça ne sert à rien de vouloir séparer l'ensemble des questions. L'occupation du territoire, les inégalités sociales, le développement durable, l'environnement: tout est lié. On ne peut pas fonder une économie au Québec seulement sur l'accroissement de la consommation.»

Des préoccupations que même le secteur privé à but lucratif fait d'ailleurs de plus en plus siennes, lui qui n'hésite pas à ouvrir des départements de responsabilité sociale de l'entreprise et de développement durable. «Et c'est tant mieux!», s'exclame Mme Neamtan. «De plus en plus d'entreprises se rendent compte qu'il faut avoir des comportements socialement responsables, mais ça ne peut pas être seulement des discours, nuance-t-elle. Il faut qu'il y ait des pratiques et des réalités. Je ne dis pas que l'économie sociale doit être toute l'économie du Québec. Mais espérons que nos pratiques et nos comportements contaminent l'ensemble de l'économie.»

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Collaboratrice du Devoir
2 commentaires
  • P. Boutet - Inscrit 30 janvier 2010 11 h 31

    Réponse à la crise économique

    Voilà la réponse logique à servir aux tenants de la mondialisation débridée.

    Cette mondialisation a tout faux. Aucune des promesses n'a été tenues, sauf, bien sûr, celle d'augmenter les profits des entreprises.

    Au niveau social et environnemental la mondialisation a lamentablement échoué. Encore faut-il croire que ces objectifs furent vrais.

    Les politiciens ont probablement cru à ces objectifs mais l'entreprise privée savait nécessairement où elle s'en allait: vers une augmentation vertigineuse des profits au détriment des salariés et de l'environnement.

    Et ceci avec la complicité du secteur financier, fer de lance de la guerre que vient de déclarer Barack Obama.

    Maintenant les travailleurs floués verront avec joie les secteurs financiers et entrepreneuriaux se faire agenouiller. Les premiers par les politiciens et les deuxièmes par l'économie sociale dont le développement doit s'accroître à vitesse grand V le plus vite possible pour toutes les considérations mentionnées dans l'article de madame Roulot-Ganzmann.

  • Rock Beaudet - Inscrit 31 janvier 2010 11 h 29

    Développer l'ecn sociale

    En espérant que dans 15 ans, l'économie sociale représentera 10 à 15 % du PIB (pardon, du PNN produit nationale net (voir dans google PNN)) du Québec en aidant davantage les aînés (visant la réduction des coûts de la Santé), le milieu de l'éducation (devoirs, sports, arts et culture en suppport aux jeunes), et pourquoi pas...dans un grand chantier National pour l'efficacité énergétique...permettant de réduire les coûts de chaque personne ou organisation et donc d'améliorer notre productivité collective tout en diminuant notre empreinte écologique...