Les changements climatiques : vers la guerre ? - Les villes tentent de faire leur part

La circulation automobile devant la façade de l’ancienne église Saint-Vincent-de-Paul, au centre-ville de Québec PHOTO JACQUES NADEAU
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La circulation automobile devant la façade de l’ancienne église Saint-Vincent-de-Paul, au centre-ville de Québec PHOTO JACQUES NADEAU

«Cinq degrés en un siècle? Ça va se terminer dans un bain de sang», a lancé Jean-Marc Jancovici, devant les participants, médusés, du colloque intitulé Changement climatique, défi planétaire: les métropoles se mobilisent.

Il est ingénieur, auteur et efficace conférencier et il a passablement troublé l'atmosphère de ce colloque, où les représentants des villes pensaient simplement défiler pour vanter leur projet respectif de réduction des gaz à effet de serre et d'adaptation aux changements climatiques à venir. «Si on adopte un plan climat après les délibérations du conseil municipal, entre 18h25 et 18h35, une fois qu'on a fini de s'occuper des "trucs sérieux", on n'ira jamais nulle part», les a semoncés Jean-Marc Jancovici. Ce sont des problèmes dont les villes et les gouvernements ne peuvent plus continuer à s'occuper «à la marge», comme ils l'ont fait et continuent de le faire, a-t-il pesté.

L'enjeu est plus grave que ce que plusieurs élus veulent croire, juge M. Jancovici: «La crise énergétique et le bouleversement climatique majeur [ont] toutes les chances de renvoyer aux oubliettes l'âge d'or que nous avons connu pendant 60 ans», cette époque qui a su marier «paix, prospérité, démocratie, santé, nourriture abondante et éducation pour tous». La fin du pétrole bon marché et les changements climatiques risquent de déboucher non seulement sur des récessions à répétition, mais sur des conflits, voire des guerres pour la possession des ressources. Ce n'est pas pour rien que le prix Nobel remis en 2007 au Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) (et à Al Gore conjointement) fut celui de la paix. «Il n'y avait pas d'erreur de casting», a insisté Jancovici.

Mais que peut-on faire pour changer rapidement, comme il le faudrait? Par exemple, diviser par trois notre consommation d'énergie en moins d'une génération? «La solution au problème revient à prendre de front un siècle et demi de promesses électorales», assène Jancovici, avant d'ajouter: «Et un siècle et demi de gens qui ont envie de les croire.» Autant dire: mission impossible!

Les représentants des villes, dans la salle, semblaient légèrement découragés après l'exposé de M. Jancovici, qui dura une heure et demie. «On est un peu sonné par ce qui y a été présenté», a admis Caroline Larivée, du centre Ouranos de Montréal, tout en disant qu'il fallait se montrer «résilients». Jancovici croit que si nous n'agissons pas assez vite, c'est «la géologie qui nous ramènera à l'ordre», ce qui créera toutefois du désordre. A-t-on besoin de subir la catastrophe pour changer? «L'être humain est un peu comme ça», note Mme Larivée.

Les efforts des villes

Malgré tout, les villes tentent de faire des gestes contre les changements climatiques. Ce sont souvent les gouvernements supérieurs qui prennent les décisions en matière écologique. Mais puisque le palier municipal contribue beaucoup à ces changements — les activités urbaines compteraient pour 70 % des gaz à effet de serre — nombre de villes ont décidé d'adopter des mesures. Aux États-Unis, 1000 d'entre elles ont signé le US Conference of Mayors Climate Protection Agreement. À Montréal, le 7 décembre 2005, les maires canadiens ont paraphé la Déclaration commune des leaders municipaux.

Au colloque des Entretiens Jacques-Cartier, une représentante de la ville de Vancouver, Melina Scholefield, est venue présenter l'objectif adopté par les élus municipaux de cette ville olympique: devenir la ville la plus «verte» au monde d'ici 2020. Déjà, Vancouver se présente comme une des meilleures «villes pour la marche» en Amérique du Nord, après New York et à égalité avec Boston. La moitié des déplacements s'y font en auto (alors qu'à Québec la proportion est de 75 %) et les planificateurs urbains ne s'en cachent pas: «La congestion, c'est notre amie», a noté Scholefield, qui soutient que la ville cherche aussi à «réduire les offres en stationnement».

Michael Armstrong, du bureau du développement durable de Portland (Oregon), a soutenu que sa ville avait réussi à atteindre la cible de Kyoto, notamment en mettant l'accent sur le transport en commun. Une nouvelle ligne de tramway a été inaugurée en 2003 et a été rallongée en 2005. Depuis 1990, les déplacements en transport en commun ont augmenté de 75 %, alors que les déplacements en vélo ont quadruplé. Michael Armstrong a souligné que plusieurs quartiers de sa ville obtenaient une très bonne note dans le site walkscore.com, où on évalue le caractère «marchable» des milieux urbains.

Québec, capitale de la voiture

La ville de Québec a aussi un plan de réduction des gaz à effet de serre. Elle a peu d'industries, mais elle part de loin pour ce qui est du transport: 75 % des déplacements s'y font en voiture; la part du transport en commun n'est que de 7 % seulement. «On est champion dans les autoroutes, il faut le dire», a admis d'emblée Sylvie Verreault, conseillère en environnement au Service de l'environnement de la capitale. «Nous avons vraiment un modèle d'aménagement du territoire très consommateur d'espace, et donc d'énergie», a-t-elle ajouté.

Par exemple, de 1970 à 2000, la population de Québec a augmenté de 42 %. Pendant ce temps, la superficie occupée du territoire a crû de 248 %! «Le mot "densification" fait encore très peur à Québec», note-t-elle. Il y a encore une forte demande pour la construction de grands quartiers «monofonctionnels» où on compte très peu de commerces de proximité. Encouragés par certains leaders d'opinion, notamment dans plusieurs radios de la capitale, «les citoyens de Québec demandent des investissements en infrastructures routières et non en transport en commun. Il y a des mentalités à changer».

Présent lui aussi au colloque, le nouveau président du Réseau de transport de la capitale, Raymond Dion, a dit envier Lyon, dotée d'un tramway, d'un métro, de trolley-bus et d'autobus. Quand on lui a demandé ce qu'il ferait s'il avait une baguette magique pour changer les choses, il a répondu: «Je doterais Québec d'un système équivalant à celui qu'on peut retrouver ici dans le Grand Lyon.» Autrement dit, investir dans un tramway ultramoderne, un projet que le maire de Québec, Régis Labeaume, a rejeté dans le passé, mais auquel, selon des sources, il commencerait à s'intéresser.

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