Copenhague: les négociations de la dernière chance

Des négociations intensives tentent de sauver la conférence de Copenhague
Photo: Rex Feature Des négociations intensives tentent de sauver la conférence de Copenhague

La menace d’un échec politique majeur devant l’opinion internationale a dynamisé le processus de négociation à Copenhague malgré les différents, voire les bris d’alliance qui se jouent en coulisses. On parlait en début de soirée d’un «Accord de Copenhague», que les chefs d’État encore présents peaufinent depuis jeudi soir, de réunions en réunions restreintes dont le Canada serait exclu, puisqu’il a décidé de chaîner sa position sur celle des États-Unis...

Ce midi à Copenhague, l’atmosphère était au pessimisme le plus intégral. On parlait de sceller la plus importante rencontre de chefs d’État jamais tenue par une simple «Déclaration» qui restait dans le vague sur plusieurs questions comme l’avenir du protocole de Kyoto.

À l’heure du souper, cependant, la plupart des parenthèses, qui décrivent les propositions encore sur la table, avaient disparu du texte en négociation depuis la nuit dernière. Mais plusieurs questions majeures, comme les objectifs de réduction de court terme des pays industrialisés, soit 2020, demeuraient en suspens.

La mise au point d’un projet de texte, même avancée, n’est pas nécessairement le prélude à la conclusion des pourparlers car si le petit cercle des négociateurs convient d’un texte, encore leur faut-il aller le vendre à leur propre gouvernement et aux autres. Cette opération génère habituellement de nouvelles parenthèses dont il faudra négocier le contenu jusqu’à obtenir le feu vert des différents groupes d’intérêt en présence, ce qui ouvre alors la porte à une plénière susceptible d’entériner sous forme de décision le résultat des négociations, si le président constate en plénière un «consensus» proche de l’unanimité.

Un objectif de 2 C comme hausse maximale

La dernière version sur la table des négociateurs en fin d’après-midi fixe d’abord à 2 C la hausse maximale de la température du globe, ce qui deviendra l’objectif du traité qui pourrait devenir un texte légal en cours d’année.

Ce projet d’accord, obtenu de source évidemment bien informée, définit un premier objectif de réduction globale des émissions humaines de 50 % d’ici 2050 «en tenant compte du droit à un accès équitable à l’espace atmosphérique», un concept nouveau qui n’est défini nulle part.

En plus de reconnaître le droit aux pays en développement d’adopter un échéancier plus long pour plafonner leurs émissions, le projet d’accord prévoit que les pays développés devront pour leur part réduire leurs émissions de 80 % d’ici 2050, ce qui englobe le Canada. Par contre, pour l’instant, les objectifs de réduction de ces mêmes pays développés en vertu de l’accord de Kyoto étaient encore laissés en blanc. Mais l’année de référence a été fixée à 1990, comme dans le protocole de Kyoto, malgré les efforts de pays comme le Canada pour modifier cette date.

Les négociateurs ont aussi trouvé un moyen diplomatique de régler le problème de vérification des émissions de gaz à effet de serre, une vérification que les États-Unis exigent pour se lier à cet accord, mais que combat la Chine au nom de sa souveraineté nationale. Ils proposent donc à la plénière de créer une obligation pour chaque pays de faire aux deux ans un rapport - une «communication nationale» - qui serait réalisé toutefois «sur la bases de normes éventuellement adoptées par la Conférence des Parties», ce qui équivaut à dire sur la base de normes internationales.

Le projet d’«Accord de Copenhague» prévoit aussi la mise en place «immédiate» d’un programme «REDD +» (Reduction of Emissions from Deforestation and Forest Degradation), dont les règles nouvelles devaient normalement être adoptées par la plénière en soirée, un des grands acquis méconnus de cette conférence.

Une pluie de milliards

Les négociateurs ont aussi convenu que la communauté internationale versera 30 milliards entre 2010 et 2012 aux pays en développement pour les aider à s’adapter au réchauffement du climat et à commencer à réduire leurs émissions par l’utilisation de nouvelles technologies auxquelles ils auront un accès facilité en vertu de l’éventuel accord.

On se rappellera que l’Europe a voté 2,4 milliards par année pour un total de 10 milliards en trois ans dans ce fond auquel les États-Unis se sont engagés à participer eux aussi, ainsi que le Japon. Ce pays fournira d’ailleurs deux fois plus d’argent, soit 5 milliards par année, que l’Europe, selon l’annonce faite hier en plénière par le premier ministre Yukio Hatoyama. La priorité sera accordée aux pays les moins développés, aux plus vulnérables, aux petits pays insulaires en voie d’être noyés par le relèvement des mers, et aux pays d’Afrique, victimes à répétition de sécheresses, de désertification et d’inondations. Pour l’Afrique, la hausse maximale de 2 C que la communauté internationale assigne au climat équivaut à une hausse moyenne de 3,5 C, ce qui est énorme.

Le projet adopte aussi comme financement de long terme un objectif de 100 milliards par an en 2020 aux pays en développement. Curieusement, par contre, aucun texte ne précise les modalités de l’aide internationale qui sera consentie entre 2013 et 2020. Selon le projet de texte obtenu par Le Devoir, la conférence pourrait créer le «Fonds climatique de Copenhague» pour gérer les contributions des pays développés, un voeu des pays en développement. qui ne voulaient sous aucune condition voir ce budget géré par la Banque mondiale, dont ils ont tous éprouvé la philosophie.

Enfin, le projet de protocole prévoit que les modalités d’application de l’Accord de Copenhague feront l’objet d’une révision en 2016, incluant la possibilité de revoir alors les cibles de réduction à long terme pour contenir la hausse du climat à 1,5 C plutôt qu’à 2 C, comme proposé aujourd’hui.

États-Unis - Chine

De son côté, le président Obama des États-Unis a prononcé hier un discours que la plupart des observateurs ont trouvé décevant, plein de généralités, mais qui n’apportait rien de neuf, surtout l’étincelle qui aurait redonné de l’espoir aux délégués qui attendaient beaucoup plus de la «COP 15» de Copenhague. Barrack Obama s’en est tenu aux cibles annoncées l’automne dernier, soit 17 % par rapport à 2005, ce qui équivaut à 3 % sous la barre de 1990. Il a été applaudi mais beaucoup moins que le président Lula du Brésil, dont le pays cible une réduction de ses émissions de 39 % d’ici 2020 sous le niveau de 1990. Le président Lula a d’ailleurs engagé son pays à atteindre ces objectifs même s’il ne devait pas y avoir d’accord à Copenhague.

Quant au premier ministre Chinois, Wen Jiabao, il a plutôt tenté de démontrer que son pays ne pouvait pas être traité comme les grands pays développés avec 150 millions de personnes sous le seuil de pauvreté et une responsabilité historique marginale dans le réchauffement du climat. Il a pointé du doigt les pays qui, comme le Canada, ont laissé leurs émissions «augmenter plutôt que décroître» malgré leurs responsabilités internationales. C’est aussi inacceptable, dans son esprit, que de constater que les propositions de réduction connues des pays développés sont très loin, a-t-il dit, des exigences de la convention sur le climat, et des attentes de la population mondiale.

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